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Chaleur humaine pour la fête de la musique

36ème édition de la fête de la musique sous 36°C dans la capitale… de quoi faire sortir les parisiens de tous poils pour se frotter aux riffs de guitares et au combo hot-dog/bière toujours de mise pour ce genre de manifestations. Comme chaque année, les amateurs et professionnels du milieu seront dispatchés dans les rues de la ville. Quelques pistes et conseils ici, à suivre (ou pas..).

Groover en bord de Seine

Par cette chaleur torride, on serait tenté de lever l’ancre… Si tel est votre souhait, dirigez-vous vers le quartier de la BNF. Vous trouverez des péniches et guinguettes qui vous feront oublier un instant la moiteur du métro parisien. Pour autant, le son restera urbain…

Si vous êtes dans le coin, sachez que le Batofar fête les 10 ans de La Mamie’s. Collectif fondé en 2007 qui se résume en quelques mots : « 6 copains, 4 DJ’s, des paillettes et une folle envie de faire la fête. ». Ambiance groovy à coup sûr! Au programme de ce soir : open air devant le bateau, gros soudsystem et le crew au complet. Un aperçu de leur playlist ici. La soirée est gratuite jusqu’à 0h30.

Sable et dancehall à la Villette

La Philharmonie de Paris voit les choses en grand cette année. À l’occasion de l’exposition Jamaica Jamaica ! (qui sera en entrée libre aujourd’hui de 18h à 22h) et des 40 ans du label Greensleeves, le Blackboard Jungle SoundSystem vous fera revivre l’époque des meilleurs enregistrements de la musique jamaïcaine : Augustus Pablo, Barrington Levy, Bounty Killer… Jamïca, land we love !

Si vous en avez marre de chauffer vos tongs sur le béton, direction la Plage Glaz’art. Premier jour d’ouverture, et comme chaque année, vous pourrez écouter de l’électro en sentant le sable crisser sous vos pieds… plus d’infos sur la soirée ici.

Summertime rue des Lombards

Pour vous mettre en bouche avant la balade jazz à St-Germain-des-Prés HTR de dimanche prochain (event Facebook ici), on vous suggère de faire un arrêt au Sunset-Sunside. Il sera plus ou moins long selon votre goût pour le saxophoniste John Coltrane : la soirée est dédiée entièrement à ce monument du jazz ! Entrée libre : c’est le moment d’en profiter ! Plus d’infos ici.

Ménilmontant dans tous ses états

La fête de la musique, c’est surtout l’occasion de trainer entre amis avec du son qu’on découvre de ci-de là. Les concerts ne sont pas toujours au niveau, mais dans certains lieux on est à peu près sûrs de passer un bon moment (si on arrive à rentrer). Et comme on aime ce quartier, voici quelques idées :

Au 88 de la rue ménilmontant, la Bellevilloise inaugure un nouveau lieu éphémère et fête aujourd’hui la musique comme il se doit, dès 16h, dans une jungle en plein air ! Plus d’infos sur le line up ici.

À l’angle de la rue, vous connaissez sans doute le mythique Café des sports. Populaire et accueillant, le lieu dansera ce soir au son de la cumbia. Grosse chaleur et bonne humeur assurées.

Si vous êtes plutôt branché Brésil, vous pourrez démarrer la soirée au Mineirhino, un bar de quartier chaleureux qui propose une soirée samba dès 18h30.

Non loin de là, le Studio de l’Ermitage, l’une de nos salles parisiennes préférées, ouvrira elle aussi les portes au Brésil. Dès 19h, découvrez ce qu’est réellement la samba, en images et en musique ! Le groupe Roda do Cavaco, habitué des lieux, vous fera ensuite voyager jusqu’à la fermeture…

Il y aurait encore plein d’autres lieux chouettes à traverser ce soir : la place d’Aligre, le Mellotron, les Disquaires, la Marbrerie, le Nodana… mais pour l’heure on va plutôt se désaltérer et préparer nos meilleures tongs pour l’occasion…

3 questions à… Nicolas Repac (Republica Ideal de Acapulco)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves  confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Le 24 avril dernier, le Café de la danse accueillait un concert incendiaire dans la moiteur d’une salle comble : la Republica Ideal de Acapulco! Mené par le guitariste Nicolas Repac (Arthur H, Mamani Keita…) et la flûtiste et chanteuse cubaine Yaité Ramos (plus connue sous le nom de « la Dame Blanche »), ce projet géo-musical sillonne des sentiers sonores à l’énergie contagieuse « para bailar ». Le calme revenu après la tempête, nous avons pu échanger avec le discret et chaleureux fondateur du groupe.   

