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3 questions à… Omar Sosa & Yilian Cañizares (Cuba)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Omar Sosa et Yilian Cañizares sont tous deux nés sur l’île de Cuba mais jouent aujourd’hui à Paris : l’inspirant pianiste jazz, improvisateur de génie, rencontre la jeune chanteuse-violoniste et créent, ensemble, Aguas, un opus aérien à la moiteur caribéenne, cocktail rafraîchissant au parfum afro-classico-jazz. Ils ont distillé leur spiritualité contagieuse sur la scène du Bal Blomet en novembre dernier, et nous ont confié quelques secrets de leur élixir…

« Je n’ai pas eu besoin d’avoir des musiciens dans ma famille, Cuba est une grande famille de musiciens. »
(Omar Sosa)

« La Havane ne laisse personne indifférent, elle est pleine de paradoxes, de beautés cachées… » (Yilian Cañizares)

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Omar Sosa : Je suis né à Camagüez (Cuba) en 1965. Mon père était un grand fan de Nat King Cole, j’ai grandi avec Mona Lisa dans les oreilles. Il n’y avait pas de musiciens dans ma famille, ce qui a permis qu’on n’ait pas d’attentes particulières vis-à-vis de ma carrière, mais la musique est venue à moi car chaque dimanche, mon père organisait une fête à la maison et passait des disques tout au long de la journée. J’ai toujours écouté beaucoup de musique, depuis l’enfance. À Cuba, il n’y a que que deux chaînes de télévision, donc on sort, on s’intéresse davantage au live. Pendant le carnaval, il y a une quantité inouïe de groupes dans la rue, célèbres ou non. La musique fait partie de notre culture. En France, tu dois aller dans une salle de concert, tu paies ta place… ce n’est pas le cas là-bas. La musique populaire se produit tous les ans dans chaque village cubain, et tout est gratuit. J’ai eu la chance de voir Chappottín, l’Orquesta Aragón, Enrique Jorrín, Irakere, Los Van Van, Juan Pablo Torres… tous nos maîtres ! J’étais encore un adolescent. Alors bien sûr ils ont eu un impact sur mon style. Je n’ai pas eu besoin d’avoir des musiciens dans ma famille, Cuba est une grande famille de musiciens. Mes grandes influences on été la rumba cubaine, et les groupes Irakere, Opus 13 et Afrocuba. Ils jouent du jazz de façon unique sur les bases de la musique traditionnelle afrocubaine. Rubén Gonzáles a été l’un de mes professeurs. Ils ont créé avec Enrique Jorrín le rythme appelé Cha-cha-cha. Je l’utilise dans chacun de mes disques. C’est un tempo merveilleux à danser, et populaire dans le monde entier. J’ai été également très inspiré par la musique classique : Chopin, Satie, Debussy, Ravel, Stravinsky. Tous ces compositeurs m’ont été enseignés car ils font partie du programme de l’école de musique cubaine. C’est pour cette raison que notre son est un mix entre Afrique, Amérique, et musique classique européenne. À mon époque, au conservatoire, les techniques étaient très rigides, elles étaient employées par des enseignants russes communistes, excellents par ailleurs, mais qui ne rigolaient pas avec les règles. C’est ce qui a rendu le son cubain si puissant par moments, à l’image d’un monument soviétique ! Le programme d’études a changé quand les communistes sont arrivés au pouvoir, avant cela, la musique était très influencée par les impressionnistes français. On étudiait uniquement les grands maîtres classiques, la musique populaire se croisait  dans la rue, elle était bannie des écoles. Le jazz était l’écho des américains, donc des ennemis. Un des premiers jazzmen que j’ai écouté a été Oscar Peterson. L’un de mes amis était membre de l’Orquesta Aragón. Comme c’était un groupe cubain très connu, il a eu la chance de sortir de l’île et de voyager à travers le monde lorsqu’ils partait en tournée. Il a alors pu découvrir d’autres sonorités. L’autre moyen que nous avions trouvé pour satisfaire notre curiosité était une petite radio, Onda FM. Vers minuit, nous écoutions la fréquence de Miami qui programmait du jazz. Nous ne manquions pas d’imagination : nous avons par exemple créé, avec quelques amis, la première radio jazz à l’école, elle a émis pendant deux ans et demi. Nous collections des cassettes audio, et tous les matins, entre 6 et 7h, on passait des morceaux de Oscar Peterson, Weather Report, Yellow Jacket, Thelonious Monk… on l’avait appelée Radio Base.
Aujourd’hui, avec les nouveaux moyens de communication, les jeunes musiciens cubains ont accès aux livres, à l’écoute en streaming, etc., mais c’est très récent.
Yilian Cañizares : Je suis sans doute une représentante de cette jeunesse cubaine… Je suis née à La Havane. J’ai grandi en écoutant beaucoup de styles différents : musique classique, jazz, musique traditionnelle cubaine. Ma mère m’a toujours dit que petite, chaque fois que j’allais à un concert, je ne tenais pas en place, j’avais envie de jouer, de chanter, d’être sur scène moi aussi. Un jour, elle s’est décidée à m’emmener chez une dame qui faisait jouer un groupe d’enfants en lui demandant de tester mes qualités de musicienne. Et quand j’ai fini de chanter, la dame lui a dit que j’avais raison, que c’était ma voie. J’ai commencé grâce à elle. Artistiquement, les musiciens qui m’ont le plus influencée sont sans doute Chucho Valdés, notre maître à tous, Omar Sosa, avec qui j’ai la chance de travailler aujourd’hui, et, même si je l’ai découvert beaucoup plus tard, Stéphane Grappelli, qui a indéniablement changé ma façon de jouer du violon. En ce qui concerne les chanteuses, je pense instinctivement à Omara Portuondo, et aussi Nina Simone, pour ce qu’elle représente, pour son engagement, son combat.

 

Si tu pouvais jouer avec n’importe qui n’importe où, avec qui et où est-ce que ce serait ?

