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Festival Musiques Métisses 2019

C’est sous un soleil embrasé que le premier des festivals de musiques du monde a donné le coup d’envoi ! Pour sa 44ème édition, le Festival Musiques Métisses a investi le parvis des Chais Magelis, un site en bord de fleuve et au coeur d’Angoulême « qui fait l’unanimité grâce à sa bonne dimension », précise Patrick Duval, directeur du festival. Les artistes invités, répartis sur les quatre scènes du lieu, représentent avec vivacité la sono mondiale, issus qui d’Afrique du Sud, qui du Maroc, qui du Kenya… mais d’autres événements ponctuent la programmation : rencontres littéraires et projections de films sont autant de rendez-vous métissés qui témoignent d’une envie toujours plus forte de croiser les arts et les cultures.

 

VENDREDI 31 MAI – MUSIQUES MÉTISSES J1

À l’heure de l’apéro, la canadienne Mélissa Laveaux a convoqué le parterre du jardin de la Maison Alsacienne à un voyage dans le temps pour Haïti, scandant des mélodies empourprées et des récits d’une résistance douce-amère avec des titres comme Angeli-ko. Ce terrain, occupé à ce jour par la régie Cinéma de la Région Nouvelle-Aquitaine, se révèle tout au long du week-end l’endroit idéal pour alterner les multiples formes d’expressions artistiques. Dans son dernier album Radyo Siwèl, paru sur le label défricheur No Format, la chanteuse revisite un patrimoine aux échos étouffés par la colonisation américaine du début du XXème siècle avec une délicieuse malice dans la voix. 

Plus tard, c’est la coréenne Youn Sun Nah, improvisatrice inclassable et hors-norme, qui a ensorcelé la grande scène du festival par son chant hypnotique, osant sans détours des reprises-hommages épurées de Hallelujah (dans une version plus proche de celle de Jeff Buckley que de Leonard Cohen) ou Sans toi (de Michel Legrand).

Marina P & Stand High Patrol, figures-phares de la scène soundsystem, ont pris la relève pour un show dub accompagné d’un VJing . Les basses puissantes, l’énergie de Marina et des tubes comme Brest bay ont participé à l’osmose générale de la foule, contaminée.

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SAMEDI 1er JUIN – MUSIQUES MÉTISSES J2

Pour cette deuxième journée de festival, le planning est dense : pas moins de neuf concerts et sept rencontres littéraires investissent les différents espaces des Chais Magelis. Des choix éclectiques s’offrent aux festivaliers qui peuvent tour à tour (re-)découvrir le splendide I am not your negro de Raoul Peck sur grand écran, participer à un atelier de construction d’instruments à la Casamarmaille et déambuler en rythme avec l’Ensemble National de Reggae.

À 16h30, sous les 31° désormais quotidiens, Kei Mc Gregor et son band s’installent et font monter encore de quelques Celsius le climat général. Les plus téméraires se déhanchent au rythme de cette fanfare jazz sud-africaine, et tel un mirage dans l’extrême chaleur, on croit percevoir le visage épanoui du regretté Chris Mc Gregor.

On met le cap vers le nord-est de l’Afrique, direction Nairobi : la prêtresse de l’afro-dopeness Muthoni Drummer Queen monte sur scène ! Tutu sexy, tresses jusqu’aux genoux, elle enflamme le dancefloor accompagnée de ses acolytes tout aussi percussives. Militante féministe, cette jeune reine kenyane qui se revendique volontiers dans l’héritage d’une Maya Angelou nous confie dans son interview (à venir dans nos pages !) qu’elle aurait secrètement rêvé de partager le plateau avec Prince

La journée est loin d’être finie, et une pause s’impose. On s’installe donc sur la pelouse généreuse du jardin de la Maison Alsacienne pour assister à la rencontre littéraire entre Blaise Ndala, auteur de Sans capote ni kalachnikov (2017) dont la trame se déroule sous la dictature de son Congo originel, et le chanteur Blick Bassy qui raconte dans Moabi Cinéma (2016) une autre histoire de l’immigration. « J’ai décidé de faire un livre pour sensibiliser les jeunes africains aux questions d’immigration et leur rappeler l’urgence de reconstruire notre continent. Tout en précisant aux nations « puissantes » que la mobilité est innée et essentielle pour chaque individu. On ne peut pas continuer à parler de droits de l’homme et d’égalité alors qu’il y a encore des espaces où lorsque tu as envie de partir, il faut que celui qui a tracé les barrières de ton pays t’en donne l’autorisation. Aujourd’hui un camerounais qui travaille et qui a de l’argent ne peut pas sortir du territoire pour partir en vacances car il va se confronter au problème du visa qu’il n’est pas sûr d’obtenir. J’ai la chance de voyager, de rencontrer énormément de cultures différentes, et ça m’a donné une grande lucidité. Je vois bien que quand je dois me déplacer pour mes concerts, à la frontière, mes musiciens passent d’abord et moi je reste bloqué. Pourtant je suis le leader du groupe, mais j’ai un passeport camerounais. J’ai écrit ce livre pour dire aux africains qu’il est temps pour nous d’écrire notre propre storytelling et voir comment on pourrait sortir de cette impasse dans laquelle nos pays ont été livrés. »

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Il conclut avec un concert tout en douceur où les titres de son dernier album 1958 se mêlent à l’air chaud et au souffle d’un public captivé, à l’écoute de ces chants mélancoliques en hommage à l’indépendantiste Ruben Um Nyobè. 

La soirée prend une autre tournure avec l’arrivée de Fatoumata Diawara sur la Grande scène. Toute de blanc vêtue, elle s’agite comme une sorcière malienne viendrait envoûter les derniers indécis : la piste s’anime et se fait plus compacte pour des morceaux comme Bonya. Le charme opère…

Le dernier concert dure près de deux heures, avec en place Seun Kuti, fier héritier de son père Fela qui porte haut les couleurs de l’afro-beat « new generation » grâce à son énergie et ses musiciens. Les lumières jouent avec les couleurs flamboyantes de son costume, il passe du micro au clavier avant de convoquer le public à une danse électrisante. Les spectateurs en redemandent, et viennent finir de mouiller leur chemise sur le dj set de L’Enfant sauvage.

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DIMANCHE 3 JUIN – MUSIQUES MÉTISSES J3

Le cru étant excellent cette année, le dernier jour de festival est à la hauteur des précédents !

À peine remis de la soirée de la veille, on se faufile dans la jauge du jardin de la Maison Alsacienne, sous une chaleur encore plus torride. Pas le temps d’espérer un rafraîchissement : un coup de batterie et un riff de guitare suffisent à nous faire comprendre que Delgres n’a pas l’intention de nous faire perdre le rythme. Le trio nous sert un concert décapant, tantôt blues, tantôt rock, aussi endiablant qu’émouvant lorsque Pascal Danaë se met à évoquer la force de sa soeur à laquelle il dédie Pardone mwen.

