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3 questions à… Blick Bassy (Cameroun-France)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Chanteur au look et à la douceur vocale singuliers, Blick Bassy fait partie de ces artistes qui vous caressent le coeur. Ses mélodies, proches d’une pluie d’été, libèrent la fraîcheur et la légèreté d’un orage à peine passé. Après Akö (2015), un bijou de délicatesse signé chez les défricheurs No Format, son dernier album, 1958, est un hommage à Ruben Um Nyobè, leader indépendantiste camerounais exécuté par des militaires français. Invité de choix de l’édition 2019 du festival Musiques Métisses, il a évoqué, à travers ses chansons et une rencontre autour de son livre Le Moabi cinéma (2016), les espoirs d’une jeunesse africaine assoiffée d’avenir et les contraintes imposées par un Occident dominant. À l’occasion de ce week-end ensoleillé, il nous a parlé de son parcours, sa quête de sens et ses coups de coeur du moment…

« Nous vivons dans une société où le standard pré-établi nous pousse à étouffer celui ou celle que nous sommes réellement. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

J’ai grandi au Cameroun, à Yaoundé. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui tenaient à ce que nous ayons une éducation traditionnelle. Nous étions vingt-et-un frères et soeurs, et nous passions toutes nos vacances au village : les garçons travaillaient les champs de plantain, et les filles, ceux d’arachide. Cela m’a amené à créer un vrai lien avec la terre qui m’abritait. Après mon bac, alors  que j’avais obtenu une bourse qui m’aurait permis d’aller étudier aux Etats-Unis, au Canada ou en Angleterre, j’ai décidé de rester au Cameroun pour y faire de la musique. J’ai créé mon premier groupe, Macase, avec lequel j’ai joué pendant près de dix ans, et qui a notamment reçu le prix RFI Musiques du Monde. Ensuite, j’ai décidé de venir m’installer en France où je séjourne depuis treize ans maintenant. C’est sans doute ma mère qui m’a d’abord transmis l’amour de la musique : elle chantait pour chaque événement, qu’il soit heureux ou malheureux. Artistiquement, les trois noms auxquels je pense spontanément sont Les Têtes Brûlées du Cameroun (un groupe mythique qui n’a malheureusement pas perduré), David Bowie et Prince, qui m’ont fait comprendre que ce que nous avons à donner, à échanger, c’est tout simplement la singularité de ce que nous sommes. Nous avons la chance, en tant qu’être humain, d’être unique, mais nous vivons dans une société où le standard pré-établi nous pousse à étouffer celui ou celle que nous sommes réellement. À partir du moment où l’on arrive à faire un travail sur soi au quotidien, à s’émanciper de tout cela, on commence enfin à vivre et à avancer un tout petit peu vers son couloir de liberté. Et je remercie ces grands artistes car ils m’ont permis de me comprendre et de me poser les vraies questions concernant la musique, mon métier. Je prends du plaisir sur scène mais ce n’est pas tout. J’essaie d’appliquer musicalement ce que je suis intimement : un Camerounais qui est né et a grandi au pays, qui vit en France depuis quelques années mais passe son temps à courir le  monde à la rencontre d’autres cultures, et qui essaie de redéfinir une perspective par rapport à tout cela. Si l’on y prête attention, on s’aperçoit par exemple qu’on ne trouve quasiment pas d’instrument percussif dans mes morceaux car pour moi le rythme peut être porté par une langue, un instrument harmonique ou mélodique. Cette touche musicale correspond à ma démarche personnelle de vie.
Mes goûts restent néanmoins assez éclectiques. En ce moment, j’écoute beaucoup RY X, une jeune chanteuse qui s’appelle Billie Eilish, James Blake, et quelques sons urbains venus du Nigéria dans le style de Flavour.

Si tu pouvais jouer avec n’importe qui n’importe où, avec qui et où est-ce que ce serait ?

L’artiste avec lequel j’aurais aimé jouer c’est sans hésiter Michael Jackson, qui était une vedette incroyable et d’une grande sensibilité. Mais là où je rêve de jouer, et ça, c’est réalisable, c’est tout simplement dans tous ces villages du Cameroun où les gens n’ont même pas d’électricité, où ils n’ont jamais vu de concert de leur vie. Je voudrais faire des scènes là-bas pour leur faire ressentir  cette magie que peut distiller la musique.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs?

Le Congo est un pays qui m’a laissé un souvenir musical intense. Les gens font de la musique avec uniquement l’énergie et les vibrations qui les habitent. À Kinshasa, la nuit, tu croises des gars dans la rue qui jouent divinement avec des instruments de bric et de broc, faits à la va-vite, et ce sont des moments d’une grande puissance. Le Brésil aussi est un lieu musical formidable. J’ai eu la  chance de participer à un carnaval et de jouer devant 200 000 personnes pendant sept jours avec des gens d’une générosité inimaginable, c’était une expérience vraiment dingue.

 

Blick Bassy, 1958 / No Format, Tôt ou Tard

3 questions à… Aziza Brahim (musique sahraouie)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

D’un regard, d’un sourire, Aziza Brahim vous dérobe au pavé parisien pour partager ses nuits étoilées, ses chemins sans nord ni sud et ses espoirs de paix. Figure emblématique de la lutte sahraouie, son chant du sable a fait halte le temps d’une soirée au Pan Piper, à Paris, pour disperser un élixir libre et confiant dans le coeur du public venu nombreux pour l’applaudir.
Quelques heures avant, elle contait à Hit the road ses mirages d’enfant surgis à l’ombre d’un abri de fortune.