Omar Sosa : Un de mes rêves aurait été d’assister à une fête chez la baronne de Pannonica, sans même y jouer, j’aurais aimer y être, juste pour regarder. Ç’aurait été l’une des plus grandes masterclass que j’aurais pu vivre. Regarder tous ces maîtres du jazz réunis (Charlie Parker, Thelonious Monk, Charles Mingus…), et les écouter, les observer, sentir la façon dont ils communiquent les uns entre les autres.
Yilian Cañizares: J’ai beaucoup de rêves qui se réalisent en ce moment. Ce soir je joue avec Omar, il y a 15 jours j’ai joué avec Chucho Valdés. Mais si j’avais pu, j’aurais vu Nina Simone sur scène, et peut-être encore plus Miles Davis. Il avait une façon étonnante de ne pas avoir peur de se transformer, de renaitre chaque fois à lui-même, un peu comme un papillon, de se moquer de ce que les autres attendaient de lui… J’aurais aimé capter cette énergie-là.

 

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Omar Sosa: La Philharmonie de l’Elbe, à Hambourg. Chaque personne sur cette planète devrait pouvoir y aller au moins une fois dans sa vie. Et toi aussi : tu dois y aller ! L’architecture de ce lieu est phénoménale, le son y est incroyable, et l’énergie qui s’en dégage l’est tout autant.
Yilian Cañizares : Il y a beaucoup de lieux marquants, mais je ne peux pas ne pas évoquer La Havane, ma ville de coeur. Elle ne laisse personne indifférent, elle est pleine de paradoxes, de beautés cachées, mais il faut avoir la chance de la découvrir en-dehors des clichés. Et j’espère qu’elle pourra préserver son authenticité malgré la montée du tourisme. L’ouverture de Cuba est une chose formidable, mais un peu terrifiante aussi.

 

Omar Sosa & Yilian Cañizares, Aguas; 2018, Ota Records
@ Franck Socha
3 questions à… Giovanni Mirabassi (jazz)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Giovanni Mirabassi est sans doute l’un des jazzmen italiens les plus parisiens que l’on puisse voir sur scène. Installé depuis 1992 dans la capitale, il a connu son premier grand succès en 2001 avec Avanti !, un album de reprises de chants révolutionnaires internationaux, seul au clavier. Depuis, les disques et les collaborations se sont enchainés, et il fêtait cet automne ses 20 ans de carrière au Pan Piper : trois jours de concerts emblématiques et de featurings triés sur le volet, avec des pointures comme Sylvain Luc ou Sarah Lancman. À l’occasion de l’une de ces soirées, assis au bar encore à demi-fermé, nous avons évoqué ses premiers émois musicaux et ses coups de coeur nippons. 

« J’écoute tous les jours l’album You must believe in spring de Bill Evans, depuis 37 ans. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours? 

Comme de nombreux italiens, mon père était à la fois mélomane et musicien amateur, et je suis né à Pérouse, une ville qui accueille l’un des plus grands festivals de jazz du monde, l’Umbria jazz. J’ai donc très vite été confronté à cette musique, non seulement au sein de la discothèque de mes parents, mais aussi en live : j’ai pu assister aux concerts de jazzmen mythiques depuis l’enfance, de Miles Davis à Charlie Mingus en passant par Bill Evans ! Alors évidemment, mon imaginaire sonore a eu de quoi se nourrir. Vers 10 ans, au détour de l’écoute d’un disque de John Coltrane, est née en moi l’idée de vouloir faire partie de ce milieu. Ce que j’entendais était tellement puissant et émouvant que je me suis dit : « quand je serai grand, moi aussi je serai musicien ! ». Et j’ai eu la chance d’y arriver. Chez moi, on avait un piano dans le salon, je suis allé très naturellement vers cet instrument quand j’ai commencé à marcher, et depuis je n’ai jamais arrêté. Concernant les musiciens qui m’ont influencé, je dirais spontanément Bill Evans. J’écoute tous les jours son album You must believe in spring depuis 37 ans, c’est dire. J’adore aussi le tango argentin, la chanson italienne ou encore Elton John qui est l’un des premiers que j’ai repris. Mais ce qui me fascine chez Bill Evans c’est qu’il n’a eu de cesse de jouer mieux que la veille. Il est de ces musiciens,  comme Bach ou Brahms, très exigeants, qui vont à l’essentiel, qui ont cet espèce d’amour intarissable de la musique, et je me sens de plus en plus proche de ces gens-là. J’essaie de faire de mon mieux, un peu à l’image de ce que Giacometti a dit un jour lors d’une interview. Le journaliste lui a demandé : « Maître, pourquoi ne faîtes-vous que des têtes ? », et il a répondu : « parce que je n’y arrive pas. ». Je trouve ça assez extraordinaire car ça en dit long sur le fait que la noblesse de nos oeuvres est dans l’effort que nous faisons pour être à la hauteur de nos attentes. Personnellement, j’essaie d’offrir au public la musique que j’aimerais qu’on me donne, du moins je tente. Dans ce domaine, on tend vers dieu, mais nous restons de pauvre humains.

Si tu pouvais jouer avec n’importe qui n’importe où, avec qui et où est-ce que ce serait ?

Je crois que j’ai réalisé tous mes rêves. Malgré tout, si c’était possible, organiser une petite soirée avec Charlie Parker au Cotton Club ou au Blue Note New York, ça me plairait bien. Pourquoi pas avec un petit boeuf ensuite chez la baronne  Panonnica… Mais j’ai joué avec le trio de Bill Evans (sans lui), avec Chet Baker, j’ai travaillé avec Hayao Miyazaki… j’ai eu déjà beaucoup de chance. Je me dis à mon âge que dans la vie il n’y a pas vraiment de hasard, et qu’entre nous on se reconnait comme des frères.