On en sort comblés, souriant au ciel et à la lumière, implorant néanmoins la brise de se lever pour pouvoir garder le tempo. Sur la Grande scène, les sud-africains BCUC doivent arriver; le public est épars et on a peine à croire que le parvis va se remplir tant les gens semblent attirés par les foodtrucks et autres emplacements de boissons fraîches. Puis, l’un après l’autre, les membres du groupe se placent, lancent un rythme ou deux, et Zithutele « Jovi » Zabani Nkosi, chanteur ô combien habité par une force suprême, se met aux commandes. On se laisse posséder par son discours, sa gestuelle, sa fureur; il invoque Nelson Mandela et la paix entre blancs et noirs « all over the world ». Tel un prêcheur de gospel, il est un brasier ardent, porté par les mélodies de la mystique Kgomotso  qui insuffle une essence divine à cette transe du feu. Le public est emporté, soumis, et ne veut plus quitter Jovi (« don’t stop the music ! ») qui, en nage, doit pourtant laisser la place à la suite. Pour honorer cette communion, il se mêle à la foule qui vient le remercier et l’embrasser.

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Après cette expérience chamanique, on se détend un peu au jardin pour accueillir avec le mérite qu’on lui doit le chanteur Sofiane Saïdi accompagné des musiciens de Mazalda. On se souvient du concert incroyable donné au New Morning à l’automne, où les youyous et les pas de la communauté résonnaient aussi fort que la scène elle-même. À Angoulême, sans cette familiarité du public, la formule a fonctionné tout autant. Le parterre s’est laissé entraîner par cet hommage à une Algérie fière qui se relève enfin, par ce raï d’aujourd’hui qui mêle les accents traditionnels à des influences plus contemporaines, comme sur le titre abrasif El Ndjoum, titre-phare d’où est tiré le nom de l’album.

La jeune marocaine de Glitter prolonge ce mélange des genres, puis c’est le projet de Panda Dub qui a provoqué la liesse générale en cette fin de festival. Enfin, pour les plus courageux que le dimanche soir n’effraie pas, ils ont pu revisiter des pépites de la sono mondiale distillées par Martin Meissonnier, journaliste, producteur et réalisateur, toujours avide de faire partager sa subtile connaissance des musiques du monde.

Toute bonne chose a une fin, et c’est le coeur à la fois lourd et léger qu’on salue les Chais Magelis, heureux de quitter le Festival Musiques Métisses sur une note si sucrée, et déjà aux aguets pour préparer le rendez-vous de l’édition 2020.

© Loïc Rochas
3 questions à… Aziza Brahim (musique sahraouie)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

D’un regard, d’un sourire, Aziza Brahim vous dérobe au pavé parisien pour partager ses nuits étoilées, ses chemins sans nord ni sud et ses espoirs de paix. Figure emblématique de la lutte sahraouie, son chant du sable a fait halte le temps d’une soirée au Pan Piper, à Paris, pour disperser un élixir libre et confiant dans le coeur du public venu nombreux pour l’applaudir.
Quelques heures avant, elle contait à Hit the road ses mirages d’enfant surgis à l’ombre d’un abri de fortune.

« Je n’aurais jamais imaginé que ma musique puisse s’éloigner des frontières du camp de réfugiés où j’ai grandi. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Je suis née et j’ai grandi dans un camp de réfugiés vers Tindouf, au nord de l’Algérie. Ma plus grande inspiratrice a été ma grand-mère, qui fut un pilier essentiel dans mon parcours musical. Elle était l’une des poétesses les plus importantes du Sahara occidental, j’ai donc évolué dans une ambiance où les arts se mêlaient. Devenir musicienne a toujours été une vocation pour moi. Un jeu d’abord, pour s’amuser avec la voix, puisqu’on n’avait pas de jeux. Puis c’est devenu ma voie, un moyen de m’évader de l’environnement restreint du camp de réfugiés.
De nombreux artistes m’ont également accompagnée depuis l’enfance : des musiciens africains comme Ali Farka Touré ou Myriam Makeba, mais pas seulement. Mes oncles étudiaient en Algérie, et lorsqu’ils venaient nous rendre visite dans le camp, ils amenaient avec eux des morceaux arabes d’Oum Kalthoum, Kadhem Saher ou Baligh Hamdi, et du raï. Le chanteur que j’ai le plus écouté et chéri est sans doute Cheb Khaled.
Mon répertoire actuel part de mes racines sahraouies et de l’Afrique occidentale, et à partir des gammes de cette musique traditionnelle hassani je déroule le fil de mes influences sonores pour arriver à un autre son, plus proche du rock, du blues, ou du latin-jazz. Ma musique est aussi nomade que moi. Chaque lieu dans lequel j’ai vécu a façonné mon style. J’ai passé plus de huit ans à Cuba, alors que j’étais encore adolescente, il va sans dire que cette expérience m’a beaucoup changée, tant personnellement que musicalement. Le son  cubain me fait vibrer le coeur et l’esprit, je l’ai en moi aujourd’hui, il m’a indéniablement enrichie.
Si je devais définir ma musique, je dirais qu’elle est engagée, mais qu’elle s’adresse avant tout aux gens, qu’elle vit pour être entendue. 

Si tu pouvais jouer avec n’importe qui n’importe où, avec qui et où est-ce que ce serait ?

Il y a tant d’artistes avec lesquels j’aimerais collaborer… Je rêverais par exemple de travailler avec Salif Keïta, que j’admire énormément, ou Tiken Jah Fakoly. Où cela ? Là où la vie me le permettrait. Je ne suis pas de nature exigeante. C’est déjà si fort pour moi de jouer ici ce soir à Paris, au Pan Piper. Je n’aurais jamais imaginé que ma musique puisse s’éloigner des frontières du camp de réfugiés où j’ai grandi. Que les gens du monde entier l’écoutent, qu’on me donne l’opportunité de jouer dans des festivals, des théâtres, des salles de concert, et que des journalistes m’interviewent, c’est une reconnaissance à laquelle je ne me serais jamais attendue ! Et je ressens déjà beaucoup de gratitude pour cela.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs?

Je pense immédiatement à « El lokal », à Zürich. C’est un endroit incroyable, alternatif, où l’on trouve un large panel de styles musicaux. Ils programment beaucoup de world music, mais pas uniquement, ils sont très ouverts. Les personnes qui gèrent le lieu sont adorables, le public est accueillant, généreux, et interagit avec la scène. C’est formidable de jouer là-bas, et d’y tendre l’oreille.

Aziza Brahim, nouvel album à paraître en 2019
© Ana Valiño
3 questions à… Samy Thiébault (jazz)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Samy Thiébault est né à Abidjan d’une mère marocaine et d’un père français. Marié à une iranienne, amoureux des musiques caribéennes, ce saxophoniste de talent venu au jazz à l’âge de 25 ans parcourt des sentiers déroutants, tant mélodiques que métaphysiques. Avec Caribbean stories, projet qu’il présentera pour la première édition du festival Tropical Lab’ à la Cigale ce 31 janvier, il revisite les rythmes et pépites de ces rivages sud-américains teintés tantôt de soleil et tantôt d’étoiles.
Autour d’un café, accoudés à une table de bistrot parisien, nous avons retracé ce parcours coloré qui efface l’amertume, tel un petit morceau de sucre.