« Je n’aurais jamais imaginé que ma musique puisse s’éloigner des frontières du camp de réfugiés où j’ai grandi. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Je suis née et j’ai grandi dans un camp de réfugiés vers Tindouf, au nord de l’Algérie. Ma plus grande inspiratrice a été ma grand-mère, qui fut un pilier essentiel dans mon parcours musical. Elle était l’une des poétesses les plus importantes du Sahara occidental, j’ai donc évolué dans une ambiance où les arts se mêlaient. Devenir musicienne a toujours été une vocation pour moi. Un jeu d’abord, pour s’amuser avec la voix, puisqu’on n’avait pas de jeux. Puis c’est devenu ma voie, un moyen de m’évader de l’environnement restreint du camp de réfugiés.
De nombreux artistes m’ont également accompagnée depuis l’enfance : des musiciens africains comme Ali Farka Touré ou Myriam Makeba, mais pas seulement. Mes oncles étudiaient en Algérie, et lorsqu’ils venaient nous rendre visite dans le camp, ils amenaient avec eux des morceaux arabes d’Oum Kalthoum, Kadhem Saher ou Baligh Hamdi, et du raï. Le chanteur que j’ai le plus écouté et chéri est sans doute Cheb Khaled.
Mon répertoire actuel part de mes racines sahraouies et de l’Afrique occidentale, et à partir des gammes de cette musique traditionnelle hassani je déroule le fil de mes influences sonores pour arriver à un autre son, plus proche du rock, du blues, ou du latin-jazz. Ma musique est aussi nomade que moi. Chaque lieu dans lequel j’ai vécu a façonné mon style. J’ai passé plus de huit ans à Cuba, alors que j’étais encore adolescente, il va sans dire que cette expérience m’a beaucoup changée, tant personnellement que musicalement. Le son  cubain me fait vibrer le coeur et l’esprit, je l’ai en moi aujourd’hui, il m’a indéniablement enrichie.
Si je devais définir ma musique, je dirais qu’elle est engagée, mais qu’elle s’adresse avant tout aux gens, qu’elle vit pour être entendue. 

Si tu pouvais jouer avec n’importe qui n’importe où, avec qui et où est-ce que ce serait ?

Il y a tant d’artistes avec lesquels j’aimerais collaborer… Je rêverais par exemple de travailler avec Salif Keïta, que j’admire énormément, ou Tiken Jah Fakoly. Où cela ? Là où la vie me le permettrait. Je ne suis pas de nature exigeante. C’est déjà si fort pour moi de jouer ici ce soir à Paris, au Pan Piper. Je n’aurais jamais imaginé que ma musique puisse s’éloigner des frontières du camp de réfugiés où j’ai grandi. Que les gens du monde entier l’écoutent, qu’on me donne l’opportunité de jouer dans des festivals, des théâtres, des salles de concert, et que des journalistes m’interviewent, c’est une reconnaissance à laquelle je ne me serais jamais attendue ! Et je ressens déjà beaucoup de gratitude pour cela.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs?

Je pense immédiatement à « El lokal », à Zürich. C’est un endroit incroyable, alternatif, où l’on trouve un large panel de styles musicaux. Ils programment beaucoup de world music, mais pas uniquement, ils sont très ouverts. Les personnes qui gèrent le lieu sont adorables, le public est accueillant, généreux, et interagit avec la scène. C’est formidable de jouer là-bas, et d’y tendre l’oreille.

Aziza Brahim, nouvel album à paraître en 2019
© Ana Valiño
3 questions à… Omar Sosa & Yilian Cañizares (Cuba)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Omar Sosa et Yilian Cañizares sont tous deux nés sur l’île de Cuba mais jouent aujourd’hui à Paris : l’inspirant pianiste jazz, improvisateur de génie, rencontre la jeune chanteuse-violoniste et créent, ensemble, Aguas, un opus aérien à la moiteur caribéenne, cocktail rafraîchissant au parfum afro-classico-jazz. Ils ont distillé leur spiritualité contagieuse sur la scène du Bal Blomet en novembre dernier, et nous ont confié quelques secrets de leur élixir…

« Je n’ai pas eu besoin d’avoir des musiciens dans ma famille, Cuba est une grande famille de musiciens. »
(Omar Sosa)

« La Havane ne laisse personne indifférent, elle est pleine de paradoxes, de beautés cachées… » (Yilian Cañizares)