As-tu un lieu musical coup de coeur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Dernièrement, je suis allé dans une petite salle toute rouge qui s’appelle Akaiheya, à Tokyo. Cette ville est marquée par une véritable histoire d’amour avec le jazz. Elle a mal commencé, puisque les américains sont arrivés au Japon avec leurs bombes et leurs avions, mais ils ont aussi emmené avec eux cette musique, et la rencontre a été très forte. Après la seconde guerre mondiale, de nombreux lieux sont nés. Les patrons de bars, voire les clients, avaient le droit de passer ces disques importés des Etats-Unis. Or, dans cet esprit, à 300m de ce club mythique, des anciens du Blue note Tokyo ont ouvert un petit bar-restaurant dans une cave qui doit faire 20m2. Tu rentres, le mur est couvert de vinyles, et tu écoutes des playlist fantastiques. C’est un endroit extraordinaire. Et il y a de fortes chances d’y croiser les musiciens qui viennent de jouer au Blue Note pour un dernier verre. Ce dernier reste sans doute le club que je préfère au monde. Avec mon ancien trio, j’ai fait trois disques coup sur coup. Pour le dernier album, on voulait que ce soit un live. On rentrait du Liban je crois, et dans l’avion j’ai proposé à mes musiciens que l’on écrive chacun sur un bout de papier le nom du club où l’on rêverait d’enregistrer. Et on a tous les trois écrit le Blue Note Tokyo. D’où l’enregistrement de ce disque, qui fut d’ailleurs un succès.

 

En concert les 2 et 3 janvier 2019 au Sunside (Paris)
3 questions à… Ezra Collective

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Ils portent fièrement les couleurs de la nouvelle scène du jazz comme from UK : les cinq complices de Ezra Collective savent autant manier les featurings hip hop que les rythmes afro-beat. Adeptes de la fusion des genres, ils assument avec The Philosopher, leur dernier opus, un jazz libéré de toute contrainte sur lequel pourraient aussi bien danser un Fela Kuti qu’un Sun Ra. Envoyés par Couleurs Jazz Digital Magazine pour leur passage au Cabaret Sauvage dans le cadre du Festival Jazz à la Villettenous avons discuté avec le batteur et bien nommé Femi Koleoso qui nous a confié ses influences, ses rêves et ses déceptions en terre britannique… compte-rendu.

« Pour les gens comme nous, le Brexit a été un crève-coeur. À partir du moment où l’on est divisés, on faiblit. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours? 

J’ai grandi dans le nord de Londres. Gary Crosby est sans aucun doute la personne qui a eu le plus d’impact sur mon parcours. Il a fondé une association, Tomorrow’s Warriors , qui mène des actions de développement de projets, notamment pour des musiciens de jazz. Je l’ai rencontré il y a 15 ans maintenant, c’est grâce à lui que je suis tombé amoureux de cette musique. Il m’a toujours encouragé. Il m’a fait découvrir Max Roach et Sonny Rollins, m’a aidé à me dépasser davantage à chaque session. Il est comme un père musical pour moi. En tant que batteur, j’ai également écouté en boucle des monstres comme Fela Kuti et Art Blakey (qui est mon super-héros dans ce domaine) pour parfaire mon style. Au quotidien, j’écoute des artistes comme King Krule, Jorja Smith, J Hus ou Robert Glasper, j’aime leur univers. Tout comme les sons Hip hop d’un J Dilla, d’un Pete Rock ou de  Tribe Called Quest. On peut aussi trouver des accents de la Nouvelle-Orléans dans ma musique, mais ce sont surtout les fanfares live qui m’ont servi de références. Lorsque je jouais avec le groupe Kansas Smitty’s, j’ai découvert ce style musical, et je me suis inspiré plus précisément des techniques de Papa Jo Jones. Parallèlement, mon professeur de percussions à l’Université m’a initié à des groupes comme Youngblood Brass Band et The Hot 8 Brass Band. Donc globalement le jazz de Ezra Collective s’inspire de l’afro-beat, du hip hop, du reggae, de la funk et des brass bands. Le jazz a cette force de pouvoir faire fusionner des styles de musique très différents.

Si tu pouvais jouer avec n’importe qui n’importe où, avec qui et où est-ce que ce serait ?

J’aurais rêvé d’être le batteur de John Coltrane dans les années 60 pour ressentir la puissance de son jeu… Mais mon plus grand rêve aurait été de jouer avec Fela Kuti au Shrine, à Lagos, dans les années 70, à l’époque de « Zombie » et « Water no get enemy ». Je n’ai jamais mis les pieds au Nigéria et pourtant c’est de là que je viens et de là que vient l’afro-beat, il faut absolument que j’y aille. Mon plus grand souhait serait qu’Ezra Collective puisse jouer avec Femi Kuti et Seun Kuti au Shrine. Je suis sûr que ça arrivera. Tu dis que Seun veut ouvrir un nouveau club à Lagos * ? J’ai envie de te dire : « I’m ready! »

As-tu un lieu musical coup de coeur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Un des moments les plus forts que j’ai vécu dernièrement s’est déroulé à Londres, lors d’un évènement appelé « Steam down ». C’était une jam session de jazz. Le lieu était bondé de jeunes qui sautaient, trempés, l’ambiance était moite, électrique… c’est presque une sensation de transe que tu ressens quand tu perçois autant de positivité condensée en un seul endroit ! Je suis conscient du privilège que c’est de pouvoir voyager comme moi dans le monde entier, mais ce qu’il s’est passé là, dans ce petit club du sud de Londres, je ne l’avais encore jamais éprouvé ailleurs. Et à chaque fois que je suis dans cette ville, je me rends compte que j’ai vraiment besoin d’y être. Donc si on est un grand amateur de musique, il faut venir à Londres. Il y a tellement de lieux pour se nourrir de musique et de danse ! Ici, à Paris, j’ai joué au New Morning, c’est un lieu mythique ! J’adore cette capitale, elle est si proche de Londres… alors bien sûr il y a eu le Brexit, et pour les gens comme moi ça a été un crève-coeur. Les personnes âgées ont pensé le futur des jeunes à leur place, cet épisode a créé une réelle division. Les plus gros sujets de discorde sur cette terre sont l’immigration, les changements climatiques, l’accès à l’éducation pour tous, l’égalité hommes-femmes, le racisme… et le moyen de résoudre les problèmes qui y sont liés est de tous collaborer à notre niveau, de travailler ensemble à la construction d’un monde meilleur. À partir du moment où l’on est divisés, on faiblit. J’ai honte qu’autant de gens en Angleterre ne comprennent pas cela et ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Quoi qu’il en soit, il faut admettre que toute l’Europe est en train de se radicaliser, ce qui nous est arrivé aurait pu advenir en France ou en Allemagne. Alors un conseil à ceux qui ne veulent pas du Brexit : venez écouter le prochain concert d’Ezra Collective et danser sur notre groove, on sera tous ensemble, et positifs !