Compositeur, arrangeur et producteur, Nicolas Repac est avant tout un musicien touche-à-tout qui transforme ce qu’il entend tel un alchimiste. Complice de longue date du sibyllin Arthur H, il nage en eaux profondes et revient à la surface tantôt électrisé par des samples futuristes, tantôt ondulant sur les rythmiques cabossées d’un air mandingue… Avec Republica Ideal de Acapulco, ce guitariste à l’oreille aguerrie met le cap vers l’Amérique Latine et parcourt une terre savoureuse foulée par des mambos et des boléros en pagaille !

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

J’ai grandi dans un village du Sud de Toulouse. Mon premier souvenir musical remonte à mes 5 ans : j’écoutais la mire de l’ORTF en boucle en me tapant la tête en rythme contre le fauteuil ! Tous les jours ! Il n’y avait qu’une chaîne à l’époque. Plus tard, j’ai eu ma période Joe Dassin (j’étais fan), et j’ai découvert le rock n’roll avec Chuck Berry. Mais aucun des deux n’a fait partie des influences qui ont duré. Mes plus grandes inspirations ont sans doute été Jimi Hendrix (parce que je suis guitariste), mais aussi Tom Waits, Serge Gainsbourg, Brian Eno

Un jour, un cousin m’a ramené des morceaux de Martinique et de Guadeloupe. Des biguines, je crois. Sans rien y connaitre, j’ai commencé à m’intéresser à ces musiques d’ailleurs. Loin de mon univers quotidien : je viens d’une famille toute simple d’ouvriers. Ma curiosité personnelle m’a amené à découvrir l’Afrique, et à l’aimer. De là est né mon amour pour les musique du monde.

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

J’ai un rêve, qui pourrait devenir réalité : jouer à New York. Tant de musiques que j’aime viennent de là-bas… je serais vraiment fier de jouer à Harlem, dans cette salle mythique qu’est l’Apollo Theater. Toutes les stars de la musique noire y ont joué !

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs?


Le Mali, sans hésiter, et surtout Bamako. La musique n’est pas sur scène mais dans la rue. Le rapport avec le public n’est pas le même que celui qu’on entretient en Europe. Ici, ce soir, on était habillés… la lumière s’est estompée… le public était là, prêt à applaudir à la fin… À Bamako, la musique surgit n’importe où, à tout moment : pour un mariage, pour un enterrement… C’est ce qui m’a stupéfait en Afrique. On est loin de la société du spectacle. La plupart des musiciens qui y vivent sont inconnus et ne prendront jamais l’avion pour venir ici, alors qu’ils sont incroyables. Donc pour les grands mélomanes, c’est un lieu à visiter à tout prix. Le talent y est ancestral.

Avril #AuxSons et en couleurs

Les week-ends d’avril sont souvent chargés, mais ce printemps pré-électoral nous prépare quelques rendez-vous musicaux inédits à ne pas rater. Voici quatre évènements qui pourront égayer vos prochains samedis.

Samedi 15 avril, tous à République !

Dès14h, rendez-vous sur la place parisienne qui a repris ses lettres de noblesse pour participer à une action citoyenne d’envergure ! Zone Franche, le réseau des musiques du monde, mène depuis le 3 février la campagne de mobilisation nationale #AuxSons pour faire entrer la diversité culturelle et musicale dans les débats des élections présidentielles et législatives et alerter sur la situation des musiques du monde en France. Ce samedi, plusieurs personnalités telles que Claudy Siar (RFI), Edwy Plenel (Mediapart) ou le musicien malien Cheick Tidiane Seck, seront présents pour animer le débat qui sera haut (sons… et) en couleurs.

Plus d’infos sur le programme détaillé de la journée ici.

Samedi 22 avril, le beatbox est dans La Place

Dans une ambiance créative et conviviale, Hit the road vous propose de participer à une expérience sonore décalée avec Scouilla, professionnel du Human Beatbox.

Le but de l’exercice? Produire des sons avec la bouche, le nez, la langue, la gorge. Travailler le souffle, la respiration, la diction et l’articulation. Dépasser sa timidité, être à l’écoute de l’autre et découvrir un nouveau style musical tout en s’amusant !