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Omar Sosa : Je suis né à Camagüez (Cuba) en 1965. Mon père était un grand fan de Nat King Cole, j’ai grandi avec Mona Lisa dans les oreilles. Il n’y avait pas de musiciens dans ma famille, ce qui a permis qu’on n’ait pas d’attentes particulières vis-à-vis de ma carrière, mais la musique est venue à moi car chaque dimanche, mon père organisait une fête à la maison et passait des disques tout au long de la journée. J’ai toujours écouté beaucoup de musique, depuis l’enfance. À Cuba, il n’y a que que deux chaînes de télévision, donc on sort, on s’intéresse davantage au live. Pendant le carnaval, il y a une quantité inouïe de groupes dans la rue, célèbres ou non. La musique fait partie de notre culture. En France, tu dois aller dans une salle de concert, tu paies ta place… ce n’est pas le cas là-bas. La musique populaire se produit tous les ans dans chaque village cubain, et tout est gratuit. J’ai eu la chance de voir Chappottín, l’Orquesta Aragón, Enrique Jorrín, Irakere, Los Van Van, Juan Pablo Torres… tous nos maîtres ! J’étais encore un adolescent. Alors bien sûr ils ont eu un impact sur mon style. Je n’ai pas eu besoin d’avoir des musiciens dans ma famille, Cuba est une grande famille de musiciens. Mes grandes influences on été la rumba cubaine, et les groupes Irakere, Opus 13 et Afrocuba. Ils jouent du jazz de façon unique sur les bases de la musique traditionnelle afrocubaine. Rubén Gonzáles a été l’un de mes professeurs. Ils ont créé avec Enrique Jorrín le rythme appelé Cha-cha-cha. Je l’utilise dans chacun de mes disques. C’est un tempo merveilleux à danser, et populaire dans le monde entier. J’ai été également très inspiré par la musique classique : Chopin, Satie, Debussy, Ravel, Stravinsky. Tous ces compositeurs m’ont été enseignés car ils font partie du programme de l’école de musique cubaine. C’est pour cette raison que notre son est un mix entre Afrique, Amérique, et musique classique européenne. À mon époque, au conservatoire, les techniques étaient très rigides, elles étaient employées par des enseignants russes communistes, excellents par ailleurs, mais qui ne rigolaient pas avec les règles. C’est ce qui a rendu le son cubain si puissant par moments, à l’image d’un monument soviétique ! Le programme d’études a changé quand les communistes sont arrivés au pouvoir, avant cela, la musique était très influencée par les impressionnistes français. On étudiait uniquement les grands maîtres classiques, la musique populaire se croisait  dans la rue, elle était bannie des écoles. Le jazz était l’écho des américains, donc des ennemis. Un des premiers jazzmen que j’ai écouté a été Oscar Peterson. L’un de mes amis était membre de l’Orquesta Aragón. Comme c’était un groupe cubain très connu, il a eu la chance de sortir de l’île et de voyager à travers le monde lorsqu’ils partait en tournée. Il a alors pu découvrir d’autres sonorités. L’autre moyen que nous avions trouvé pour satisfaire notre curiosité était une petite radio, Onda FM. Vers minuit, nous écoutions la fréquence de Miami qui programmait du jazz. Nous ne manquions pas d’imagination : nous avons par exemple créé, avec quelques amis, la première radio jazz à l’école, elle a émis pendant deux ans et demi. Nous collections des cassettes audio, et tous les matins, entre 6 et 7h, on passait des morceaux de Oscar Peterson, Weather Report, Yellow Jacket, Thelonious Monk… on l’avait appelée Radio Base.
Aujourd’hui, avec les nouveaux moyens de communication, les jeunes musiciens cubains ont accès aux livres, à l’écoute en streaming, etc., mais c’est très récent.
Yilian Cañizares : Je suis sans doute une représentante de cette jeunesse cubaine… Je suis née à La Havane. J’ai grandi en écoutant beaucoup de styles différents : musique classique, jazz, musique traditionnelle cubaine. Ma mère m’a toujours dit que petite, chaque fois que j’allais à un concert, je ne tenais pas en place, j’avais envie de jouer, de chanter, d’être sur scène moi aussi. Un jour, elle s’est décidée à m’emmener chez une dame qui faisait jouer un groupe d’enfants en lui demandant de tester mes qualités de musicienne. Et quand j’ai fini de chanter, la dame lui a dit que j’avais raison, que c’était ma voie. J’ai commencé grâce à elle. Artistiquement, les musiciens qui m’ont le plus influencée sont sans doute Chucho Valdés, notre maître à tous, Omar Sosa, avec qui j’ai la chance de travailler aujourd’hui, et, même si je l’ai découvert beaucoup plus tard, Stéphane Grappelli, qui a indéniablement changé ma façon de jouer du violon. En ce qui concerne les chanteuses, je pense instinctivement à Omara Portuondo, et aussi Nina Simone, pour ce qu’elle représente, pour son engagement, son combat.

 

Si tu pouvais jouer avec n’importe qui n’importe où, avec qui et où est-ce que ce serait ?

Omar Sosa : Un de mes rêves aurait été d’assister à une fête chez la baronne de Pannonica, sans même y jouer, j’aurais aimer y être, juste pour regarder. Ç’aurait été l’une des plus grandes masterclass que j’aurais pu vivre. Regarder tous ces maîtres du jazz réunis (Charlie Parker, Thelonious Monk, Charles Mingus…), et les écouter, les observer, sentir la façon dont ils communiquent les uns entre les autres.
Yilian Cañizares: J’ai beaucoup de rêves qui se réalisent en ce moment. Ce soir je joue avec Omar, il y a 15 jours j’ai joué avec Chucho Valdés. Mais si j’avais pu, j’aurais vu Nina Simone sur scène, et peut-être encore plus Miles Davis. Il avait une façon étonnante de ne pas avoir peur de se transformer, de renaitre chaque fois à lui-même, un peu comme un papillon, de se moquer de ce que les autres attendaient de lui… J’aurais aimé capter cette énergie-là.

 

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Omar Sosa: La Philharmonie de l’Elbe, à Hambourg. Chaque personne sur cette planète devrait pouvoir y aller au moins une fois dans sa vie. Et toi aussi : tu dois y aller ! L’architecture de ce lieu est phénoménale, le son y est incroyable, et l’énergie qui s’en dégage l’est tout autant.
Yilian Cañizares : Il y a beaucoup de lieux marquants, mais je ne peux pas ne pas évoquer La Havane, ma ville de coeur. Elle ne laisse personne indifférent, elle est pleine de paradoxes, de beautés cachées, mais il faut avoir la chance de la découvrir en-dehors des clichés. Et j’espère qu’elle pourra préserver son authenticité malgré la montée du tourisme. L’ouverture de Cuba est une chose formidable, mais un peu terrifiante aussi.