« À l’écoute du disque A love suprême de John Coltrane, j’ai compris que tout ce que je cherchais dans mes errances philosophiques et littéraires était là : j’avais une réponse physique et concrète à mes questionnements… »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Je suis né  à Abidjan, en Côte d’Ivoire, en 1978, d’une mère marocaine et d’un père français. Mes parents y ont vécu longtemps avant que l’on rejoigne Bordeaux, j’étais encore petit à notre retour en France mais dès lors, l’Afrique de l’Ouest est devenue un fantasme pour moi. Je suis venu très tardivement à la musique. J’en ai fait en amateur dès l’âge de 8 ans, mais je ne me suis positionné en tant que professionnel que vers mes 25 ans. Jusqu’à mes 18 ans, même si je faisais de la musique, notamment avec mon père le week-end, je n’avais pas d’influences musicales très ancrées, à part les Doors, dont j’étais totalement fan. J’étais essentiellement passionné de littérature, de philosophie, de surf et de poésie… je faisais du jazz mais plutôt pour le plaisir. Toutefois, mon contexte de naissance m’a préparé à avoir les écoutilles ouvertes. Mon premier vrai choc musical, je l’ai ressenti vers 20 ans à l’écoute du disque A love suprême de John Coltrane, qui m’a complètement renversé. C’est comme si tout ce que je cherchais à comprendre dans mes errances philosophiques et littéraires était là, j’avais une réponse physique et concrète dans cette musique, une réponse profonde et joyeuse. Ça a été mon premier renversement. À 25 ans j’ai abandonné mes études de philosophie pour me consacrer au saxophone, je suis venu à Paris, et après j’ai tiré le fil de cet émoi-là. De Coltrane je suis arrivé à Wayne Shorter puis Sonny Rollins et Charlie Parker. J’ai continué de tirer le fil, de Charlie Parker à Debussy, de Debussy à Fauré, là j’ai commencé à m’intéresser à la musique française du début du XXème siècle… Soudain, j’ai eu l’impression de stagner. Non pas par rapport à ces découvertes, car tu n’as jamais vraiment fait le tour de ces génies-là, mais j’ai eu le sentiment de trouver une voie un peu close. À force de suivre les maîtres, le but c’est de se perdre soi-même, et il fallait que je me perde. Donc pour cet égarement, la première sortie de route que j’ai choisie a été les Doors, ils écoutaient énormément Coltrane. J’ai alors réalisé un projet en leur hommage, A Feast of Friends (2015), qui a commencé à m’ouvrir un peu plus les chakras. On a eu la chance de tourner dans le monde entier avec cet album, de voyager en Afrique, en Amérique du sud. À la même époque, j’ai rencontré ma femme et perdu mes deux parents. J’ai éprouvé une urgence d’écrire, instinctivement se sont manifestées les sonorités qui m’influençaient le plus directement : le Maghreb (je suppose de par le départ de ma mère), l’Iran (de par les origines de ma femme), l’Amérique du sud (car ce continent m’a marqué au fer rouge), et l’Afrique (berceau de mon enfance). Une fois que j’ai fini ce disque, j’ai voulu démarrer un autre projet avec un orchestre symphonique, qui sortira en septembre prochain, mais j’ai parallèlement eu l’impression que je ne pouvais pas continuer sans régler d’abord mon rapport avec les musiques de la Caraïbe. Parce qu’en allant en Amérique du sud, mon premier arrêt a été au Vénézuela, et j’ai pris une claque musicale et culturelle indescriptible ! Il restait en moi cette sensation de trainer une histoire d’amour platonique, il fallait que je la vive enfin, donc je me suis engouffré dans ce dernier projet, Caribbean stories, dont j’ai écrit les première notes en mai 2017.
En résumé, mes plus grandes influences ont été jusqu’à maintenant Coltrane, les Doors et les musiques des Caraïbes.

Si tu pouvais jouer avec n’importe qui n’importe où, avec qui et où est-ce que ce serait ?

C’est amusant parce que ça me rappelle une discussion qu’on a eu dans le train avec mes amis musiciens il y a trois ans, on se posait la même question. Je tournais à l’époque avec Adrien Chicot, Sylvain Romano, Philippe Soirat et Julien Alour (avec lesquels je joue toujours puisqu’on prépare ensemble le projet symphonique que j’évoquais plus tôt). Et à la surprise générale, j’avais répondu que c’était de jouer avec eux en ce moment-même. Est-ce que ma réponse serait différente aujourd’hui ? Je ne crois pas. J’ai la chance de jouer avec des musiciens incroyables. L’équipe de Caribbean stories est composée de Felipe Cabrera, Inor Sotologon, Arnaud Dolmen, Hugo Lippi, Ralph Lavital, Daniel Zimmerman, je me rends bien compte que je  suis extrêmement chanceux de jouer avec eux. Mais c’est surtout une philosophie de vie qui m’amène à cette réponse : seul le présent compte. Selon moi, la musique appelle le musicien. L’idée de me dire que je vais faire un concert avec Wayne Shorter ne m’excite pas particulièrement si je n’ai pas une idée très précise de la musique que je peux faire avec lui. Evidemment, me retrouver à faire un boeuf avec Jeff Tain Watts, j’adorerais. Mais en fait c’est assez facile de se retrouver dans ces conditions, ce n’est pas comme réaliser un projet de fond. Quand je joue cinq minutes avec mes élèves au conservatoire, c’est super aussi. Le partage doit être profond, qu’importe le lieu et le musicien. Il n’y a que l’échange et la liberté qui en découle qui comptent.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs?

Mon coup de cœur le plus évident en ce moment, c’est Caracas, au Vénézuela. C’est là-bas que j’ai découvert la musique de la Caraïbe, qui est immense. Mais il y a surtout une forme très spéciale de merengue qui ne se joue nulle part ailleurs, un tempo en 5/8 très difficile d’exécution  et sur lequel tout le monde arrive pourtant à danser. C’est une musique très riche, très complexe, et en même temps très populaire, très dansante : pour moi, c’est la quintessence de l’art. Le Vénézuela est une terre d’utopie, moins en ce moment malheureusement mais elle reste tout de même vivante, c’est un territoire où les gens ont inventé des choses qui n’avaient jamais été faites auparavant, et ils continuent  d’y croire malgré les difficultés. Du point de vue politique et humain, il y a une grande douleur ces temps-ci, c’est inévitable, toute radicalité pousse à cela . Mais en terme de richesse culturel, Caracas est un vivier incroyable de rythmes, d’instruments, de musiciens… c’est un mélange saisissant, que je n’ai jamais entendu ailleurs.