Avant l’atelier, vous aurez la chance de visiter les coulisses de La Place, le nouveau centre culturel Hip Hop situé au coeur du forum des Halles, lieu symbolique de ce mouvement. On vous emmènera découvrir les studios d’enregistrements, de danse, les salles de concerts et bien d’autres espaces…

Plus d’infos ici !

Pour toute inscription : info@hittheroad-events.com

L’atelier est fini et vous en voulez encore? Direction la Philharmonie de Paris ! À 19h, participez au débat modéré par Isadora Dartial (Radio Nova, et la dj fétiche de nos soirées Hit the road !) sur le thème des musiques jamaïcaines dans le cadre de l’exposition Jamaica Jamaica !. 

Plus d’infos sur l’expo et ses à-côtés ici.

Samedi 29 avril, Ciao Italia ! : une visite en chansons

À l’occasion de l’exposition Ciao Italia ! au musée nationale de l’histoire de l’immigration, les chanteurs du Chœur de l’Emigration et les artistes de La Maggese donnent la parole à ce « peuple qui manque »  dixit Nuto Revelli : ouvriers, paysans, montagnards, etc. On parcourt l’exposition qu’ils nous racontent ponctuée de ces « petits chants » qu’emportaient avec eux les émigrants.

Plus d’infos sur cette visite-chantée ici .

3 questions à … Aurelio (musique garifuna)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves  confessions sur son rapport au voyage et à la musique.  Nous avons traversé les frontières musicales jusqu’au Honduras à la rencontre du chanteur Aurelio, l’un des rares descendants de la tradition garifuna, à l’occasion du Festival Au fil des Voix qui s’est tenu à l’Alhambra en janvier dernier.

Fils et petit-fils de musiciens, Aurelio Martinez n’a pas trahi la lignée: tout petit déjà il s’amusait à construire une guitare avec des planches de bois et des fils de pêche. Plus tard, son amitié avec Andy Palacio, fervent défenseur de la minorité garifuna au Bélize, lui ouvre la voie. Considéré comme l’un des plus grands interprètes de Paranda (un genre plus spécifique de la musique garifuna qui s’appuie sur la guitare acoustique), Aurelio revient aujourd’hui avec Darandi, un disque rythmé et solaire aux couleurs de l’été afro-caribéen.

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Je suis né dans la petite communauté de Plaplaya, dans la Mosquitia Hondurienne. J’ai été élevé par une famille de musiciens: ma mère était chanteuse et composait, mon père jouait de la guitare Paranda. J’ai grandi dans ce village qui doit compter près de 200 habitants et qui se situe à la frontière du Nicaragua, là où est installée l’une des premières communautés garifuna de la côte Atlantique. Bien sûr, j’ai été influencé par d’autres styles musicaux: le reggae de Bob Marley, mais aussi les chansons latines de Mercedes Sosa, Pablo Milanés ou Silvio Rodriguez. Et j’aime également les sonorités africaines et des artistes tels que Youssou N’Dour, Baaba Maal ou Salif Keita.

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

Je rêve de jouer sur l’île de Saint-Vincent. C’est une petite terre des Caraïbes d’où les Garifunas ont étés chassé à la fin du XVIIIème siècle alors qu’il y régnait une certaine paix malgré la colonisation. Toute l’histoire de mon peuple a débuté ici, sur cette île où se sont réfugiés des esclaves pour donner naissance à une nouvelle couleur, « les caraïbes noirs ». J’aimerais jouer là-bas, retourner sur le lieu d’origine de ma communauté. Ce sera sans doute le moment le plus excitant de ma carrière !

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs?

Ce que je préfère, c’est la musique garifuna, donc je leur conseille évidemment de se rendre au Bélize lors d’un voyage. C’est l’un des rares endroits en Amérique où l’on peut entendre de la musique locale et des musiques venues d’ailleurs. C’est important pour moi car la culture garifuna est menacée, donc je soutiens les lieux qui préservent la diffusion de sa musique et en font un genre toujours vivant.

Aurelio, Darandi; 2016 (Real World/Pias)
© Richard Holder
Aux origines du Human Beatbox

Le 22 avril prochain, un atelier d’initiation au Human Beatbox est proposé par Hit the road, en partenariat avec La Place (centre culturel hip hop). Retour sur les origines d’une pratique passée de l’ombre au clair-obscur…

En anglais, le terme « human beat box » signifie « boîte à rythmes humaine ». Plus précisément, c’est l’art d’imiter des instruments (des percussions, mais également un saxophone, une basse ou autre) à l’aide de la bouche, de la langue, de la gorge, des dents ou du nez.