 

Omar Sosa & Yilian Cañizares, Aguas; 2018, Ota Records
@ Franck Socha
3 questions à… Vincent Ségal

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

À l’occasion du concert donné par Lionel Suarez et son Quarteto Gardel au Centre des Bords de Marne, envoyé par nos confrères de Couleurs Jazz, Hit the road a pu recueillir les confidences de chacun des quatre complices qui le composent. 

Volet 2 : Vincent Ségal…

Il est de toutes les expériences sensorielles : décoiffante avec son complice Cyril Atef (Bumcello), apaisée avec le joueur de kora Ballaké Sissoko, transversale avec le rappeur Oxmo Puccino… Ce serait trop long de citer les collaborations auxquelles a participé l’incontournable violoncelliste Vincent Ségal qui s’avère être aussi discret que loquace, nomade d’esprit mais casanier de coeur. Les yeux fermés, l’archet à la main, il semble pourtant nous esquisser la route et nous convier à ce rendez-vous de tendresse et de soleils mouillés. 

« On vit tous dans une grande solitude, les sensations que provoquent la musique ou l’amour permettent d’y échapper… »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours? 

Je suis né à Reims, en Champagne. Je me souviens d’avoir écouté dès tout petit des disques de musique classique : Stravinsky, Bartók… Mais mes premiers souvenirs de musique jouée remontent à l’époque du cours préparatoire au conservatoire, avec mon premier professeur de violoncelle qui a marqué toute ma vie. Si je suis musicien c’est grâce à lui et à ma famille. À la différence de nombreux artistes que je connais, je ne suis pas issu d’une lignée de musiciens mais mes parents m’emmenaient souvent voir des concerts. Et cet amour pour la musique m’a poussé à  jouer des styles assez variés un peu partout. À l’instar d’un Claude Lévi Strauss, je hais les voyages mais j’aime l’histoire humaine. Quand je suis en tournée, je me déplace essentiellement  dans les rues autour de l’hôtel où je dors. Je suis un amateur des coins de rue, j’essaie de trouver ce qu’il y a de plus intéressant à deux pas de là où je suis. Mais en réalité je m’évade grâce à la musique, grâce aux voyages intérieurs qu’elle procure, à l’opportunité qu’elle offre de pénétrer l’esprit des personnes avec lesquelles je joue. On vit tous dans une grande solitude, les sensations que provoquent la musique ou l’amour permettent d’y échapper… c’est plus fort que les drogues ! C’est pour ça que je voyage : pour les rencontres musicales qui parsèment le chemin, pour l’histoire qui se raconte alors même que l’on joue, pour cette intimité-là. J’aime regarder l’excès que déclenche la joie d’une musique, mais à distance. Le Carnaval de Récife par exemple est fascinant, mais dans une telle ambiance je préfère rester un peu à l’écart. Il y a une sorte de folie orgiaque des sens et des sons qui se déploie, c’est magnifique mais c’est trop pour moi, je n’ai pas envie de sonner faux là-dedans. Un jour, à Bamako, dans la rue où vivent mes amis Ballaké Cissolo et Toumani Diabaté, j’ai assisté à un mariage familial. Tous les griots de la ville sont venus. C’était tellement puissant ! Je suis allé me cacher sur le toit et j’ai regardé ça de très loin. Je n’en croyais pas mes yeux… ni mes oreilles !

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer? 

L’hiver dernier on a joué au Wigmore Hall à Londres, en duo avec Airelle Besson, je rêvais d’y aller car c’est un lieu unique pour la musique de chambre, c’était une expérience inoubliable ! Tous les grands violoncellistes, comme Rostropovitch, y ont joué. Mais aujourd’hui, je ne sais pas. J’ai eu la chance de me produire dans des salles de rock emblématiques où ont pu jouer des dieux comme Hendrix, j’ai été au Festival Jazzmania au Brésil, dans des lieux mythiques de la culture Hip hop… J’ai joué dans tellement d’endroits historiques que je suis conscient que ce sont avant tout les gens qui font la beauté du moment. Pour autant, il y a des lieux qui te marquent à jamais. J’ai eu notamment un trac monumental les première fois où j’ai joué au New Morning. J’y avais entendu tellement de bons musiciens que ça  m’angoissait terriblement de leur emboîter le pas ! Chet Baker, Bootsy Collins, Steve Coleman, Bill Frisell… se retrouver sur la même scène qu’eux, ça secoue !

Mon rêve de voyage maintenant ce serait de faire de l’escalade dans la montagne, ou du cheval, peut-être comme Maurice Baquet qui skiait avec son violoncelle dans le dos. Il faudrait juste que je fasse attention à ne pas casser le mien, parce qu’à part la musique, je ne sais rien faire…

As-tu un lieu musical coup de coeur à faire découvrir à nos lecteurs? 

J’aurais tendance à dire que la meilleure musique se trouve dans les endroits où les gens ne sont pas encore trop avachis devant leur télé ou leur ordinateur, donc quand tu vas dans les zones forestières du Gabon, tu peux rencontrer des musiciens d’exception. En Inde aussi, si c’est ton anniversaire, tu payes des musiciens de rue pour te jouer quelque chose, un peu comme nos anciens troubadours, et crois-moi c’est impressionnant ! On jouait comme ça partout à l’époque en fait. À Paris, quand il n’y avait encore ni internet ni télévision, on allait dans les cafés le soir et il y avait toujours des musiciens, au moins un accordéoniste, un violoniste, un chanteur, ou un orchestre quand c’était un café bourgeois. Il y avait même un musicien dans les salons de coiffure, pour attirer les clients ! Aujourd’hui tout ça n’existe plus. C’est à peine si on siffle encore. Donc les lieux musicaux sont pour moi des pays comme l’Inde ou dans des villes comme Naples, où les gens chantent toujours dans la rue.