Samy Thiébault, Caribbean stories (2018) / Gaya Music production
© Youri Lenquette
3 questions à… Omar Sosa & Yilian Cañizares (Cuba)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Omar Sosa et Yilian Cañizares sont tous deux nés sur l’île de Cuba mais jouent aujourd’hui à Paris : l’inspirant pianiste jazz, improvisateur de génie, rencontre la jeune chanteuse-violoniste et créent, ensemble, Aguas, un opus aérien à la moiteur caribéenne, cocktail rafraîchissant au parfum afro-classico-jazz. Ils ont distillé leur spiritualité contagieuse sur la scène du Bal Blomet en novembre dernier, et nous ont confié quelques secrets de leur élixir…

« Je n’ai pas eu besoin d’avoir des musiciens dans ma famille, Cuba est une grande famille de musiciens. »
(Omar Sosa)

« La Havane ne laisse personne indifférent, elle est pleine de paradoxes, de beautés cachées… » (Yilian Cañizares)

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Omar Sosa : Je suis né à Camagüez (Cuba) en 1965. Mon père était un grand fan de Nat King Cole, j’ai grandi avec Mona Lisa dans les oreilles. Il n’y avait pas de musiciens dans ma famille, ce qui a permis qu’on n’ait pas d’attentes particulières vis-à-vis de ma carrière, mais la musique est venue à moi car chaque dimanche, mon père organisait une fête à la maison et passait des disques tout au long de la journée. J’ai toujours écouté beaucoup de musique, depuis l’enfance. À Cuba, il n’y a que que deux chaînes de télévision, donc on sort, on s’intéresse davantage au live. Pendant le carnaval, il y a une quantité inouïe de groupes dans la rue, célèbres ou non. La musique fait partie de notre culture. En France, tu dois aller dans une salle de concert, tu paies ta place… ce n’est pas le cas là-bas. La musique populaire se produit tous les ans dans chaque village cubain, et tout est gratuit. J’ai eu la chance de voir Chappottín, l’Orquesta Aragón, Enrique Jorrín, Irakere, Los Van Van, Juan Pablo Torres… tous nos maîtres ! J’étais encore un adolescent. Alors bien sûr ils ont eu un impact sur mon style. Je n’ai pas eu besoin d’avoir des musiciens dans ma famille, Cuba est une grande famille de musiciens. Mes grandes influences on été la rumba cubaine, et les groupes Irakere, Opus 13 et Afrocuba. Ils jouent du jazz de façon unique sur les bases de la musique traditionnelle afrocubaine. Rubén Gonzáles a été l’un de mes professeurs. Ils ont créé avec Enrique Jorrín le rythme appelé Cha-cha-cha. Je l’utilise dans chacun de mes disques. C’est un tempo merveilleux à danser, et populaire dans le monde entier. J’ai été également très inspiré par la musique classique : Chopin, Satie, Debussy, Ravel, Stravinsky. Tous ces compositeurs m’ont été enseignés car ils font partie du programme de l’école de musique cubaine. C’est pour cette raison que notre son est un mix entre Afrique, Amérique, et musique classique européenne. À mon époque, au conservatoire, les techniques étaient très rigides, elles étaient employées par des enseignants russes communistes, excellents par ailleurs, mais qui ne rigolaient pas avec les règles. C’est ce qui a rendu le son cubain si puissant par moments, à l’image d’un monument soviétique ! Le programme d’études a changé quand les communistes sont arrivés au pouvoir, avant cela, la musique était très influencée par les impressionnistes français. On étudiait uniquement les grands maîtres classiques, la musique populaire se croisait  dans la rue, elle était bannie des écoles. Le jazz était l’écho des américains, donc des ennemis. Un des premiers jazzmen que j’ai écouté a été Oscar Peterson. L’un de mes amis était membre de l’Orquesta Aragón. Comme c’était un groupe cubain très connu, il a eu la chance de sortir de l’île et de voyager à travers le monde lorsqu’ils partait en tournée. Il a alors pu découvrir d’autres sonorités. L’autre moyen que nous avions trouvé pour satisfaire notre curiosité était une petite radio, Onda FM. Vers minuit, nous écoutions la fréquence de Miami qui programmait du jazz. Nous ne manquions pas d’imagination : nous avons par exemple créé, avec quelques amis, la première radio jazz à l’école, elle a émis pendant deux ans et demi. Nous collections des cassettes audio, et tous les matins, entre 6 et 7h, on passait des morceaux de Oscar Peterson, Weather Report, Yellow Jacket, Thelonious Monk… on l’avait appelée Radio Base.
Aujourd’hui, avec les nouveaux moyens de communication, les jeunes musiciens cubains ont accès aux livres, à l’écoute en streaming, etc., mais c’est très récent.
Yilian Cañizares : Je suis sans doute une représentante de cette jeunesse cubaine… Je suis née à La Havane. J’ai grandi en écoutant beaucoup de styles différents : musique classique, jazz, musique traditionnelle cubaine. Ma mère m’a toujours dit que petite, chaque fois que j’allais à un concert, je ne tenais pas en place, j’avais envie de jouer, de chanter, d’être sur scène moi aussi. Un jour, elle s’est décidée à m’emmener chez une dame qui faisait jouer un groupe d’enfants en lui demandant de tester mes qualités de musicienne. Et quand j’ai fini de chanter, la dame lui a dit que j’avais raison, que c’était ma voie. J’ai commencé grâce à elle. Artistiquement, les musiciens qui m’ont le plus influencée sont sans doute Chucho Valdés, notre maître à tous, Omar Sosa, avec qui j’ai la chance de travailler aujourd’hui, et, même si je l’ai découvert beaucoup plus tard, Stéphane Grappelli, qui a indéniablement changé ma façon de jouer du violon. En ce qui concerne les chanteuses, je pense instinctivement à Omara Portuondo, et aussi Nina Simone, pour ce qu’elle représente, pour son engagement, son combat.

 

Si tu pouvais jouer avec n’importe qui n’importe où, avec qui et où est-ce que ce serait ?

Omar Sosa : Un de mes rêves aurait été d’assister à une fête chez la baronne de Pannonica, sans même y jouer, j’aurais aimer y être, juste pour regarder. Ç’aurait été l’une des plus grandes masterclass que j’aurais pu vivre. Regarder tous ces maîtres du jazz réunis (Charlie Parker, Thelonious Monk, Charles Mingus…), et les écouter, les observer, sentir la façon dont ils communiquent les uns entre les autres.
Yilian Cañizares: J’ai beaucoup de rêves qui se réalisent en ce moment. Ce soir je joue avec Omar, il y a 15 jours j’ai joué avec Chucho Valdés. Mais si j’avais pu, j’aurais vu Nina Simone sur scène, et peut-être encore plus Miles Davis. Il avait une façon étonnante de ne pas avoir peur de se transformer, de renaitre chaque fois à lui-même, un peu comme un papillon, de se moquer de ce que les autres attendaient de lui… J’aurais aimé capter cette énergie-là.