Le beatbox apparu dans les années 80 est étroitement lié à la culture hip hop. Mais cette technique vocale prend sa source d’autres genres bien plus anciens.

Une technique ancestrale

En Asie notamment, on retrouve des jeux sonores qui utilisent la voix et le souffle et imitent des instruments plus bourdonnants comme la flûte ou la guimbarde. C’est le cas du chant diphonique mongol, ou du Kattajaq, chant de gorge inuit interprété comme un jeu, le plus souvent par des femmes. La tradition des bols, qui fait partie du système rythmique indien depuis des siècles, est quant à elle à la fois une méthode mnémotechnique et une tradition de percussions vocales, utilisée aujourd’hui par des musiciens qui se rapprochent du jazz fusion et de la world comme Trilok Gurtu, John McLaughlin ou Zakir Hussain.

Certaines musique traditionnelles zoulous, notamment celles issues des langues dites à « clics » que l’on retrouve en Afrique de l’Ouest ou du Sud, se servent également de cette façon de reproduire les rythmes avec la bouche. Un très bel exemple ici avec la célèbre « Click song » de la diva sud-africaine Miriam Makeba :

A l’origine était le scat

Mais le parent le plus proche du human beatbox, celui qui l’a aidé à faire ses premiers pas, a grandi aux Etats-Unis, et on le retrouve fréquemment dans le jazz. La légende voudrait que ce soit l’audacieux Louis Armstrong qui en soit le père légitime. Lors d’une session avec son Hot Five, en février 1926, alors qu’il chantait « Heebies Jeebies », il aurait fait le clown, laissant tomber la feuille qui contenait les paroles du morceau, ce qui l’incita à en inventer d’autres avec des onomatopées, pour finir le chorus. On assistait en fait à la naissance du scat.

Les autres figures du genre restent aujourd’hui The Mills Brothers, Don Elliott, Cab Calloway ou Ella Fitzgerald, qu’on peut écouter ici sur l’excellent One note Samba.

De Bobby Mc Ferrin à Rahzel

C’est dans un ghetto new-yorkais, quelques années après les débuts du mouvement hip hop, que le human beatbox tel qu’on le connait aujourd’hui apparait. Il permet l’imitation de la grosse caisse et de la caisse claire pour accompagner les scratchs et le sampling. Les Fat Boys sont, au début des années 80, les enfants terribles de cette nouvelle boîte à rythme humaine, avec laquelle ils se divertissent :

L’un des premiers artistes vocaux à se faire remarquer fut Bobby Mc Ferrin, avec par exemple la culte « Don’t worry Be happy » qui reçut en 1988 le Grammy Award de la chanson de l’année. Inspiré autant par le hip hop que par le jazz et la soul, cet improvisateur de talent se plait à imiter des instruments à cordes ou à vents, comme dans cette sublime reprise de « Encore from Tokyo » (Keith Jarret) interprétée devant une salle comble au Festival Jazz de Montreux.

Mais le chanteur qui a popularisé le genre reste avant tout le King of Pop Michael Jackson, aves ses contrepoints rythmiques et ses prouesses vocales groovy, mises en avant par exemple dans le titre « Stranger in Moscow ».

À partir des années 90, le genre évolue, laissant place à des variations qui intègrent jusqu’à l’imitation des scratchs et des samples. En France, on peut notamment citer les toulousains Fabulous Trobadors (« L’accent ») et bien sûr les membres du Saïan Supa Crew avec des tubes tels que « Ring my bell » ou « Angela ».

Pratique devenue de moins en moins marginale, elle a été démocratisée grâce à des figures emblématiques comme Rahzel du groupe The Roots, rappeur américain originaire du Queens qui sort le légendaire album Make The Music 2000 (1999) et laissera des pépites comme « If your mother only knew » (reprise de la chanson de Aaliyah « If your girl only knew »).

Les membres du groupe Under Kontrol, dont fait partie le MC Faya Braz, crée le 1er championnat de France à Angers en 2006 et le 1er festival de Human Beatbox. Avec l’ascension des nouvelles technologies, le phénomène envahit la toile et les réseaux sociaux, et la France se place en 1ère ligne durant les championnats.