3 questions à… Mélissa Laveaux

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Avec son dernier opus Radyo Siwèl paru chez l’excellent label No Format, la chanteuse canadienne Mélissa Laveaux puise aux sources de son Haïti originelle en ravivant des joyaux oubliés de ce patrimoine. Des chants de résistance, des mélodies caribéennes, qui explorent la période coloniale américaine du début du XXème siècle, avec une lumière et une profondeur contagieuses. 
À l’issue d’un showcase de présentation à la Fnac, nous avons échangé avec cette songwriter aussi audacieuse que pétillante.  

« Entre moi et le Ghana, c’est une petite histoire d’amour… C’est le premier pays où les gens ont cru que je leur appartenais. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours? 

Les chanteuse afro-américaines Aretha Franklin et Nina Simone. Il y a des performances de chacune d’entre elles où on les voit entièrement consumées par leur musique. Je pense notamment à un concert suédois (rare) d’Aretha où elle chante “Dr. Feelgood », et où on sent qu’elle donne vraiment tout. Elle joue beaucoup avec les nuances, il y a du relief. Et il y a la voix…

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer? 

Je rêverais de jouer à Fuji Rock, parce que ce festival est génial, et surtout parce que j’adore jouer au Japon. Les journalistes là-bas semblent toujours plus pointus, ils sont spécialisés dans un genre musical bien précis. De façon générale, les japonais écoutent et connaissent énormément de styles de musiques différents. J’ai toujours des conversations folles sur le whisky et les fantômes avec eux ! J’aimerais aussi aller au Chale Wote à Accra, au Ghana. C’est un festival artistique multi-disciplinaire incroyable où les artistes se rencontrent et produisent des choses extraordinaires sur des périodes très courtes. Ajoutons à ça qu’entre moi et le Ghana, c’est une petite histoire d’amour… C’est le premier pays où les gens ont cru que je leur appartenais.

As-tu un lieu musical coup de coeur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Sans hésiter, un événement me vient à l’esprit : le Blockorama de Toronto qui a lieu chaque été lors de la Gay Pride. C’est le cortège afro-descendants de la marche de la fierté LGBTQ qui organise cette block party exceptionnelle. On y trouve d’excellents DJs, l’atmosphère afro-antillaise du carnaval de Notting Hill, la Block Party de Dave Chappelle, et de la super cuisine ! Je suis toujours aux anges.

Mélissa Laveaux, Radyo Siwèl; 2018, No Format
© Romain Staros Staropoli
3 questions à… Seun Kuti (Afro-beat)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Benjamin du roi de l’afro-beat Fela Anikulapo Kuti, le félin Seun Kuti est en tournée avec le groupe mythique de son père, Egypt 80, pour son nouvel album Black times, un disque contestataire et bourré d’énergie. Avant son passage au Bataclan, nous avons pu le croiser un dimanche au Mob Hôtel après un concert intimiste à l’atmosphère caribéenne… 

« J’adore les endroits où l’on trouve des communautés latino-américaines. Ce sont les adresses idéales pour découvrir une musique libre. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

J’ai grandi à Lagos, au Nigeria, dans la maison de mon père qu’il considérait comme une république indépendante : Kalakuta Republik. J’ai toujours été entouré de musique, il a sans aucun doute été ma plus grande influence. On écoutait essentiellement de la musique africaine chez nous. J’ai, depuis, toujours aimé la musique des diasporas.

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

Je voudrais jouer dans mon propre club. J’ai l’intention d’en construire un à Lagos. C’est pour l’instant un lieu imaginaire mais c’est le prochain investissement immobilier que je ferai. J’ai hâte de concrétiser ce projet.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

J’adore les endroits où l’on trouve des communautés latino-américaines. Que ce soit à Paris ou à New York, ce sont toujours les lieux plus festifs, on y mange bien, la musique est excellente : salsa, samba, latin-jazz, merengue… J’ai même entendu du tango une fois à New York, vers  Lower East Side. Ce sont les adresses idéales pour découvrir une musique libre.

Seun Kuti & Egypt 80, Black Times; 2018, Strut
3 questions à… Nancy Vieira (Cap-Vert)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

De retour avec son cinquième album, la chanteuse capverdienne Nancy Vieira évoque tout en douceur sa terre natale et les vents contraires qui l’ont chavirée grâce à des compositions issues du répertoire classique de l’archipel. Manhã Florida n’oublie pas le lien qui unit désormais la France et le Cap-Vert puisqu’il est produit par Teofilo Chantre et que la jolie « Les lendemains de carnaval » est chantée en duo avec Raphaële Lannadère. De sa voix solaire et apaisante, elle a conté à Hit the road ses aspirations d’hier et et de demain.