 

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Omar Sosa: La Philharmonie de l’Elbe, à Hambourg. Chaque personne sur cette planète devrait pouvoir y aller au moins une fois dans sa vie. Et toi aussi : tu dois y aller ! L’architecture de ce lieu est phénoménale, le son y est incroyable, et l’énergie qui s’en dégage l’est tout autant.
Yilian Cañizares : Il y a beaucoup de lieux marquants, mais je ne peux pas ne pas évoquer La Havane, ma ville de coeur. Elle ne laisse personne indifférent, elle est pleine de paradoxes, de beautés cachées, mais il faut avoir la chance de la découvrir en-dehors des clichés. Et j’espère qu’elle pourra préserver son authenticité malgré la montée du tourisme. L’ouverture de Cuba est une chose formidable, mais un peu terrifiante aussi.

 

Omar Sosa & Yilian Cañizares, Aguas; 2018, Ota Records
@ Franck Socha
3 questions à… Giovanni Mirabassi (jazz)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Giovanni Mirabassi est sans doute l’un des jazzmen italiens les plus parisiens que l’on puisse voir sur scène. Installé depuis 1992 dans la capitale, il a connu son premier grand succès en 2001 avec Avanti !, un album de reprises de chants révolutionnaires internationaux, seul au clavier. Depuis, les disques et les collaborations se sont enchainés, et il fêtait cet automne ses 20 ans de carrière au Pan Piper : trois jours de concerts emblématiques et de featurings triés sur le volet, avec des pointures comme Sylvain Luc ou Sarah Lancman. À l’occasion de l’une de ces soirées, assis au bar encore à demi-fermé, nous avons évoqué ses premiers émois musicaux et ses coups de coeur nippons. 

« J’écoute tous les jours l’album You must believe in spring de Bill Evans, depuis 37 ans. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours? 

Comme de nombreux italiens, mon père était à la fois mélomane et musicien amateur, et je suis né à Pérouse, une ville qui accueille l’un des plus grands festivals de jazz du monde, l’Umbria jazz. J’ai donc très vite été confronté à cette musique, non seulement au sein de la discothèque de mes parents, mais aussi en live : j’ai pu assister aux concerts de jazzmen mythiques depuis l’enfance, de Miles Davis à Charlie Mingus en passant par Bill Evans ! Alors évidemment, mon imaginaire sonore a eu de quoi se nourrir. Vers 10 ans, au détour de l’écoute d’un disque de John Coltrane, est née en moi l’idée de vouloir faire partie de ce milieu. Ce que j’entendais était tellement puissant et émouvant que je me suis dit : « quand je serai grand, moi aussi je serai musicien ! ». Et j’ai eu la chance d’y arriver. Chez moi, on avait un piano dans le salon, je suis allé très naturellement vers cet instrument quand j’ai commencé à marcher, et depuis je n’ai jamais arrêté. Concernant les musiciens qui m’ont influencé, je dirais spontanément Bill Evans. J’écoute tous les jours son album You must believe in spring depuis 37 ans, c’est dire. J’adore aussi le tango argentin, la chanson italienne ou encore Elton John qui est l’un des premiers que j’ai repris. Mais ce qui me fascine chez Bill Evans c’est qu’il n’a eu de cesse de jouer mieux que la veille. Il est de ces musiciens,  comme Bach ou Brahms, très exigeants, qui vont à l’essentiel, qui ont cet espèce d’amour intarissable de la musique, et je me sens de plus en plus proche de ces gens-là. J’essaie de faire de mon mieux, un peu à l’image de ce que Giacometti a dit un jour lors d’une interview. Le journaliste lui a demandé : « Maître, pourquoi ne faîtes-vous que des têtes ? », et il a répondu : « parce que je n’y arrive pas. ». Je trouve ça assez extraordinaire car ça en dit long sur le fait que la noblesse de nos oeuvres est dans l’effort que nous faisons pour être à la hauteur de nos attentes. Personnellement, j’essaie d’offrir au public la musique que j’aimerais qu’on me donne, du moins je tente. Dans ce domaine, on tend vers dieu, mais nous restons de pauvre humains.

Si tu pouvais jouer avec n’importe qui n’importe où, avec qui et où est-ce que ce serait ?

Je crois que j’ai réalisé tous mes rêves. Malgré tout, si c’était possible, organiser une petite soirée avec Charlie Parker au Cotton Club ou au Blue Note New York, ça me plairait bien. Pourquoi pas avec un petit boeuf ensuite chez la baronne  Panonnica… Mais j’ai joué avec le trio de Bill Evans (sans lui), avec Chet Baker, j’ai travaillé avec Hayao Miyazaki… j’ai eu déjà beaucoup de chance. Je me dis à mon âge que dans la vie il n’y a pas vraiment de hasard, et qu’entre nous on se reconnait comme des frères.

As-tu un lieu musical coup de coeur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Dernièrement, je suis allé dans une petite salle toute rouge qui s’appelle Akaiheya, à Tokyo. Cette ville est marquée par une véritable histoire d’amour avec le jazz. Elle a mal commencé, puisque les américains sont arrivés au Japon avec leurs bombes et leurs avions, mais ils ont aussi emmené avec eux cette musique, et la rencontre a été très forte. Après la seconde guerre mondiale, de nombreux lieux sont nés. Les patrons de bars, voire les clients, avaient le droit de passer ces disques importés des Etats-Unis. Or, dans cet esprit, à 300m de ce club mythique, des anciens du Blue note Tokyo ont ouvert un petit bar-restaurant dans une cave qui doit faire 20m2. Tu rentres, le mur est couvert de vinyles, et tu écoutes des playlist fantastiques. C’est un endroit extraordinaire. Et il y a de fortes chances d’y croiser les musiciens qui viennent de jouer au Blue Note pour un dernier verre. Ce dernier reste sans doute le club que je préfère au monde. Avec mon ancien trio, j’ai fait trois disques coup sur coup. Pour le dernier album, on voulait que ce soit un live. On rentrait du Liban je crois, et dans l’avion j’ai proposé à mes musiciens que l’on écrive chacun sur un bout de papier le nom du club où l’on rêverait d’enregistrer. Et on a tous les trois écrit le Blue Note Tokyo. D’où l’enregistrement de ce disque, qui fut d’ailleurs un succès.

 

En concert les 2 et 3 janvier 2019 au Sunside (Paris)
3 questions à… Ezra Collective

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Ils portent fièrement les couleurs de la nouvelle scène du jazz comme from UK : les cinq complices de Ezra Collective savent autant manier les featurings hip hop que les rythmes afro-beat. Adeptes de la fusion des genres, ils assument avec The Philosopher, leur dernier opus, un jazz libéré de toute contrainte sur lequel pourraient aussi bien danser un Fela Kuti qu’un Sun Ra. Envoyés par Couleurs Jazz Digital Magazine pour leur passage au Cabaret Sauvage dans le cadre du Festival Jazz à la Villettenous avons discuté avec le batteur et bien nommé Femi Koleoso qui nous a confié ses influences, ses rêves et ses déceptions en terre britannique… compte-rendu.

« Pour les gens comme nous, le Brexit a été un crève-coeur. À partir du moment où l’on est divisés, on faiblit. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours? 