 

Ezra Collective, Juan Pablo :The Philosopher; 2018
© Declan Slattery
3 questions à… Vincent Ségal

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

À l’occasion du concert donné par Lionel Suarez et son Quarteto Gardel au Centre des Bords de Marne, envoyé par nos confrères de Couleurs Jazz, Hit the road a pu recueillir les confidences de chacun des quatre complices qui le composent. 

Volet 2 : Vincent Ségal…

Il est de toutes les expériences sensorielles : décoiffante avec son complice Cyril Atef (Bumcello), apaisée avec le joueur de kora Ballaké Sissoko, transversale avec le rappeur Oxmo Puccino… Ce serait trop long de citer les collaborations auxquelles a participé l’incontournable violoncelliste Vincent Ségal qui s’avère être aussi discret que loquace, nomade d’esprit mais casanier de coeur. Les yeux fermés, l’archet à la main, il semble pourtant nous esquisser la route et nous convier à ce rendez-vous de tendresse et de soleils mouillés. 

« On vit tous dans une grande solitude, les sensations que provoquent la musique ou l’amour permettent d’y échapper… »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours? 

Je suis né à Reims, en Champagne. Je me souviens d’avoir écouté dès tout petit des disques de musique classique : Stravinsky, Bartók… Mais mes premiers souvenirs de musique jouée remontent à l’époque du cours préparatoire au conservatoire, avec mon premier professeur de violoncelle qui a marqué toute ma vie. Si je suis musicien c’est grâce à lui et à ma famille. À la différence de nombreux artistes que je connais, je ne suis pas issu d’une lignée de musiciens mais mes parents m’emmenaient souvent voir des concerts. Et cet amour pour la musique m’a poussé à  jouer des styles assez variés un peu partout. À l’instar d’un Claude Lévi Strauss, je hais les voyages mais j’aime l’histoire humaine. Quand je suis en tournée, je me déplace essentiellement  dans les rues autour de l’hôtel où je dors. Je suis un amateur des coins de rue, j’essaie de trouver ce qu’il y a de plus intéressant à deux pas de là où je suis. Mais en réalité je m’évade grâce à la musique, grâce aux voyages intérieurs qu’elle procure, à l’opportunité qu’elle offre de pénétrer l’esprit des personnes avec lesquelles je joue. On vit tous dans une grande solitude, les sensations que provoquent la musique ou l’amour permettent d’y échapper… c’est plus fort que les drogues ! C’est pour ça que je voyage : pour les rencontres musicales qui parsèment le chemin, pour l’histoire qui se raconte alors même que l’on joue, pour cette intimité-là. J’aime regarder l’excès que déclenche la joie d’une musique, mais à distance. Le Carnaval de Récife par exemple est fascinant, mais dans une telle ambiance je préfère rester un peu à l’écart. Il y a une sorte de folie orgiaque des sens et des sons qui se déploie, c’est magnifique mais c’est trop pour moi, je n’ai pas envie de sonner faux là-dedans. Un jour, à Bamako, dans la rue où vivent mes amis Ballaké Cissolo et Toumani Diabaté, j’ai assisté à un mariage familial. Tous les griots de la ville sont venus. C’était tellement puissant ! Je suis allé me cacher sur le toit et j’ai regardé ça de très loin. Je n’en croyais pas mes yeux… ni mes oreilles !

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer? 

L’hiver dernier on a joué au Wigmore Hall à Londres, en duo avec Airelle Besson, je rêvais d’y aller car c’est un lieu unique pour la musique de chambre, c’était une expérience inoubliable ! Tous les grands violoncellistes, comme Rostropovitch, y ont joué. Mais aujourd’hui, je ne sais pas. J’ai eu la chance de me produire dans des salles de rock emblématiques où ont pu jouer des dieux comme Hendrix, j’ai été au Festival Jazzmania au Brésil, dans des lieux mythiques de la culture Hip hop… J’ai joué dans tellement d’endroits historiques que je suis conscient que ce sont avant tout les gens qui font la beauté du moment. Pour autant, il y a des lieux qui te marquent à jamais. J’ai eu notamment un trac monumental les première fois où j’ai joué au New Morning. J’y avais entendu tellement de bons musiciens que ça  m’angoissait terriblement de leur emboîter le pas ! Chet Baker, Bootsy Collins, Steve Coleman, Bill Frisell… se retrouver sur la même scène qu’eux, ça secoue !

Mon rêve de voyage maintenant ce serait de faire de l’escalade dans la montagne, ou du cheval, peut-être comme Maurice Baquet qui skiait avec son violoncelle dans le dos. Il faudrait juste que je fasse attention à ne pas casser le mien, parce qu’à part la musique, je ne sais rien faire…

As-tu un lieu musical coup de coeur à faire découvrir à nos lecteurs? 

J’aurais tendance à dire que la meilleure musique se trouve dans les endroits où les gens ne sont pas encore trop avachis devant leur télé ou leur ordinateur, donc quand tu vas dans les zones forestières du Gabon, tu peux rencontrer des musiciens d’exception. En Inde aussi, si c’est ton anniversaire, tu payes des musiciens de rue pour te jouer quelque chose, un peu comme nos anciens troubadours, et crois-moi c’est impressionnant ! On jouait comme ça partout à l’époque en fait. À Paris, quand il n’y avait encore ni internet ni télévision, on allait dans les cafés le soir et il y avait toujours des musiciens, au moins un accordéoniste, un violoniste, un chanteur, ou un orchestre quand c’était un café bourgeois. Il y avait même un musicien dans les salons de coiffure, pour attirer les clients ! Aujourd’hui tout ça n’existe plus. C’est à peine si on siffle encore. Donc les lieux musicaux sont pour moi des pays comme l’Inde ou dans des villes comme Naples, où les gens chantent toujours dans la rue.