« L’essor de la musique capverdienne a commencé ici, en France, à travers la figure de Césaria Evora. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Je suis arrivée quelques mois après ma naissance à Praia, au Cap-Vert, où j’ai grandi jusqu’à mes 10 ans, puis nous sommes allés à Mindelo, sur l’île de Saõ Vicente, avant de rejoindre le Portugal à mon adolescence. J’ai baigné dans la musique, chez moi tout le monde aimait chanter. Mon père est un vrai mélomane, il jouait  de la guitare, du violon, du piano. Ma tante Valda chantait dans les réunions de familles ou entre amis, elle entonnait des mornas, des chansons brésilienne. À l’époque, je ne pouvais pas imaginer que cet environnement aurait une réelle influence sur ma vie. C’est seulement aujourd’hui que je comprends que mon chemin était tout tracé : la musique est dans mon sang. Lorsque j’étais étudiante à Lisbonne, je fréquentais un camarade qui faisait partie d’un petit groupe. Il avait décidé de participer à un concours de chant, et je l’ai accompagné ce soir-là après les cours. J’étais de nature timide ce qui m’empêchait de chanter en public, mais il savait que j’aimais ça. Un des organisateurs m’a proposé de faire partie du concours le soir-même. J’ai accepté, comme pour me lancer un défi, mais je n’avais rien préparé. J’ai alors interprété une célèbre morna capverdienne de B.Leza, Lua Nha Testemunha, accompagnée d’une guitare. J’ai gagné la finale et le prix du concours qui allait avec : l’enregistrement de mon premier album. C’est comme ça qu’est née ma carrière de chanteuse.
Mes étoiles polaires ont toujours été les anciens de la musique traditionnelle capverdienne, comme Bana, et les artistes brésiliens comme Maria Bethânia ou Caetano Veloso.

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

J’ai eu tellement de surprises en jouant de par le monde… J’ai été au Japon, en Russie, dans des endroits insolites, j’ai joué devant des peuples si étrangers à moi et pourtant si réceptifs à ma musique ! Je n’ai jamais joué à Rio, ce serait un moment fort car la musique brésilienne a eu une grande influence sur la musique capverdienne. Mais je rêve surtout de jouer dans une grande salle à Paris car c’est l’endroit où notre musique a reçu le plus d’écho. Tout a commencé ici, en France, à travers la figure de Césaria Evora. Le public français l’a accueillie avec un amour extrême. Elle a ouvert la voie aux autres artistes capverdiens. Donc la France est comme une deuxième maison pour moi.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Il y a un club formidable à connaître à Lisbonne : le B. Leza, nom d’artiste du grand poète et compositeur capverdien Francisco Xavier da Cruz. Ce lieu est né comme un point de rendez-vous  où les musiciens capverdiens se retrouvaient pour jouer, et c’est devenu un club mythique. Adolescente, j’y ai découvert de grands musiciens : Toy Vieira, Dany Silva, Tito Paris, Maria Alice, Boy Ge Mendes, Biús, Djim Job… et encore beaucoup d’autres ! Je n’y croyais pas : on pouvait presque les toucher ! Des années plus tard, j’ai eu la chance d’y chanter moi aussi. En  décembre dernier, le club a fêté ses 22 ans d’existence. C’est un lieu incontournable pour écouter de la bonne musique à Lisbonne.

Nancy Vieira, Manhã Florida; 2018, Harmonia / Lusafrica
© N’Krumah Lawson Daku
3 questions à… Lionel Suarez

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

En concert le 14 avril prochain au New Morning, le Quarteto Gardel a partagé le plateau avec le légendaire contrebassiste Henri Texier à l’occasion de la saison jazz du Centre des Bords de Marne. Hit the road a la chance d’avoir pu recueillir les confidences de chacun des quatre complices qui le composent. 
Volet 1 : Lionel Suarez…

Enfant du bal, l’accordéoniste Lionel Suarez aime porter son instrument aux quatre vents et le faire valser sur des airs métissés qu’il improvise en chemin. Son projet Quarteto Gardel, qu’il promène avec trois musiciens d’exception (Vincent Ségal, Minino Garay et Airelle Besson), élargit l’horizon en proposant un hommage au tanguero Carlos Gardel dont le parfum d’ailleurs convoque des paysages ardents et inexplorés.  

« Les préjugés sur l’accordéon sont très français. Dès qu’on sort du territoire, on sent un vent de liberté souffler sur l’instrument. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Ce sont les rencontres qui ont constitué mon style. J’ai grandi à Rodez, dans l’Aveyron, mon père et mon grand-père jouaient de l’accordéon. Je suis un enfant du bal. Il n’y avait pas tellement de disques à la maison, je connaissais surtout la musique que jouait mon père. J’ai commencé mon enseignement du piano et de l’accordéon à l’âge de 8 ans, et c’est seulement vers 14 ans  que je me suis mis à écouter de la musique enregistrée, à l’époque où je grattais la basse avec des copains dans des garages. Plus tard, j’ai rencontré un musicien qui m’a fait découvrir la chanson française. Ensemble, on a repris tous les grands auteurs : Léo Ferré, Georges Brassens, Boris Vian, Jacques Brel… Puis j’ai découvert l’univers du jazz manouche et l’improvisation. J’ai compris qu’on pouvait voyager avec un instrument. J’ai alors fait la connaissance de JeHaN, un chanteur toulousain avec lequel je joue de nouveau aujourd’hui, dix-sept ans après notre rencontre. Grâce à lui, j’ai travaillé avec Claude Nougaro, ce qui m’a permis de rencontrer d’autres musiciens, comme André Minvielle avec lequel j’ai collaboré pendant dix ans. Lorsque j’ai déménagé à Paris avec mon accordéon, je ne me sentais spécialiste de rien en particulier. J’étais dans un processus d’apprentissage et content de voir autre chose. À Paris, les cultures se croisent, tu peux improviser avec des argentins, des brésiliens… j’ai toujours aimé le fait de passer d’un univers à l’autre, cette variété de langages. Bernard Dimey disait : « Je vais de l’élite à la pègre sans me plaindre ni me vanter. ».  Cette phrase a toujours eu un fort écho en moi.