En 2015, Pascal Tessaud réalise Beatbox, boom bap autour du monde, le premier documentaire sur cet art « né d’une misère sociale. C’était important de montrer comment est né le Beatbox et quelles conditions ont poussé les gens à vouloir s’exprimer dans la rue. » :

Aujourd’hui championne du monde de Beatbox, la France est un vivier fertile pour les beatboxers en devenir. Malgré tout, la couverture médiatique reste trop restreinte pour permettre un réel envol de cette pratique. Vaille que vaille, des structures comme La Place, à laquelle Hit the road s’associe, ouvrent leurs espaces pour laisser vibrer ce souffle venu des battements du corps.

Rendez-vous le 22 avril !

Info & inscriptions : info@hittheroad-events

3 questions à… Vinicio Capossela (musique italienne)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves  confessions sur son rapport au voyage et à la musique. A l’occasion du Festival Au fil des Voix, nous avons pu rencontrer l’ensorcelant Vinicio Capossela, inclassable rock-star italienne qui, le temps d’une bière à l’Alhambra, nous a parlé d’Homère et de tavernes…  

Surnommé le « Tom Waits italien », cet admirateur de Jack Kerouac et John Fante s’est initié au jazz avant de prendre des chemins de traverse qui lui valent aujourd’hui une réputation de visionnaire. Après 14 disques, Vinicio Capossela poursuit son expérience d’albums-concept avec Canzoni della cupa, une ode à la musique folk et des chansons « rassemblées au fil du temps comme du bois de chauffe (…) qui nous autorisent à sentir le froid, l’émotion, le désir, la peur, l’aventure, l’euphorie, la joie, l’affliction et la mort. »*

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Je suis un déraciné. Mes parents sont originaires de la région Irpinia (sud de l’Italie), ils ont émigré très jeunes en Allemagne, où je suis né, et j’ai grandi en Emilie-Romagne. C’est une terre aux racines sauvages, on y écoute surtout du rock. J’ai grandi dans les années 80, la scène musicale était assez riche, les groupes pullulaient. Tom Waits est sans doute l’artiste qui m’a le plus inspiré, surtout à ses débuts. Mais la première musique que j’ai écoutée est celle qu’on passait pendant les mariages, la musique de bal. J’ai étudié au conservatoire, donc la musique classique a également eu une influence sur mon parcours. J’ai commencé en jouant des ballades au piano, en composant des morceaux assez proches du jazz. Puis je me suis mis à voyager. Votre blog s’appelle Hit the road et ça me parle : j’ai pris la route assez tôt ! La figure qui me correspond le mieux est celle du voyageur, du ménestrel. Ma musique a vocation à transmettre une histoire par le chant, c’est fondamental. Un peu comme le faisaient les aèdes du temps de la Grèce Antique. Ces poètes,  comme Homère et son Odyssée, racontaient l’histoire du monde à travers les cordes de la voix et de la lyre. Je crois qu’aujourd’hui, après toutes ces années, c’est le personnage dont je me sens le plus proche.

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

Je me suis déjà produit dans des conditions assez étranges. J’ai joué en haute montagne, à l’aube, dans les Dolomites italiennes. J’ai aussi donné un concert dans le Sanctuaire de Los burros de Aruba, en Andalousie, où mes seuls auditeurs étaient les 80 ânes qui le peuplent… J’essaie tant que possible de choisir le lieu dans lequel je vais jouer. C’est important car ça fait partie intégrante de mon discours artistique : essayer de jouer dans des lieux qui ne sont pas confectionnés pour la musique. Ce sont toujours les endroits les plus émouvants dans lesquels j’ai joué. Les grecs anciens construisaient leurs théâtres de façon à ce que les spectateurs éprouvent la sensation de l’univers, de l’infini. Mon rêve? Jouer dans le théâtre d’ Épidaure, l’un des plus vieux de la Grèce Antique.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

J’aime beaucoup que la musique se joue dans des lieux où on peut aussi boire et manger, comme dans les tavernes grecques par exemple. Ecouter du rebetiko en Grèce a toujours été pour moi une grande source de joie : les voix s’unissent, on mange, on boit, et à un moment le chant s’installe. Il n’y a pas de barrières, avec le musicien d’un côté et le spectateur de l’autre. J’aime ce genre musical, cela m’a inspiré un disque et un livre. Mais je l’ai aimé d’autant plus que je l’ai découvert à table, en mangeant, en m’enivrant, en ayant un rapport corporel avec cette musique. C’était de la nourriture pour l’âme et le corps, pas uniquement pour les oreilles.