3 questions à… Henri Texier (jazz)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Figure légendaire du jazz européen, Henri Texier doit beaucoup à sa contrebasse. Issu d’un milieu modeste, son amour pour la musique lui sera rendu au centuple : il a fait le tour du monde, enregistré plus d’une centaine de disques (dont une vingtaine sous son nom) et collaboré avec des pointures comme Bud Powell, Kenny Clarke, Don Cherry ou Dexter Gordon. Ses compagnons de route se nomment Aldo Romano et Louis Sclavis. Sa curiosité l’a porté vers des projets où la musique croisait le cinéma, la danse et le cirque. Du haut de ses 73 ans, au détour d’un souvenir de plus, il vous avoue pourtant, le regard bleu : « L’expérience ne change rien. Quand on a le trac, on a le trac. »

Ce soir de mars au Centre des bords de Marne, il jouait avec son Hope quartet pour la Biennale de Jazz, et j’étais envoyée spéciale Couleurs Jazz Digital Magazine pour la soirée. Avant l’événement, à l’abri dans un coin de la cafétéria, nous avons rejoint la bretagne et les pavés new-yorkais de sa jeunesse…

« J’ai joué au Newport Jazz Festival sur la même scène que James Brown et Miles Davis, à 24 ans… J’ai cessé d’être noir et américain ce jour-là. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours? 

Je suis un fils d’émigrés bretons, ma famille est venue chercher du travail en région parisienne après la guerre. La plupart d’entre eux s’installaient à Montparnasse à l’époque, nous, nous  habitions aux Batignolles, un quartier très bobo aujourd‘hui mais qui était un repère d’ouvriers et de maghrébins. Mon père était salarié de la SNCF, il avait un logement de fonction dans cette gigantesque gare de marchandise qui allait de l’avenue de Clichy au boulevard Pereire. J’ai donc grandi dans un milieu très populaire. On avait le jazz dans l’oreille. J’en avais entendu à la radio avant même de savoir ce que c’était. Sidney Bechet était une immense vedette, autant qu’Edith Piaf ou Maurice Chevalier. À l’âge de 8 ans, ma mère m’a obligé à prendre des leçons de piano classique, cela ne me plaisait pas du tout. J’avais un oncle qui travaillait comme chauffeur de bus à la RATP, il jouait de la batterie dans les bals en Bretagne mais pianotait aussi. Un jour, comme je m’ennuyais avec mon instrument, il s’est mis à jouer l’une des formes les plus primitives du blues au piano : le boogie-woogie ! Depuis lors, je suis bluesman. Mes plus grandes découvertes musicales remontent à mes 12-13 ans, avec mon ami d’enfance Alain Tabar – Nouval. Il jouait de la guitare et de la clarinette, moi du piano : on est devenus accrocs à la musique ! J’ai troqué mon clavier pour une contrebasse vers l’âge de 16 ans, et un an plus tard je jouais déjà dans de grands clubs parisiens. Pourtant, ma plus grande claque a sans doute été dans les six premiers mois, lorsqu’on est parti jouer au Casino de Quiberon avec notre « orchestre étudiant ». En me baladant un dimanche matin, j’ai croisé le bagad de Lann-Bihoué (la formation traditionnelle bretonne). Tous les grands sonneurs bretons faisaient leur service militaire dans ce régiment, vers Lorient. Je ne connaissais pas du tout ce genre, j’étais fasciné : ça swinguait vraiment ! Pour la petite histoire, j’ai fait une composition à la fin des années 70 sur laquelle je joue de la bombarde en solo : le morceau a été repris par le bagad de Quimperlé, et le fameux bagad de Lann-Bihoué, qui l’a entendu, l’a intégré à son répertoire… La boucle était bouclée !

J’ai été également très imprégné par les musiques du monde tout au long de ma carrière. Dans les bistros du boulevard de Clichy, quand j’allais faire du baby-foot avec mes copains, on entendait des mélodies orientales, africaines. Jusqu’à mes 20 ans, le jazz me semblait être essentiellement le son des musiciens afro-américains. Puis on a commencé à découvrir Ravi Shankar, les Tambours du Burundi… c’est arrivé en même temps que A Night at the Village Vanguard de Sonny Rollins avec Elvin Jones, en même temps qu’Ornette Coleman… une explosion absolue ! J’ai appréhendé toutes ces musiques au même moment, elles font partie de ce que je suis maintenant.

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer? 

Je rêve de jouer, tout simplement. Où que ce soit. Je peux me dire aujourd’hui que j’aimerais faire une série de concerts en appartement avec 40 personnes, et avoir envie demain de rejouer dans la Grande Halle de la Villette ou au Théâtre du Châtelet. J’ai eu une vie bien remplie, je me suis retrouvé dans des circonstances très diverses. J’ai joué pour 2 personnes dans des caveaux minables et pour 70 000 spectateurs au Newport Jazz Festival. Le rêve que j’ai sans aucun doute réalisé pleinement, c’est de jouer aux Etats-Unis. Mon premier grand voyage s’est passé à l’époque de Phil Woods And His Europeans Rythm Machine, avec Daniel Humair et George Gruntz, on est allé jouer à Newport. Ça a été le plus grand festival jazz de tous les temps. En 68, il était à son apogée et commençait à accueillir des musiques comme le rock, la soul. J’y ai vu des musiciens incroyables : James Brown, Miles Davis, Herbie Hancock… ils y étaient tous, et j’ai joué sur la même scène qu’eux, à 24 ans ! En revenant, j’ai pris un coup de vieux terrible. Je ne pouvais plus être un gamin en admiration absolue devant les musiciens de jazz américain. J’ai cessé d’être noir et américain ce jour-là. Avant, je m’y croyais vraiment. L’Amérique n’avait pourtant jamais été un fantasme pour moi. Mais je rêvais d’aller jouer à New York et à Los Angeles avec les musiciens de la côte Ouest qui étaient mes idoles… Là-bas j’ai fait des jam sessions avec certains d’entre eux : j’ai mis un moment à m’en remettre !