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

Je n’ai pas de réels fantasmes. En revanche, j’ai des envies, et actuellement c’est celle de concrétiser un projet pédagogique dans lequel je me suis lancé avec un ami, Jean-Luc Amestoy (accordéoniste toulousain qui a travaillé notamment avec Zebda), couplé avec un projet de documentaire. L’idée est de cheminer sur la route de l’accordéon, pour essayer de comprendre pourquoi cet instrument est devenu si populaire. Le principe de l’accordéon est né en Chine, aujourd’hui c’est le pays où on en fabrique le plus au monde. Mais j’ai découvert aussi qu’il y avait  des Inuits et des Pygmées qui en jouaient. On entend résonner l’accordéon en Louisiane, au Mexique ou au Brésil. C’est passionnant. J’aime l’idée de créer un parcours avec des gens à rencontrer, c’est le vrai moteur du projet. Au Vietnam, quelqu’un m’a expliqué qu’on appelait l’accordéon « le piano de la joie », alors qu’en France il est dénommé « le piano du pauvre ». C’est un instrument très respecté car les anciens en jouaient pendant la guerre du Vietnam. Depuis, il a disparu; les instruments sont très chers, il n’y a pas de professeurs pour faire perdurer la tradition. C’est pareil en Jamaïque ou en Martinique. Et j’ai envie de creuser un peu cette histoire. Les préjugés sur l’accordéon sont très français. Dès qu’on sort du territoire, on sent un vent de liberté souffler sur l’instrument. Je travaille souvent avec le public scolaire, et j’ai remarqué que pour la première fois depuis bien longtemps les enfants n’ont aucun préjugé quant à cet instrument : ils ne le connaissent pas. Ils ne l’associent pas à l’image d’Yvette Horner. Je n’ai rien contre d’ailleurs, cette période a existé et ça ne me dérange pas. Mais j’apprécie le fait qu’on se retrouve devant de nouvelles générations qui n’ont aucun a priori. L’accordéon a été popularisé pendant la deuxième moitié du XIXème siècle, c’est un instrument très jeune dans l’histoire de la musique, et c’est l’un des seuls instruments polyphoniques qui a tout à jouer. On n’est au début de quelque chose, à l’instar du piano au XVIIème siècle, lorsque les fabricants adaptaient la facture aux artistes. C’est une vraie chance. Aujourd’hui, lorsque l’on est guitariste ou saxophoniste, on sait qu’on est l’héritier de John Coltrane ou Jimi Hendrix : c’est effrayant pour un jeune musicien ! Alors que lorsque pour un accordéoniste, tout reste à inventer. Donc cet instrument, qui souffre d’une image ringarde, a encore tout à construire, et sera peut-être le plus « in » d’ici quelques années !

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

New York est une ville fantastique pour un musicien, elle offre la possibilité de barouder toute la nuit, d’aller écouter des musiciens aussi inconnus qu’excellents. Je me souviens d’un club, le Fat Cat, qui ressemble à un hangar avec des baby-foot, des ping-pongs… Au fond sont disposés de vieux canapés délabrés qui font office d’accueil du public, et un groupe est là, qui joue. On y allait souvent avec un ami vers 2h du matin, et on y a vu des concert dingues !

Lionel Suarez, Quarteto Gardel; 2018, Bretelles Prod / L’autre distribution
© Caroline Pottier
3 questions à… Sara Tavares (Portugal/Cap-Vert)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Née au Portugal de parents cap-verdiens, Sara Tavares cultive un style qui détonne dans l’univers lusophone. Les accents saudade flirtent avec la soul ou le reggae, et l’on retient avant tout la douceur de sa voix qui vous invite à « Balancê » votre corps nonchalamment. De retour après une longue absence pour la sortie de son album Fitxadu dans le cadre du Festival Au Fil des Voix, elle a irradié la scène de l’Alhambra qui sentait ce soir-là les embruns et le bacalhau…

« J’ai été nourrie par la musique afro-américaine qui passait sur les ondes dans les années 80. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Je suis née et j’ai grandi à Lisbonne, dans les années 80. J’ai donc été nourrie par la musique afro-américaine qui passait sur les ondes à l’époque : Stevie Wonder, Whitney Houston, Michael Jackson ou Aretha Francklin ont été mes premiers coups de coeur. À 18 ans, comme beaucoup, je n’avais d’oreilles que pour Bob Marley, d’où mon amour pour le reggae qui ne m’a jamais quittée. Mais c’est lorsque j’ai commencé à vivre de la musique que je suis retournée au Cap-Vert, le pays de mes parents, et que j’ai plongé dans la musique de ces îles colonisées par le Portugal : l’Angola, la Guinée-Bissau, le Mozambique… Beaucoup de musiciens qui jouent dans des bars de Lisbonne viennent de ces contrées-là. Puis, vers l’âge de 20 ans, je suis venue à Paris pour enregistrer mon premier album et Lokua Kanza, qui a produit ce disque, m’a initiée aux sons de l’Afrique francophone : Salif KeitaYoussou N’Dour, mais aussi Richard Bona, Ray Lema, Manu Dibango ou Papa Wemba… Je me suis prise de passion pour ces univers.

