3 questions à… Blick Bassy (Cameroun-France)

3 questions à… Blick Bassy (Cameroun-France)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Chanteur au look et à la douceur vocale singuliers, Blick Bassy fait partie de ces artistes qui vous caressent le coeur. Ses mélodies, proches d’une pluie d’été, libèrent la fraîcheur et la légèreté d’un orage à peine passé. Après Akö (2015), un bijou de délicatesse signé chez les défricheurs No Format, son dernier album, 1958, est un hommage à Ruben Um Nyobè, leader indépendantiste camerounais exécuté par des militaires français. Invité de choix de l’édition 2019 du festival Musiques Métisses, il a évoqué, à travers ses chansons et une rencontre autour de son livre Le Moabi cinéma (2016), les espoirs d’une jeunesse africaine assoiffée d’avenir et les contraintes imposées par un Occident dominant. À l’occasion de ce week-end ensoleillé, il nous a parlé de son parcours, sa quête de sens et ses coups de coeur du moment…

« Nous vivons dans une société où le standard pré-établi nous pousse à étouffer celui ou celle que nous sommes réellement. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

J’ai grandi au Cameroun, à Yaoundé. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui tenaient à ce que nous ayons une éducation traditionnelle. Nous étions vingt-et-un frères et soeurs, et nous passions toutes nos vacances au village : les garçons travaillaient les champs de plantain, et les filles, ceux d’arachide. Cela m’a amené à créer un vrai lien avec la terre qui m’abritait. Après mon bac, alors  que j’avais obtenu une bourse qui m’aurait permis d’aller étudier aux Etats-Unis, au Canada ou en Angleterre, j’ai décidé de rester au Cameroun pour y faire de la musique. J’ai créé mon premier groupe, Macase, avec lequel j’ai joué pendant près de dix ans, et qui a notamment reçu le prix RFI Musiques du Monde. Ensuite, j’ai décidé de venir m’installer en France où je séjourne depuis treize ans maintenant. C’est sans doute ma mère qui m’a d’abord transmis l’amour de la musique : elle chantait pour chaque événement, qu’il soit heureux ou malheureux. Artistiquement, les trois noms auxquels je pense spontanément sont Les Têtes Brûlées du Cameroun (un groupe mythique qui n’a malheureusement pas perduré), David Bowie et Prince, qui m’ont fait comprendre que ce que nous avons à donner, à échanger, c’est tout simplement la singularité de ce que nous sommes. Nous avons la chance, en tant qu’être humain, d’être unique, mais nous vivons dans une société où le standard pré-établi nous pousse à étouffer celui ou celle que nous sommes réellement. À partir du moment où l’on arrive à faire un travail sur soi au quotidien, à s’émanciper de tout cela, on commence enfin à vivre et à avancer un tout petit peu vers son couloir de liberté. Et je remercie ces grands artistes car ils m’ont permis de me comprendre et de me poser les vraies questions concernant la musique, mon métier. Je prends du plaisir sur scène mais ce n’est pas tout. J’essaie d’appliquer musicalement ce que je suis intimement : un Camerounais qui est né et a grandi au pays, qui vit en France depuis quelques années mais passe son temps à courir le  monde à la rencontre d’autres cultures, et qui essaie de redéfinir une perspective par rapport à tout cela. Si l’on y prête attention, on s’aperçoit par exemple qu’on ne trouve quasiment pas d’instrument percussif dans mes morceaux car pour moi le rythme peut être porté par une langue, un instrument harmonique ou mélodique. Cette touche musicale correspond à ma démarche personnelle de vie.
Mes goûts restent néanmoins assez éclectiques. En ce moment, j’écoute beaucoup RY X, une jeune chanteuse qui s’appelle Billie Eilish, James Blake, et quelques sons urbains venus du Nigéria dans le style de Flavour.

Si tu pouvais jouer avec n’importe qui n’importe où, avec qui et où est-ce que ce serait ?

L’artiste avec lequel j’aurais aimé jouer c’est sans hésiter Michael Jackson, qui était une vedette incroyable et d’une grande sensibilité. Mais là où je rêve de jouer, et ça, c’est réalisable, c’est tout simplement dans tous ces villages du Cameroun où les gens n’ont même pas d’électricité, où ils n’ont jamais vu de concert de leur vie. Je voudrais faire des scènes là-bas pour leur faire ressentir  cette magie que peut distiller la musique.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs?

Le Congo est un pays qui m’a laissé un souvenir musical intense. Les gens font de la musique avec uniquement l’énergie et les vibrations qui les habitent. À Kinshasa, la nuit, tu croises des gars dans la rue qui jouent divinement avec des instruments de bric et de broc, faits à la va-vite, et ce sont des moments d’une grande puissance. Le Brésil aussi est un lieu musical formidable. J’ai eu la  chance de participer à un carnaval et de jouer devant 200 000 personnes pendant sept jours avec des gens d’une générosité inimaginable, c’était une expérience vraiment dingue.

 

Blick Bassy, 1958 / No Format, Tôt ou Tard

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