Donc de « rêve » à proprement parler je n’en ai plus, ou j’en ai tout le temps. Honnêtement, ça me fait rêver de jouer ce soir au Perreux-sur-marne !

As-tu un lieu musical coup de coeur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Ce sont plus les musiciens qui m’intéressent que les lieux en eux-mêmes. J’ai rencontré de très mauvais jazzmen à New York et découvert des artistes hors pair au Ghana au coin d’une rue… Si on peut voyager, il faut aller à Marrakech écouter les vrais musiciens gnawa : ça envoie ! Sinon, à Paris, l’un des lieux qui me semble le plus intéressant est Le Triton, aux Lilas. On peut y découvrir une large palette de musiques actuelles. C’est un lieu inventé, qui n’a rien d’institutionnel, un endroit culturel au vrai sens du terme. On y voit de la danse, on y entend de la musique, on y écoute de la poésie… c’est un écho du monde.

Henri Texier, dernier album en quintet Sand woman ; 2018, Label Bleu
© Jean-Baptiste Millot
3 questions à… Mélissa Laveaux

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Avec son dernier opus Radyo Siwèl paru chez l’excellent label No Format, la chanteuse canadienne Mélissa Laveaux puise aux sources de son Haïti originelle en ravivant des joyaux oubliés de ce patrimoine. Des chants de résistance, des mélodies caribéennes, qui explorent la période coloniale américaine du début du XXème siècle, avec une lumière et une profondeur contagieuses. 
À l’issue d’un showcase de présentation à la Fnac, nous avons échangé avec cette songwriter aussi audacieuse que pétillante.  

« Entre moi et le Ghana, c’est une petite histoire d’amour… C’est le premier pays où les gens ont cru que je leur appartenais. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours? 

Les chanteuse afro-américaines Aretha Franklin et Nina Simone. Il y a des performances de chacune d’entre elles où on les voit entièrement consumées par leur musique. Je pense notamment à un concert suédois (rare) d’Aretha où elle chante “Dr. Feelgood », et où on sent qu’elle donne vraiment tout. Elle joue beaucoup avec les nuances, il y a du relief. Et il y a la voix…

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer? 

Je rêverais de jouer à Fuji Rock, parce que ce festival est génial, et surtout parce que j’adore jouer au Japon. Les journalistes là-bas semblent toujours plus pointus, ils sont spécialisés dans un genre musical bien précis. De façon générale, les japonais écoutent et connaissent énormément de styles de musiques différents. J’ai toujours des conversations folles sur le whisky et les fantômes avec eux ! J’aimerais aussi aller au Chale Wote à Accra, au Ghana. C’est un festival artistique multi-disciplinaire incroyable où les artistes se rencontrent et produisent des choses extraordinaires sur des périodes très courtes. Ajoutons à ça qu’entre moi et le Ghana, c’est une petite histoire d’amour… C’est le premier pays où les gens ont cru que je leur appartenais.

As-tu un lieu musical coup de coeur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Sans hésiter, un événement me vient à l’esprit : le Blockorama de Toronto qui a lieu chaque été lors de la Gay Pride. C’est le cortège afro-descendants de la marche de la fierté LGBTQ qui organise cette block party exceptionnelle. On y trouve d’excellents DJs, l’atmosphère afro-antillaise du carnaval de Notting Hill, la Block Party de Dave Chappelle, et de la super cuisine ! Je suis toujours aux anges.

Mélissa Laveaux, Radyo Siwèl; 2018, No Format
© Romain Staros Staropoli
3 questions à… Seun Kuti (Afro-beat)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Benjamin du roi de l’afro-beat Fela Anikulapo Kuti, le félin Seun Kuti est en tournée avec le groupe mythique de son père, Egypt 80, pour son nouvel album Black times, un disque contestataire et bourré d’énergie. Avant son passage au Bataclan, nous avons pu le croiser un dimanche au Mob Hôtel après un concert intimiste à l’atmosphère caribéenne… 

« J’adore les endroits où l’on trouve des communautés latino-américaines. Ce sont les adresses idéales pour découvrir une musique libre. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

J’ai grandi à Lagos, au Nigeria, dans la maison de mon père qu’il considérait comme une république indépendante : Kalakuta Republik. J’ai toujours été entouré de musique, il a sans aucun doute été ma plus grande influence. On écoutait essentiellement de la musique africaine chez nous. J’ai, depuis, toujours aimé la musique des diasporas.

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

Je voudrais jouer dans mon propre club. J’ai l’intention d’en construire un à Lagos. C’est pour l’instant un lieu imaginaire mais c’est le prochain investissement immobilier que je ferai. J’ai hâte de concrétiser ce projet.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

J’adore les endroits où l’on trouve des communautés latino-américaines. Que ce soit à Paris ou à New York, ce sont toujours les lieux plus festifs, on y mange bien, la musique est excellente : salsa, samba, latin-jazz, merengue… J’ai même entendu du tango une fois à New York, vers  Lower East Side. Ce sont les adresses idéales pour découvrir une musique libre.

Seun Kuti & Egypt 80, Black Times; 2018, Strut
3 questions à… Nancy Vieira (Cap-Vert)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

De retour avec son cinquième album, la chanteuse capverdienne Nancy Vieira évoque tout en douceur sa terre natale et les vents contraires qui l’ont chavirée grâce à des compositions issues du répertoire classique de l’archipel. Manhã Florida n’oublie pas le lien qui unit désormais la France et le Cap-Vert puisqu’il est produit par Teofilo Chantre et que la jolie « Les lendemains de carnaval » est chantée en duo avec Raphaële Lannadère. De sa voix solaire et apaisante, elle a conté à Hit the road ses aspirations d’hier et et de demain.