Si je dois confier ce que j’écoute en ce moment, j’avoue que je m’intéresse davantage à ce que les jeunes, comme mes nièces, écoutent. Spontanément, je vais toujours piocher de vieux disques de Nina Simone, Chavela Vargas ou Césaria Evora, mais j’aime aussi savoir ce qui se fait aujourd’hui. Et je peux facilement me mettre à danser sur des tubes de Mr. Easy ou sur du zouk love, tout ce qu’on passe dans les clubs en fait. J’adore ça !

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

J’ai déjà joué au prestigieux Carnegie Hall de New York, dans une petite salle, et c’était complet ! En fait, c’est difficile à dire car tant de rêves que j’ai fait dans ma vie se sont réalisés : celui d’être chanteuse, de me produire de par le monde, de rencontrer de merveilleux musiciens… J’ai maintenant avant tout le rêve de rester en bonne santé pour continuer à être créative et à voyager  dans des endroits chauds car je n’aime vraiment pas l’hiver !

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Je serais curieuse de découvrir des lieux d’Amérique latine comme le Pérou ou le Honduras, j’adore les percussions et la musique garifuna, ce métissage entre indiens et africains. Mais bien entendu le Cap Vert reste une destination à ne pas manquer. Il y a encore beaucoup d’îles que moi-même je ne connais pas, je dois vraiment approfondir ma connaissance de ce territoire. Les îles de Santo Antão et de Santiago sont absolument à voir, je conseille à tes lecteurs de les visiter sans plus tarder !

Sara Tavares, Fitxadu; 2017, Sony Music.
3 questions à… Amparanoia (Espagne)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Amparanoia, c’est ce rock latino sur lequel on dansait il y a plus de vingt ans : un mélange de fusion, de world, d’énergie explosive qui sentait la téquila et la bande à Manu Chao. De retour avec El coro de mi gente, Amparo Sanchez, figure de proue du groupe, n’a pas beaucoup changé. Le concert donné à l’Alhambra a vivifié l’assemblée qui chantait en écho des morceaux à l’ardeur toujours contagieuse. Après le concert, la chanteuse a pris le temps de nous parler féminisme et vibrations positives…

« Dans la vie, si tu accueilles les choses, tu les reçois au centuple. C’est pour ça qu’en ce moment je ne rêve pas, je vis. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

J’ai grandi à Grenade, en Andalousie, au sud de l’Espagne. C’est une ville très particulière car elle est imprégnée, de par son histoire, de l’héritage marocain autant que de cultures musicales comme la rumba ou le  flamenco. J’ai grandi dans une maison avec cinq frères et soeurs qui écoutaient des musiques en tous genres, de Camarón à Police en passant par Bob Marley. De mon adolescence, je retiens surtout The Clash, qui a sans doute été un groupe fondateur pour moi. La musique latine aussi, évidemment, en particulier celle qui flirte avec d’autres styles, comme l’ont jouée la Mano Negra. J’ai eu la chance de devenir une très bonne amie de Manu Chao. On s’est connus à Madrid il y a 22 ans maintenant, et on est toujours restés très proches. Il a eu une grande influence sur ma musique et m’a enseigné beaucoup de choses. Mais j’ai été avant tout très sensible aux univers musicaux de certaines artistes féminines. Celle qui m’a le plus marquée est sans doute Billie Holiday. À mes débuts, je chantais du jazz et de la soul, je m’en suis beaucoup inspirée. Et les chanteuses latino-américaines comme Mercedes Sosa, La Lupe, Chavela Vargas ou Omara Portuendo ont également beaucoup compté dans mon parcours. C’est dans les paroles de ces artistes-là que j‘ai pu retrouver la poésie des textes, les revendications qui me touchent et qui concernent notre position de femme dans la société.

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

Je dois y réfléchir, car à dire vrai tous les endroits où je rêvais de jouer, j’ai fini par m’y produire. J’arrive à un moment de ma vie où je réalise que j’ai eu davantage que ce que j’avais jamais imaginé obtenir dans ma carrière musicale. J’ai joué avec de super musiciens, je me suis fait beaucoup d’amis sur la route, j’ai voyagé énormément, et le public est toujours présent, où que j’aille, quelque soit la langue du pays, seule la musique importe. On monte sur scène car il y a un « pourquoi », on a quelque chose à dire, à transmettre. C’est pour ça que je laisse ma famille, mes animaux, ma maison, parce que je sens que je dois dire quelque chose en tant que femme. Je reste donc friande de nouvelles expériences. Par exemple, dans quelques jours je vais partir au Brésil avec une poétesse brésilienne qui écrit des poèmes féministes très engagés. Je vais mettre ses mots en musique, c’est nouveau pour moi, je suis ravie de participer à cette un tel projet. Dans la vie, si tu accueilles les choses, tu les reçois au centuple. C’est pour ça qu’en ce moment je ne rêve pas, je vis. Je laisse venir les choses, et elles m’arrivent.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Le monde entier est musical. Il faut aller dans les quartiers, n’importe où. La musique est un passeport libre qui voyage partout. Quand je suis à Paris, dans le quartier de Montreuil, je me retrouve avec Aalma Dili et je voyage dans les Balkans. Pourtant, je suis à Paris. D’autres fois, je me balade au Brésil, j’y croise de la samba, et c’est merveilleux. En Amérique latine tu trouves plus facilement la musique dans la rue, en Andalousie aussi. Mais au fond où que tu ailles dans le monde il y a de la bonne musique à chiner, il suffit de bien la chercher.

El coro de mi gente, Amparanoia; 2018 (Pias)
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