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3 questions à… Sara Tavares (Portugal/Cap-Vert)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Née au Portugal de parents cap-verdiens, Sara Tavares cultive un style qui détonne dans l’univers lusophone. Les accents saudade flirtent avec la soul ou le reggae, et l’on retient avant tout la douceur de sa voix qui vous invite à « Balancê » votre corps nonchalamment. De retour après une longue absence pour la sortie de son album Fitxadu dans le cadre du Festival Au Fil des Voix, elle a irradié la scène de l’Alhambra qui sentait ce soir-là les embruns et le bacalhau…

« J’ai été nourrie par la musique afro-américaine qui passait sur les ondes dans les années 80. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Je suis née et j’ai grandi à Lisbonne, dans les années 80. J’ai donc été nourrie par la musique afro-américaine qui passait sur les ondes à l’époque : Stevie Wonder, Whitney Houston, Michael Jackson ou Aretha Francklin ont été mes premiers coups de coeur. À 18 ans, comme beaucoup, je n’avais d’oreilles que pour Bob Marley, d’où mon amour pour le reggae qui ne m’a jamais quittée. Mais c’est lorsque j’ai commencé à vivre de la musique que je suis retournée au Cap-Vert, le pays de mes parents, et que j’ai plongé dans la musique de ces îles colonisées par le Portugal : l’Angola, la Guinée-Bissau, le Mozambique… Beaucoup de musiciens qui jouent dans des bars de Lisbonne viennent de ces contrées-là. Puis, vers l’âge de 20 ans, je suis venue à Paris pour enregistrer mon premier album et Lokua Kanza, qui a produit ce disque, m’a initiée aux sons de l’Afrique francophone : Salif KeitaYoussou N’Dour, mais aussi Richard Bona, Ray Lema, Manu Dibango ou Papa Wemba… Je me suis prise de passion pour ces univers.

Si je dois confier ce que j’écoute en ce moment, j’avoue que je m’intéresse davantage à ce que les jeunes, comme mes nièces, écoutent. Spontanément, je vais toujours piocher de vieux disques de Nina Simone, Chavela Vargas ou Césaria Evora, mais j’aime aussi savoir ce qui se fait aujourd’hui. Et je peux facilement me mettre à danser sur des tubes de Mr. Easy ou sur du zouk love, tout ce qu’on passe dans les clubs en fait. J’adore ça !

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

J’ai déjà joué au prestigieux Carnegie Hall de New York, dans une petite salle, et c’était complet ! En fait, c’est difficile à dire car tant de rêves que j’ai fait dans ma vie se sont réalisés : celui d’être chanteuse, de me produire de par le monde, de rencontrer de merveilleux musiciens… J’ai maintenant avant tout le rêve de rester en bonne santé pour continuer à être créative et à voyager  dans des endroits chauds car je n’aime vraiment pas l’hiver !

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Je serais curieuse de découvrir des lieux d’Amérique latine comme le Pérou ou le Honduras, j’adore les percussions et la musique garifuna, ce métissage entre indiens et africains. Mais bien entendu le Cap Vert reste une destination à ne pas manquer. Il y a encore beaucoup d’îles que moi-même je ne connais pas, je dois vraiment approfondir ma connaissance de ce territoire. Les îles de Santo Antão et de Santiago sont absolument à voir, je conseille à tes lecteurs de les visiter sans plus tarder !

Sara Tavares, Fitxadu; 2017, Sony Music.
3 questions à… Amparanoia (Espagne)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Amparanoia, c’est ce rock latino sur lequel on dansait il y a plus de vingt ans : un mélange de fusion, de world, d’énergie explosive qui sentait la téquila et la bande à Manu Chao. De retour avec El coro de mi gente, Amparo Sanchez, figure de proue du groupe, n’a pas beaucoup changé. Le concert donné à l’Alhambra a vivifié l’assemblée qui chantait en écho des morceaux à l’ardeur toujours contagieuse. Après le concert, la chanteuse a pris le temps de nous parler féminisme et vibrations positives…

« Dans la vie, si tu accueilles les choses, tu les reçois au centuple. C’est pour ça qu’en ce moment je ne rêve pas, je vis. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

J’ai grandi à Grenade, en Andalousie, au sud de l’Espagne. C’est une ville très particulière car elle est imprégnée, de par son histoire, de l’héritage marocain autant que de cultures musicales comme la rumba ou le  flamenco. J’ai grandi dans une maison avec cinq frères et soeurs qui écoutaient des musiques en tous genres, de Camarón à Police en passant par Bob Marley. De mon adolescence, je retiens surtout The Clash, qui a sans doute été un groupe fondateur pour moi. La musique latine aussi, évidemment, en particulier celle qui flirte avec d’autres styles, comme l’ont jouée la Mano Negra. J’ai eu la chance de devenir une très bonne amie de Manu Chao. On s’est connus à Madrid il y a 22 ans maintenant, et on est toujours restés très proches. Il a eu une grande influence sur ma musique et m’a enseigné beaucoup de choses. Mais j’ai été avant tout très sensible aux univers musicaux de certaines artistes féminines. Celle qui m’a le plus marquée est sans doute Billie Holiday. À mes débuts, je chantais du jazz et de la soul, je m’en suis beaucoup inspirée. Et les chanteuses latino-américaines comme Mercedes Sosa, La Lupe, Chavela Vargas ou Omara Portuendo ont également beaucoup compté dans mon parcours. C’est dans les paroles de ces artistes-là que j‘ai pu retrouver la poésie des textes, les revendications qui me touchent et qui concernent notre position de femme dans la société.