« L’essor de la musique capverdienne a commencé ici, en France, à travers la figure de Césaria Evora. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Je suis arrivée quelques mois après ma naissance à Praia, au Cap-Vert, où j’ai grandi jusqu’à mes 10 ans, puis nous sommes allés à Mindelo, sur l’île de Saõ Vicente, avant de rejoindre le Portugal à mon adolescence. J’ai baigné dans la musique, chez moi tout le monde aimait chanter. Mon père est un vrai mélomane, il jouait  de la guitare, du violon, du piano. Ma tante Valda chantait dans les réunions de familles ou entre amis, elle entonnait des mornas, des chansons brésilienne. À l’époque, je ne pouvais pas imaginer que cet environnement aurait une réelle influence sur ma vie. C’est seulement aujourd’hui que je comprends que mon chemin était tout tracé : la musique est dans mon sang. Lorsque j’étais étudiante à Lisbonne, je fréquentais un camarade qui faisait partie d’un petit groupe. Il avait décidé de participer à un concours de chant, et je l’ai accompagné ce soir-là après les cours. J’étais de nature timide ce qui m’empêchait de chanter en public, mais il savait que j’aimais ça. Un des organisateurs m’a proposé de faire partie du concours le soir-même. J’ai accepté, comme pour me lancer un défi, mais je n’avais rien préparé. J’ai alors interprété une célèbre morna capverdienne de B.Leza, Lua Nha Testemunha, accompagnée d’une guitare. J’ai gagné la finale et le prix du concours qui allait avec : l’enregistrement de mon premier album. C’est comme ça qu’est née ma carrière de chanteuse.
Mes étoiles polaires ont toujours été les anciens de la musique traditionnelle capverdienne, comme Bana, et les artistes brésiliens comme Maria Bethânia ou Caetano Veloso.

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

J’ai eu tellement de surprises en jouant de par le monde… J’ai été au Japon, en Russie, dans des endroits insolites, j’ai joué devant des peuples si étrangers à moi et pourtant si réceptifs à ma musique ! Je n’ai jamais joué à Rio, ce serait un moment fort car la musique brésilienne a eu une grande influence sur la musique capverdienne. Mais je rêve surtout de jouer dans une grande salle à Paris car c’est l’endroit où notre musique a reçu le plus d’écho. Tout a commencé ici, en France, à travers la figure de Césaria Evora. Le public français l’a accueillie avec un amour extrême. Elle a ouvert la voie aux autres artistes capverdiens. Donc la France est comme une deuxième maison pour moi.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Il y a un club formidable à connaître à Lisbonne : le B. Leza, nom d’artiste du grand poète et compositeur capverdien Francisco Xavier da Cruz. Ce lieu est né comme un point de rendez-vous  où les musiciens capverdiens se retrouvaient pour jouer, et c’est devenu un club mythique. Adolescente, j’y ai découvert de grands musiciens : Toy Vieira, Dany Silva, Tito Paris, Maria Alice, Boy Ge Mendes, Biús, Djim Job… et encore beaucoup d’autres ! Je n’y croyais pas : on pouvait presque les toucher ! Des années plus tard, j’ai eu la chance d’y chanter moi aussi. En  décembre dernier, le club a fêté ses 22 ans d’existence. C’est un lieu incontournable pour écouter de la bonne musique à Lisbonne.

Nancy Vieira, Manhã Florida; 2018, Harmonia / Lusafrica
© N’Krumah Lawson Daku
3 questions à… Lionel Suarez

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

En concert le 14 avril prochain au New Morning, le Quarteto Gardel a partagé le plateau avec le légendaire contrebassiste Henri Texier à l’occasion de la saison jazz du Centre des Bords de Marne. Hit the road a la chance d’avoir pu recueillir les confidences de chacun des quatre complices qui le composent. 
Volet 1 : Lionel Suarez…

Enfant du bal, l’accordéoniste Lionel Suarez aime porter son instrument aux quatre vents et le faire valser sur des airs métissés qu’il improvise en chemin. Son projet Quarteto Gardel, qu’il promène avec trois musiciens d’exception (Vincent Ségal, Minino Garay et Airelle Besson), élargit l’horizon en proposant un hommage au tanguero Carlos Gardel dont le parfum d’ailleurs convoque des paysages ardents et inexplorés.  

« Les préjugés sur l’accordéon sont très français. Dès qu’on sort du territoire, on sent un vent de liberté souffler sur l’instrument. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Ce sont les rencontres qui ont constitué mon style. J’ai grandi à Rodez, dans l’Aveyron, mon père et mon grand-père jouaient de l’accordéon. Je suis un enfant du bal. Il n’y avait pas tellement de disques à la maison, je connaissais surtout la musique que jouait mon père. J’ai commencé mon enseignement du piano et de l’accordéon à l’âge de 8 ans, et c’est seulement vers 14 ans  que je me suis mis à écouter de la musique enregistrée, à l’époque où je grattais la basse avec des copains dans des garages. Plus tard, j’ai rencontré un musicien qui m’a fait découvrir la chanson française. Ensemble, on a repris tous les grands auteurs : Léo Ferré, Georges Brassens, Boris Vian, Jacques Brel… Puis j’ai découvert l’univers du jazz manouche et l’improvisation. J’ai compris qu’on pouvait voyager avec un instrument. J’ai alors fait la connaissance de JeHaN, un chanteur toulousain avec lequel je joue de nouveau aujourd’hui, dix-sept ans après notre rencontre. Grâce à lui, j’ai travaillé avec Claude Nougaro, ce qui m’a permis de rencontrer d’autres musiciens, comme André Minvielle avec lequel j’ai collaboré pendant dix ans. Lorsque j’ai déménagé à Paris avec mon accordéon, je ne me sentais spécialiste de rien en particulier. J’étais dans un processus d’apprentissage et content de voir autre chose. À Paris, les cultures se croisent, tu peux improviser avec des argentins, des brésiliens… j’ai toujours aimé le fait de passer d’un univers à l’autre, cette variété de langages. Bernard Dimey disait : « Je vais de l’élite à la pègre sans me plaindre ni me vanter. ».  Cette phrase a toujours eu un fort écho en moi.