J’ai grandi dans le nord de Londres. Gary Crosby est sans aucun doute la personne qui a eu le plus d’impact sur mon parcours. Il a fondé une association, Tomorrow’s Warriors , qui mène des actions de développement de projets, notamment pour des musiciens de jazz. Je l’ai rencontré il y a 15 ans maintenant, c’est grâce à lui que je suis tombé amoureux de cette musique. Il m’a toujours encouragé. Il m’a fait découvrir Max Roach et Sonny Rollins, m’a aidé à me dépasser davantage à chaque session. Il est comme un père musical pour moi. En tant que batteur, j’ai également écouté en boucle des monstres comme Fela Kuti et Art Blakey (qui est mon super-héros dans ce domaine) pour parfaire mon style. Au quotidien, j’écoute des artistes comme King Krule, Jorja Smith, J Hus ou Robert Glasper, j’aime leur univers. Tout comme les sons Hip hop d’un J Dilla, d’un Pete Rock ou de  Tribe Called Quest. On peut aussi trouver des accents de la Nouvelle-Orléans dans ma musique, mais ce sont surtout les fanfares live qui m’ont servi de références. Lorsque je jouais avec le groupe Kansas Smitty’s, j’ai découvert ce style musical, et je me suis inspiré plus précisément des techniques de Papa Jo Jones. Parallèlement, mon professeur de percussions à l’Université m’a initié à des groupes comme Youngblood Brass Band et The Hot 8 Brass Band. Donc globalement le jazz de Ezra Collective s’inspire de l’afro-beat, du hip hop, du reggae, de la funk et des brass bands. Le jazz a cette force de pouvoir faire fusionner des styles de musique très différents.

Si tu pouvais jouer avec n’importe qui n’importe où, avec qui et où est-ce que ce serait ?

J’aurais rêvé d’être le batteur de John Coltrane dans les années 60 pour ressentir la puissance de son jeu… Mais mon plus grand rêve aurait été de jouer avec Fela Kuti au Shrine, à Lagos, dans les années 70, à l’époque de « Zombie » et « Water no get enemy ». Je n’ai jamais mis les pieds au Nigéria et pourtant c’est de là que je viens et de là que vient l’afro-beat, il faut absolument que j’y aille. Mon plus grand souhait serait qu’Ezra Collective puisse jouer avec Femi Kuti et Seun Kuti au Shrine. Je suis sûr que ça arrivera. Tu dis que Seun veut ouvrir un nouveau club à Lagos * ? J’ai envie de te dire : « I’m ready! »

As-tu un lieu musical coup de coeur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Un des moments les plus forts que j’ai vécu dernièrement s’est déroulé à Londres, lors d’un évènement appelé « Steam down ». C’était une jam session de jazz. Le lieu était bondé de jeunes qui sautaient, trempés, l’ambiance était moite, électrique… c’est presque une sensation de transe que tu ressens quand tu perçois autant de positivité condensée en un seul endroit ! Je suis conscient du privilège que c’est de pouvoir voyager comme moi dans le monde entier, mais ce qu’il s’est passé là, dans ce petit club du sud de Londres, je ne l’avais encore jamais éprouvé ailleurs. Et à chaque fois que je suis dans cette ville, je me rends compte que j’ai vraiment besoin d’y être. Donc si on est un grand amateur de musique, il faut venir à Londres. Il y a tellement de lieux pour se nourrir de musique et de danse ! Ici, à Paris, j’ai joué au New Morning, c’est un lieu mythique ! J’adore cette capitale, elle est si proche de Londres… alors bien sûr il y a eu le Brexit, et pour les gens comme moi ça a été un crève-coeur. Les personnes âgées ont pensé le futur des jeunes à leur place, cet épisode a créé une réelle division. Les plus gros sujets de discorde sur cette terre sont l’immigration, les changements climatiques, l’accès à l’éducation pour tous, l’égalité hommes-femmes, le racisme… et le moyen de résoudre les problèmes qui y sont liés est de tous collaborer à notre niveau, de travailler ensemble à la construction d’un monde meilleur. À partir du moment où l’on est divisés, on faiblit. J’ai honte qu’autant de gens en Angleterre ne comprennent pas cela et ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Quoi qu’il en soit, il faut admettre que toute l’Europe est en train de se radicaliser, ce qui nous est arrivé aurait pu advenir en France ou en Allemagne. Alors un conseil à ceux qui ne veulent pas du Brexit : venez écouter le prochain concert d’Ezra Collective et danser sur notre groove, on sera tous ensemble, et positifs !

 

Ezra Collective, Juan Pablo :The Philosopher; 2018
© Declan Slattery
3 questions à… Vincent Ségal

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

À l’occasion du concert donné par Lionel Suarez et son Quarteto Gardel au Centre des Bords de Marne, envoyé par nos confrères de Couleurs Jazz, Hit the road a pu recueillir les confidences de chacun des quatre complices qui le composent. 

Volet 2 : Vincent Ségal…

Il est de toutes les expériences sensorielles : décoiffante avec son complice Cyril Atef (Bumcello), apaisée avec le joueur de kora Ballaké Sissoko, transversale avec le rappeur Oxmo Puccino… Ce serait trop long de citer les collaborations auxquelles a participé l’incontournable violoncelliste Vincent Ségal qui s’avère être aussi discret que loquace, nomade d’esprit mais casanier de coeur. Les yeux fermés, l’archet à la main, il semble pourtant nous esquisser la route et nous convier à ce rendez-vous de tendresse et de soleils mouillés. 

« On vit tous dans une grande solitude, les sensations que provoquent la musique ou l’amour permettent d’y échapper… »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours? 

Je suis né à Reims, en Champagne. Je me souviens d’avoir écouté dès tout petit des disques de musique classique : Stravinsky, Bartók… Mais mes premiers souvenirs de musique jouée remontent à l’époque du cours préparatoire au conservatoire, avec mon premier professeur de violoncelle qui a marqué toute ma vie. Si je suis musicien c’est grâce à lui et à ma famille. À la différence de nombreux artistes que je connais, je ne suis pas issu d’une lignée de musiciens mais mes parents m’emmenaient souvent voir des concerts. Et cet amour pour la musique m’a poussé à  jouer des styles assez variés un peu partout. À l’instar d’un Claude Lévi Strauss, je hais les voyages mais j’aime l’histoire humaine. Quand je suis en tournée, je me déplace essentiellement  dans les rues autour de l’hôtel où je dors. Je suis un amateur des coins de rue, j’essaie de trouver ce qu’il y a de plus intéressant à deux pas de là où je suis. Mais en réalité je m’évade grâce à la musique, grâce aux voyages intérieurs qu’elle procure, à l’opportunité qu’elle offre de pénétrer l’esprit des personnes avec lesquelles je joue. On vit tous dans une grande solitude, les sensations que provoquent la musique ou l’amour permettent d’y échapper… c’est plus fort que les drogues ! C’est pour ça que je voyage : pour les rencontres musicales qui parsèment le chemin, pour l’histoire qui se raconte alors même que l’on joue, pour cette intimité-là. J’aime regarder l’excès que déclenche la joie d’une musique, mais à distance. Le Carnaval de Récife par exemple est fascinant, mais dans une telle ambiance je préfère rester un peu à l’écart. Il y a une sorte de folie orgiaque des sens et des sons qui se déploie, c’est magnifique mais c’est trop pour moi, je n’ai pas envie de sonner faux là-dedans. Un jour, à Bamako, dans la rue où vivent mes amis Ballaké Cissolo et Toumani Diabaté, j’ai assisté à un mariage familial. Tous les griots de la ville sont venus. C’était tellement puissant ! Je suis allé me cacher sur le toit et j’ai regardé ça de très loin. Je n’en croyais pas mes yeux… ni mes oreilles !