 

* D’après Vinicio Capossela

Vinicio Capossela, Canzoni della cupa; 2016, Warner Music

 

 

Soirée Hit the road aux Piaules

Soirée Hit the road aux Piaules

Pour célébrer cette nouvelle année 2017, Hit the road a pris ses quartiers aux Piaules, une auberge de jeunesse installée depuis près d’un an au coeur de Belleville, le temps d’une soirée. Ambiance conviviale et bon son étaient les maîtres mots de notre évènement !

Pari gagné : ce vendredi 3 février, les hôtes des Piaules ont pu découvrir Paris sous l’angle de la fête et de la bonne musique ! Le lieu, accueillant et ouvert au public (venu en nombre se serrer près du comptoir), nous a semblé un spot idéal pour danser et échanger. Photomaton et baby-foot à l’entrée, canapés et écran pour projeter les teasers HTR, musique non-stop, serveurs sympas et dynamiques : tout y était !

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Après l’happy-hour, Isadora et Mathilde ont entamé les festivités avec un mix félin agrémenté de pépites qui ont mis peu de temps à contaminer l’assistance. De « Bazuka » (Batida) en passant par « Cariñito » (Los hijos del sol) ou « Have love will travel » (Richard Berry), tous les coups étaient permis…

isa&mathilde

Pour visualiser plus de photos, cliquez sur ce lien

Un peu avant minuit, les Dj’s allemands Tosta Mixta ont repris les manettes pour enflammer la piste jusqu’à la fermeture. Sonorités arabes ou brésiliennes, rythmes traditionnels ou beats actuels, les ingrédients de leur recette touchent  tous les genres musicaux et nous mènent vers des horizons aux saveurs exotiques autant que désertiques.

Pour une prochaine fois, on vous donne un avant-goût de leur mix ici :

https://soundcloud.com/tostamixta/tostamixta-presidio-do-trafaria-2016

Une bien belle soirée, entre rires et bons riffs… préparez-vous, on remet ça au printemps !

3 questions à : Girma Bèyènè (musique éthiopienne)

A l’occasion du Festival Au Fil des Voix qui réunissait ce 18 janvier Girma Bèyènè, l‘un des maîtres de la musique éthiopienne des années 60, et le groupe d’éthio-jazz français Akalé Wubé sur la scène de l’Alhambra, Hit the road a démarré un nouveau cycle d’interviews.
« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves  confessions sur son rapport au voyage et à la musique.
Girma Bèyènè ouvre la voie.

Originaire d’Addis Abeba (Ethiopie), ce musicien autodidacte connait un âge d’or entre les années 60 et 80. Chanteur dans les clubs les plus huppés de la capitale, il participe en tant que compositeur, arrangeur ou pianiste à de nombreux enregistrements mais n’apparait pourtant que sur très peu d’albums de musique éthiopienne de l’époque. Alors qu’il est l’un des artistes vedettes du producteur Ahma Eshèté, le régime de l’empereur Haïlé-Sellassié subit un coup d’état en 1974. Girma choisit l’exil aux Etats-Unis en 81 plutôt que la dictature communiste. S’ensuivent des complications personnelles et professionnelles qui l’éloignent peu à peu de la vie musicale. De retour chez lui en 2008 pour le 7e Ethiopian Music(s) Festival d’Addis Abeba, il s’y réinstalle doucement, et signe cette année un disque « comme back » avec les français Akalé Wubé dans la mythique collection des Ethiopiques*.

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Je suis né et j’ai grandi à Addis Abeba, dans une famille catholique extrêmement stricte. Avec mon père, ma mère et mon frère, nous étions très proches. Nous allions à l’église chaque matin, puis je partais à l’école. Je crois que c’est dans ce lieu saint que tout a commencé musicalement.

J’ai également été influencé par des artistes, bien sûr, mais c’est difficile d’en parler, ils sont si nombreux ! Je peux tout de même citer Nat King Cole, Frank Sinatra, Paul Anka, Neil Sedaka, Charles Aznavour, et Adriano Celentano. J’adore la chanson italienne. L’une de mes chansons préférées est « I miei giorni felici » de Wess and The Airedales (reprise de « Chapel of dreams » des Dubs).