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

Je n’ai pas de réels fantasmes. En revanche, j’ai des envies, et actuellement c’est celle de concrétiser un projet pédagogique dans lequel je me suis lancé avec un ami, Jean-Luc Amestoy (accordéoniste toulousain qui a travaillé notamment avec Zebda), couplé avec un projet de documentaire. L’idée est de cheminer sur la route de l’accordéon, pour essayer de comprendre pourquoi cet instrument est devenu si populaire. Le principe de l’accordéon est né en Chine, aujourd’hui c’est le pays où on en fabrique le plus au monde. Mais j’ai découvert aussi qu’il y avait  des Inuits et des Pygmées qui en jouaient. On entend résonner l’accordéon en Louisiane, au Mexique ou au Brésil. C’est passionnant. J’aime l’idée de créer un parcours avec des gens à rencontrer, c’est le vrai moteur du projet. Au Vietnam, quelqu’un m’a expliqué qu’on appelait l’accordéon « le piano de la joie », alors qu’en France il est dénommé « le piano du pauvre ». C’est un instrument très respecté car les anciens en jouaient pendant la guerre du Vietnam. Depuis, il a disparu; les instruments sont très chers, il n’y a pas de professeurs pour faire perdurer la tradition. C’est pareil en Jamaïque ou en Martinique. Et j’ai envie de creuser un peu cette histoire. Les préjugés sur l’accordéon sont très français. Dès qu’on sort du territoire, on sent un vent de liberté souffler sur l’instrument. Je travaille souvent avec le public scolaire, et j’ai remarqué que pour la première fois depuis bien longtemps les enfants n’ont aucun préjugé quant à cet instrument : ils ne le connaissent pas. Ils ne l’associent pas à l’image d’Yvette Horner. Je n’ai rien contre d’ailleurs, cette période a existé et ça ne me dérange pas. Mais j’apprécie le fait qu’on se retrouve devant de nouvelles générations qui n’ont aucun a priori. L’accordéon a été popularisé pendant la deuxième moitié du XIXème siècle, c’est un instrument très jeune dans l’histoire de la musique, et c’est l’un des seuls instruments polyphoniques qui a tout à jouer. On n’est au début de quelque chose, à l’instar du piano au XVIIème siècle, lorsque les fabricants adaptaient la facture aux artistes. C’est une vraie chance. Aujourd’hui, lorsque l’on est guitariste ou saxophoniste, on sait qu’on est l’héritier de John Coltrane ou Jimi Hendrix : c’est effrayant pour un jeune musicien ! Alors que lorsque pour un accordéoniste, tout reste à inventer. Donc cet instrument, qui souffre d’une image ringarde, a encore tout à construire, et sera peut-être le plus « in » d’ici quelques années !

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

New York est une ville fantastique pour un musicien, elle offre la possibilité de barouder toute la nuit, d’aller écouter des musiciens aussi inconnus qu’excellents. Je me souviens d’un club, le Fat Cat, qui ressemble à un hangar avec des baby-foot, des ping-pongs… Au fond sont disposés de vieux canapés délabrés qui font office d’accueil du public, et un groupe est là, qui joue. On y allait souvent avec un ami vers 2h du matin, et on y a vu des concert dingues !

Lionel Suarez, Quarteto Gardel; 2018, Bretelles Prod / L’autre distribution
© Caroline Pottier
3 questions à… Hollie Cook (reggae-pop)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Héritière du mouvement punk britannique des années 70 par sa famille, Hollie Cook a choisi le reggae pour raconter ses joies et ses peines. Avec son sourire espiègle et ses couleurs psychédéliques, elle jette un sort à son public qui ne peut que planer aux vibrations de « Milk & Honey » ou « Angel Fire ». Elle était sur la scène parisienne du Pan Piper le mois dernier pour présenter son troisième album, Vessel of love, déjanté et tropical, avant de revenir le 19 avril à l’Espace Julien de Marseille. Elle nous a confié pour vous ses incontournables musicaux et ses adresses fétiches…

« Bien que j’ai grandi avec du punk et du rock, j’ai toujours adoré le reggae que j’ai découvert vers 16 ans à travers le punk. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

J’ai grandi dans l’ouest de Londres avec mes parents, et ils ont sans aucun doute été les premiers à me transmettre le virus de la musique. Ma mère chantait dans le groupe Culture Club; Boy George, l’un de ses membres fondateurs, est mon parrain, et mon père a été le batteur des Sex Pistols. Il m’a beaucoup soutenue dans ma carrière. Il m’a enseigné la guitare, il a très tôt senti que j’avais un goût pour la musique et m’a encouragée dans cette voie. Bien que j’ai grandi avec du punk et du rock, j’ai toujours adoré le reggae que j’ai découvert vers 16 ans à travers le punk. Pourtant, si je dois citer une artiste qui a énormément compté pour moi, ce sera Dusty Springfield, chanteuse plutôt soul, qui a toujours été l’une de mes grandes références. J’ai aussi un fort attachement pour le groupe punk rock féminin The Slits, qui m’a beaucoup inspiré et avec lequel j’ai collaboré en tant que choriste quand j’étais au lycée.
En ce moment j’écoute des styles très variés comme l’électro des suédois Little Dragon, les jamaïcains Dennis Brown ou Johnny Osbourne… chaque jour a son humeur.

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

J’ai toujours rêvé de jouer au Royal Albert Hall, une salle prestigieuse de Londres. Et mon rêve est devenu réalité le mois dernier ! Je vais donc savourer un peu, avant de m’inventer un nouveau rêve…

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Je passe beaucoup de temps à Londres, c’est la ville que je connais le mieux, elle regorge de super clubs un peu partout. Dans le quartier de Notting Hill, je recommande le Mau Mau Bar, on est sûr d’y entendre de bons musiciens et l’ambiance y est chaleureuse. Les amateurs de ska et de blues (comme moi) doivent absolument aller au Gaz’s Rockin’Blues, un club légendaire dans le quartier de Soho. Tous les jeudis on peut y voir des lives, et moi qui suis plutôt casanière, j’y vais depuis mon adolescence.

 

Hollie Cook, Vessel of love; 2018, Merge Records
© Ollie Groove
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HIT THE ROAD EVENTS | info@hittheroad-events.com | 14 avenue Aubert - 94300 Vincennes, PARIS.

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