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer? 

L’hiver dernier on a joué au Wigmore Hall à Londres, en duo avec Airelle Besson, je rêvais d’y aller car c’est un lieu unique pour la musique de chambre, c’était une expérience inoubliable ! Tous les grands violoncellistes, comme Rostropovitch, y ont joué. Mais aujourd’hui, je ne sais pas. J’ai eu la chance de me produire dans des salles de rock emblématiques où ont pu jouer des dieux comme Hendrix, j’ai été au Festival Jazzmania au Brésil, dans des lieux mythiques de la culture Hip hop… J’ai joué dans tellement d’endroits historiques que je suis conscient que ce sont avant tout les gens qui font la beauté du moment. Pour autant, il y a des lieux qui te marquent à jamais. J’ai eu notamment un trac monumental les première fois où j’ai joué au New Morning. J’y avais entendu tellement de bons musiciens que ça  m’angoissait terriblement de leur emboîter le pas ! Chet Baker, Bootsy Collins, Steve Coleman, Bill Frisell… se retrouver sur la même scène qu’eux, ça secoue !

Mon rêve de voyage maintenant ce serait de faire de l’escalade dans la montagne, ou du cheval, peut-être comme Maurice Baquet qui skiait avec son violoncelle dans le dos. Il faudrait juste que je fasse attention à ne pas casser le mien, parce qu’à part la musique, je ne sais rien faire…

As-tu un lieu musical coup de coeur à faire découvrir à nos lecteurs? 

J’aurais tendance à dire que la meilleure musique se trouve dans les endroits où les gens ne sont pas encore trop avachis devant leur télé ou leur ordinateur, donc quand tu vas dans les zones forestières du Gabon, tu peux rencontrer des musiciens d’exception. En Inde aussi, si c’est ton anniversaire, tu payes des musiciens de rue pour te jouer quelque chose, un peu comme nos anciens troubadours, et crois-moi c’est impressionnant ! On jouait comme ça partout à l’époque en fait. À Paris, quand il n’y avait encore ni internet ni télévision, on allait dans les cafés le soir et il y avait toujours des musiciens, au moins un accordéoniste, un violoniste, un chanteur, ou un orchestre quand c’était un café bourgeois. Il y avait même un musicien dans les salons de coiffure, pour attirer les clients ! Aujourd’hui tout ça n’existe plus. C’est à peine si on siffle encore. Donc les lieux musicaux sont pour moi des pays comme l’Inde ou dans des villes comme Naples, où les gens chantent toujours dans la rue.

3 questions à… Henri Texier (jazz)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Figure légendaire du jazz européen, Henri Texier doit beaucoup à sa contrebasse. Issu d’un milieu modeste, son amour pour la musique lui sera rendu au centuple : il a fait le tour du monde, enregistré plus d’une centaine de disques (dont une vingtaine sous son nom) et collaboré avec des pointures comme Bud Powell, Kenny Clarke, Don Cherry ou Dexter Gordon. Ses compagnons de route se nomment Aldo Romano et Louis Sclavis. Sa curiosité l’a porté vers des projets où la musique croisait le cinéma, la danse et le cirque. Du haut de ses 73 ans, au détour d’un souvenir de plus, il vous avoue pourtant, le regard bleu : « L’expérience ne change rien. Quand on a le trac, on a le trac. »

Ce soir de mars au Centre des bords de Marne, il jouait avec son Hope quartet pour la Biennale de Jazz, et j’étais envoyée spéciale Couleurs Jazz Digital Magazine pour la soirée. Avant l’événement, à l’abri dans un coin de la cafétéria, nous avons rejoint la bretagne et les pavés new-yorkais de sa jeunesse…

« J’ai joué au Newport Jazz Festival sur la même scène que James Brown et Miles Davis, à 24 ans… J’ai cessé d’être noir et américain ce jour-là. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours? 

Je suis un fils d’émigrés bretons, ma famille est venue chercher du travail en région parisienne après la guerre. La plupart d’entre eux s’installaient à Montparnasse à l’époque, nous, nous  habitions aux Batignolles, un quartier très bobo aujourd‘hui mais qui était un repère d’ouvriers et de maghrébins. Mon père était salarié de la SNCF, il avait un logement de fonction dans cette gigantesque gare de marchandise qui allait de l’avenue de Clichy au boulevard Pereire. J’ai donc grandi dans un milieu très populaire. On avait le jazz dans l’oreille. J’en avais entendu à la radio avant même de savoir ce que c’était. Sidney Bechet était une immense vedette, autant qu’Edith Piaf ou Maurice Chevalier. À l’âge de 8 ans, ma mère m’a obligé à prendre des leçons de piano classique, cela ne me plaisait pas du tout. J’avais un oncle qui travaillait comme chauffeur de bus à la RATP, il jouait de la batterie dans les bals en Bretagne mais pianotait aussi. Un jour, comme je m’ennuyais avec mon instrument, il s’est mis à jouer l’une des formes les plus primitives du blues au piano : le boogie-woogie ! Depuis lors, je suis bluesman. Mes plus grandes découvertes musicales remontent à mes 12-13 ans, avec mon ami d’enfance Alain Tabar – Nouval. Il jouait de la guitare et de la clarinette, moi du piano : on est devenus accrocs à la musique ! J’ai troqué mon clavier pour une contrebasse vers l’âge de 16 ans, et un an plus tard je jouais déjà dans de grands clubs parisiens. Pourtant, ma plus grande claque a sans doute été dans les six premiers mois, lorsqu’on est parti jouer au Casino de Quiberon avec notre « orchestre étudiant ». En me baladant un dimanche matin, j’ai croisé le bagad de Lann-Bihoué (la formation traditionnelle bretonne). Tous les grands sonneurs bretons faisaient leur service militaire dans ce régiment, vers Lorient. Je ne connaissais pas du tout ce genre, j’étais fasciné : ça swinguait vraiment ! Pour la petite histoire, j’ai fait une composition à la fin des années 70 sur laquelle je joue de la bombarde en solo : le morceau a été repris par le bagad de Quimperlé, et le fameux bagad de Lann-Bihoué, qui l’a entendu, l’a intégré à son répertoire… La boucle était bouclée !

J’ai été également très imprégné par les musiques du monde tout au long de ma carrière. Dans les bistros du boulevard de Clichy, quand j’allais faire du baby-foot avec mes copains, on entendait des mélodies orientales, africaines. Jusqu’à mes 20 ans, le jazz me semblait être essentiellement le son des musiciens afro-américains. Puis on a commencé à découvrir Ravi Shankar, les Tambours du Burundi… c’est arrivé en même temps que A Night at the Village Vanguard de Sonny Rollins avec Elvin Jones, en même temps qu’Ornette Coleman… une explosion absolue ! J’ai appréhendé toutes ces musiques au même moment, elles font partie de ce que je suis maintenant.