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

J’ai déjà atteint mon rêve sans m’en rendre compte : celui de jouer ici, ce soir, à Paris. Je ne demande rien de plus maintenant. J’ai mis de côté ma carrière de musicien pendant très longtemps. Puis sont arrivés Akalé Wubé, mes producteurs Francis Falceto et Amha Eshèté… ils m’ont poussé et m’ont ramené sur scène ! Donc je peux dire que ce qui m’arrive ce soir, c’est un rêve qui devient réalité.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs?

S’ils viennent un jour à Addis Abeba, je leur conseille d’aller dans l’un des clubs du quartier de Piazza, près du vieux centre historique, ou au Ras-Hôtel. C’était le plus chic hôtel d’Addis après la guerre. J’y ai joué à mes débuts dans les années 60. J’avais été engagé après avoir chanté « Bernardine » de Pat Boone. C’est un lieu légendaire de la musique éthiopienne et des soirées chics de la capitale.

 

* Girma Bèyènè & Akalé Wubé, Mistakes on purpose; coll. « Ethiopiques 30 », sortie le 13 janvier 2017 / label Buda Musique
Prochaines dates de concert : les 20 & 21 avril 2017 au Studio de l’Ermitage (Paris)
 © Cyprien Fussien
Ces artistes au panthéon de 2016

2016 a été une année pleine de bouleversements, tant d’un point de vue politique (ça va sans dire) que musical. Car hormis les coupes budgétaires du Ministère de la Culture française qui met en péril de nombreux festivals et structures essentiels, la planète a été touchée par une hécatombe de personnalités qui nous laisse un peu orphelins.

Nous ne ferons pas ici un bilan exhaustif, ce serait malheureusement trop long, mais nous souhaitons tout de même rendre un bref hommage à ceux qui nous ont tant apporté par leur musique et leurs mots.

Cette danse macabre a commencé dès le 2 janvier 2016, avec le départ de Michel Delpech qui chantait pourtant « La vie, la vie » en 1971. Huit jours plus tard, c’est l’effroyable disparition de David Bowie, le chanteur pop-rock le plus révolutionnaire de sa génération, qui nous laissait un vide énorme. Avec comme consolation un album en forme d’adieu, Blackstar, un clip-testament, « Lazarus », du même nom que la comédie musicale qui a continué à se jouer à Londres, le fantôme de Ziggy  planant au-dessus du public. La NASA elle-même a rendu hommage à “Starman“ en postant sur son compte twitter : « And the stars look very different today » (« Et les étoiles ont l’air vraiment différentes aujourd’hui »), reprenant ainsi les paroles de « Space Oddity » qui raconte les premiers pas de l’homme sur la lune.

En mars, de l’autre côté des Alpes, c’est le chanteur piémontais Gianmaria Testa qui tirait sa révérence. Parolier aux mélodies d’une grande douceur, il était l’ami de Erri De Luca, auteur napolitain avec lequel il avait monté le merveilleux Quichotte et les invincibles, hymne aux migrants, aux exilés, « à ceux qui ne se laissent jamais effondrer par une défaite ». Je l’avais  rencontré à Naples en 2004, lorsque le spectacle était présenté à la Galleria Toledo. C’est l’occasion ici de revenir sur ce bel échange :

https://soundcloud.com/user-439998769/sets/interview-gianmaria-testa-naples-2004

Le 21 avril 2016 c’est “Love Symbol“ qui nous quittait sous une pluie pourpre, l’icône funk-pop aux vestes à paillettes, le Prince qui réveillait les belles au bois dormant à coups de « Kiss » et de « Sexy mother fucker ». Rival de Michael Jackson (avec lequel il partage pourtant la même scène que James Brown lors d’un show mémorable), il affectionnait particulièrement la salle parisienne du New morning où il avait fait un aftershow inoubliable en 2010, chantant jusqu’à l’aube « New Morning, New morning » au son de « Purple rain, purple rain »

Trois jours plus tard, Papa Wemba, « le roi de la rumba congolaise », suivi de Billy Paul et son célèbre « Me and Mrs Jones » entraient également dans la ronde. Le 2 mai, c’est au tour de Hubert Mounier, leader de l’Affaire Louis Trio. L’auteur de « Mobilis in mobile » était également dessinateur et a notamment réalisé une bande-dessinée du même nom que l’album La maison de pain d’épices.

On s’arrêterait bien là, las de ce listing des défunts  de 2016 que l’on a écouté, de près ou de loin, mais il en reste que l’on ne peut éviter. On pense bien sûr à Leonard Cohen. À « Suzanne », à « Hallelujah »,  à « Dance me to the end of love ». À tous ces morceaux qui ont été si longs à écrire pour un poète si exigeant, et qui ont de ce fait marqué nos esprits, influencé les plus grands, donné à entendre ce qui n’avait jamais été dit. À l’instar de David Bowie, il nous laisse un dernier album récent d’une grande beauté, You want it darker, imprégné d’amour et d’obscurité.

On pense aussi à la prêtresse de la soul Sharon Jones, sur laquelle on dansera encore durant « 100 days, 100 nights ». À « la reine des gitans » Esma Redzepova, qui a porté haut les couleurs de la culture tsigane avec des morceaux comme « Djelem, djelem ». Et au dernier en date, George Michael, parti un 25 décembre, pop star aux tubes “eighties“ qui a fait suer tant de dancefloors avec des titres comme « Wake me up before you go-go ».

Tous ces musiciens, chanteurs, auteurs ou compositeurs, aux destins parfois complexes, aux gloires certaines mais coûteuses, nous ont accompagnés depuis l’enfance et nous rappellent, en 2016, que la musique c’est autre chose qu’un air qu’on fredonne. Elle nous construit, nous hante, nous bouleverse. Elle peut appuyer là où ça fait mal ou raviver le feu de joie qui est en nous. Elle est ombre et lumière. Ou, comme l’écrivait Romain Rolland dans Jean-Christophe, « elle est la parole la plus profonde de l’âme, le cri harmonieux de sa joie et de sa douleur ».

 

Ces improbables chansons de noël

Ces improbables chansons de noël

Dans quelques jours, c’est noël. Comme chaque année, les enceintes des magasins nous abreuvent des classiques « Petit papa noël » et autres pépites que Tino Rossi et consorts fredonnent à nos oreilles depuis la tendre enfance. On ne va pas vous proposer maintenant le sempiternel « Top 10 » des plus belles chansons de noël, ni même une playlist des plus décalées, quoi que… L’idée est tout de même de faire le point sur ces variantes musicales qui fêtent la fin d’année. 

De ce que l’on sait, en France, le plus ancien chant de noël serait le cantique « Entre le boeuf et l’âne gris », qui aurait été composé au début du XVIe siècle, bien avant le traditionnel « Il est né le divin enfant » qui a vu le jour (sans mauvais jeu de mots) au XIXe siècle. On continue aujourd’hui de célébrer ce miracle, bien qu’on puisse trouver des versions quelque peu décalées…

Disons qu’en 2016 les paroles peuvent parfois manquer de poésie. Et pour cause : des chercheurs de l’université de Toronto ont développé une IA (Intelligence Artificielle) capable de composer et d’interpréter une chanson de noël en analysant les éléments d’une image. Les paroles sont donc plus du type : « Beaucoup de décorations dans la pièce, le sapin de noël est rempli de fleurs, je jure que c’est le réveillon de noël ». Pari impressionnant, même s’il ne concurrence pas un bon vieux « Vive le vent »… jugez plutôt en écoutant cette création.

On peut relever un autre pari : celui d’écouter l’album All I want for christmas is a goat (2015), subtil clin d’oeil au tube planétaire de Mariah Carey « All I want for christmas is you », le « toi » étant remplacé par le mot « chèvre ». Pourquoi? Tout simplement parce que les morceaux sont tous interprétés par des chèvres ! C’est une expérience de la branche suédoise de l’ONG Action Aid, qui lutte au quotidien contre la pauvreté. L’animal a été choisi pour sa popularité sur internet mais aussi pour l’impact positif qu’elle a sur la vie des communautés : elle fournit du lait, de la laine et peut aider des familles en difficulté. Vous pouvez donc trouver le cd si vous souhaitez faire une bonne action pour bien finir l’année. Un aperçu avec cette version de « I wish you a merry christmas »

La conclusion? A chacun son école. On peut aimer la mélancolie du « Joyeux noël » de Barbara ou entonner en choeur « Bons baisers de Fort-de-France » de la Compagnie Créole. Ce soir-là, il n’y a plus de règles. Alors pour conclure cet article, je choisirai pour ma part la douceur d’une bossa nova, « Presente de Natal » par le grand artiste brésilien João Gilberto, à écouter sans modération (toute l’année…). Et d’avance : joyeux noël!

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