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer? 

Je rêve de jouer, tout simplement. Où que ce soit. Je peux me dire aujourd’hui que j’aimerais faire une série de concerts en appartement avec 40 personnes, et avoir envie demain de rejouer dans la Grande Halle de la Villette ou au Théâtre du Châtelet. J’ai eu une vie bien remplie, je me suis retrouvé dans des circonstances très diverses. J’ai joué pour 2 personnes dans des caveaux minables et pour 70 000 spectateurs au Newport Jazz Festival. Le rêve que j’ai sans aucun doute réalisé pleinement, c’est de jouer aux Etats-Unis. Mon premier grand voyage s’est passé à l’époque de Phil Woods And His Europeans Rythm Machine, avec Daniel Humair et George Gruntz, on est allé jouer à Newport. Ça a été le plus grand festival jazz de tous les temps. En 68, il était à son apogée et commençait à accueillir des musiques comme le rock, la soul. J’y ai vu des musiciens incroyables : James Brown, Miles Davis, Herbie Hancock… ils y étaient tous, et j’ai joué sur la même scène qu’eux, à 24 ans ! En revenant, j’ai pris un coup de vieux terrible. Je ne pouvais plus être un gamin en admiration absolue devant les musiciens de jazz américain. J’ai cessé d’être noir et américain ce jour-là. Avant, je m’y croyais vraiment. L’Amérique n’avait pourtant jamais été un fantasme pour moi. Mais je rêvais d’aller jouer à New York et à Los Angeles avec les musiciens de la côte Ouest qui étaient mes idoles… Là-bas j’ai fait des jam sessions avec certains d’entre eux : j’ai mis un moment à m’en remettre !

Donc de « rêve » à proprement parler je n’en ai plus, ou j’en ai tout le temps. Honnêtement, ça me fait rêver de jouer ce soir au Perreux-sur-marne !

As-tu un lieu musical coup de coeur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Ce sont plus les musiciens qui m’intéressent que les lieux en eux-mêmes. J’ai rencontré de très mauvais jazzmen à New York et découvert des artistes hors pair au Ghana au coin d’une rue… Si on peut voyager, il faut aller à Marrakech écouter les vrais musiciens gnawa : ça envoie ! Sinon, à Paris, l’un des lieux qui me semble le plus intéressant est Le Triton, aux Lilas. On peut y découvrir une large palette de musiques actuelles. C’est un lieu inventé, qui n’a rien d’institutionnel, un endroit culturel au vrai sens du terme. On y voit de la danse, on y entend de la musique, on y écoute de la poésie… c’est un écho du monde.

Henri Texier, dernier album en quintet Sand woman ; 2018, Label Bleu
© Jean-Baptiste Millot
3 questions à… Mélissa Laveaux

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Avec son dernier opus Radyo Siwèl paru chez l’excellent label No Format, la chanteuse canadienne Mélissa Laveaux puise aux sources de son Haïti originelle en ravivant des joyaux oubliés de ce patrimoine. Des chants de résistance, des mélodies caribéennes, qui explorent la période coloniale américaine du début du XXème siècle, avec une lumière et une profondeur contagieuses. 
À l’issue d’un showcase de présentation à la Fnac, nous avons échangé avec cette songwriter aussi audacieuse que pétillante.  

« Entre moi et le Ghana, c’est une petite histoire d’amour… C’est le premier pays où les gens ont cru que je leur appartenais. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours? 

Les chanteuse afro-américaines Aretha Franklin et Nina Simone. Il y a des performances de chacune d’entre elles où on les voit entièrement consumées par leur musique. Je pense notamment à un concert suédois (rare) d’Aretha où elle chante “Dr. Feelgood », et où on sent qu’elle donne vraiment tout. Elle joue beaucoup avec les nuances, il y a du relief. Et il y a la voix…

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer? 

Je rêverais de jouer à Fuji Rock, parce que ce festival est génial, et surtout parce que j’adore jouer au Japon. Les journalistes là-bas semblent toujours plus pointus, ils sont spécialisés dans un genre musical bien précis. De façon générale, les japonais écoutent et connaissent énormément de styles de musiques différents. J’ai toujours des conversations folles sur le whisky et les fantômes avec eux ! J’aimerais aussi aller au Chale Wote à Accra, au Ghana. C’est un festival artistique multi-disciplinaire incroyable où les artistes se rencontrent et produisent des choses extraordinaires sur des périodes très courtes. Ajoutons à ça qu’entre moi et le Ghana, c’est une petite histoire d’amour… C’est le premier pays où les gens ont cru que je leur appartenais.

As-tu un lieu musical coup de coeur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Sans hésiter, un événement me vient à l’esprit : le Blockorama de Toronto qui a lieu chaque été lors de la Gay Pride. C’est le cortège afro-descendants de la marche de la fierté LGBTQ qui organise cette block party exceptionnelle. On y trouve d’excellents DJs, l’atmosphère afro-antillaise du carnaval de Notting Hill, la Block Party de Dave Chappelle, et de la super cuisine ! Je suis toujours aux anges.

Mélissa Laveaux, Radyo Siwèl; 2018, No Format
© Romain Staros Staropoli
3 questions à… Seun Kuti (Afro-beat)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Benjamin du roi de l’afro-beat Fela Anikulapo Kuti, le félin Seun Kuti est en tournée avec le groupe mythique de son père, Egypt 80, pour son nouvel album Black times, un disque contestataire et bourré d’énergie. Avant son passage au Bataclan, nous avons pu le croiser un dimanche au Mob Hôtel après un concert intimiste à l’atmosphère caribéenne… 

« J’adore les endroits où l’on trouve des communautés latino-américaines. Ce sont les adresses idéales pour découvrir une musique libre. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

J’ai grandi à Lagos, au Nigeria, dans la maison de mon père qu’il considérait comme une république indépendante : Kalakuta Republik. J’ai toujours été entouré de musique, il a sans aucun doute été ma plus grande influence. On écoutait essentiellement de la musique africaine chez nous. J’ai, depuis, toujours aimé la musique des diasporas.

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

Je voudrais jouer dans mon propre club. J’ai l’intention d’en construire un à Lagos. C’est pour l’instant un lieu imaginaire mais c’est le prochain investissement immobilier que je ferai. J’ai hâte de concrétiser ce projet.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

J’adore les endroits où l’on trouve des communautés latino-américaines. Que ce soit à Paris ou à New York, ce sont toujours les lieux plus festifs, on y mange bien, la musique est excellente : salsa, samba, latin-jazz, merengue… J’ai même entendu du tango une fois à New York, vers  Lower East Side. Ce sont les adresses idéales pour découvrir une musique libre.

Seun Kuti & Egypt 80, Black Times; 2018, Strut
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