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

Je dois y réfléchir, car à dire vrai tous les endroits où je rêvais de jouer, j’ai fini par m’y produire. J’arrive à un moment de ma vie où je réalise que j’ai eu davantage que ce que j’avais jamais imaginé obtenir dans ma carrière musicale. J’ai joué avec de super musiciens, je me suis fait beaucoup d’amis sur la route, j’ai voyagé énormément, et le public est toujours présent, où que j’aille, quelque soit la langue du pays, seule la musique importe. On monte sur scène car il y a un « pourquoi », on a quelque chose à dire, à transmettre. C’est pour ça que je laisse ma famille, mes animaux, ma maison, parce que je sens que je dois dire quelque chose en tant que femme. Je reste donc friande de nouvelles expériences. Par exemple, dans quelques jours je vais partir au Brésil avec une poétesse brésilienne qui écrit des poèmes féministes très engagés. Je vais mettre ses mots en musique, c’est nouveau pour moi, je suis ravie de participer à cette un tel projet. Dans la vie, si tu accueilles les choses, tu les reçois au centuple. C’est pour ça qu’en ce moment je ne rêve pas, je vis. Je laisse venir les choses, et elles m’arrivent.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Le monde entier est musical. Il faut aller dans les quartiers, n’importe où. La musique est un passeport libre qui voyage partout. Quand je suis à Paris, dans le quartier de Montreuil, je me retrouve avec Aalma Dili et je voyage dans les Balkans. Pourtant, je suis à Paris. D’autres fois, je me balade au Brésil, j’y croise de la samba, et c’est merveilleux. En Amérique latine tu trouves plus facilement la musique dans la rue, en Andalousie aussi. Mais au fond où que tu ailles dans le monde il y a de la bonne musique à chiner, il suffit de bien la chercher.

El coro de mi gente, Amparanoia; 2018 (Pias)
3 questions à… Lula Pena (Portugal)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Seule sur scène accompagnée de sa guitare, Lula Pena envoûte son public en lui proposant un voyage sans escale, un itinéraire où les morceaux s’escortent, se répondent, au fil des accords, comme les vagues se perdent en écume sur le rivage avant de rejoindre les flots. Après son concert à l’Alhambra dans le cadre du Festival Au fil des voix, la portugaise au timbre grave et à l’âme poétique s’est confiée à Hit the road le temps d’un verre de vin au Petit Cambodge.

« La musique acoustique me touche par sa capacité à produire de la magie à partir de presque rien. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Je suis née à Lisbonne et j’y ai grandi jusqu’à l’adolescence. Avec du recul, je pense que ma première influence a été la passion que mon père éprouvait pour la radio. Il la préférait à la télévision, même pour regarder les matchs de foot. Elle était contenue dans une sorte de meuble qui cachait à l’intérieur la télé, la radio, les vinyles, les cassettes… Je me souviens que c’était comme un laboratoire pour moi : je cherchais des fréquences, je guettais le bande FM, je trouvais ça si mystérieux… Inconsciemment, ça n’a pas été étranger à ce que je fais maintenant. Quant à mon frère, de 14 ans mon aîné, il jouait de la guitare et chantait très bien, je le rejoignais souvent pour l’accompagner à la voix. C’est un autodidacte, comme moi, il ne pouvait donc pas « m’enseigner » la musique. Je devais faire ce processus toute seule, et j’ai vite compris que c’est ce qui m’intéressait : explorer des possibles, forger ma propre expérience. J’ai été pendant longtemps un ermite avec une guitare à la main. Je ne pensais pas du tout faire une carrière musicale. Je jouais par pur plaisir. Mes amis et ma famille m’ont beaucoup encouragée, et d’un coup les choses ont changé. J’ai enregistré mon premier disque, le reste a suivi. Pourtant mon but n’a jamais été de devenir célèbre. La musique m’a toujours aidée à me sentir bien. Lorsque j’étais triste ou mélancolique, elle m’ apportait un soulagement. Elle est devenue comme une thérapie dont je ne peux me passer.

Hormis mes proches, certains artistes ont également eu une influence sur mon parcours, en particulier les musiciens solo, ceux qui apportent cette dimension presque chamanique dans leur musique, ceux qui transcendent la vie. Je cherche sans cesse à découvrir de nouveaux artistes qui ont la même perception que moi et semblent faire partie de la même tribu. Jeune, mon frère jouait souvent des morceaux de Simon and Garfunkel, nous chantions à deux voix : c’était une expérience incroyable ! Plus tard, j’ai plongé dans l’univers de la chilienne Violeta Parra : il y a des passages très denses dans sa musique, qu’elle arrive à jouer seule. C’est merveilleux de ressentir à la fois la force et la fragilité de ces musiciens. L’un d’entre eux m’a surprise : Robbie Basho, un américain. Il transcende l’instrument guitare. Harry Partch, lui, a inventé des instruments et créé une musique plus concrète et expérimentale, mais qui provoque une alchimie indescriptible… La musique acoustique me touche par sa capacité à produire de la magie à partir de presque rien.

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

J’aime les espaces qui ont une résonance, une réverbération naturelle. Je me souviens qu’au début, quand j’ai commencé à apprendre la guitare, je m’enfermais dans les toilettes. Les carreaux de céramique faisaient résonner le son, j’étais hypnotisée par cette expérience. C’est la première fois que j’ai senti la résonance du corps de la guitare et de mon corps, de nos deux corps ensemble. Plus tard, lorsque j’ai voyagé, je me débrouillais pour retrouver à chaque fois des lieux de passage qui avaient cette qualité sonore. Un jour, j’ai eu la chance de chanter dans une grotte à Lanzarote qui s’appelle la « Cueva de los verdes ». C’était extraordinaire. Ils ont construit un auditorium sous la terre. Pour l’atteindre, il faut descendre un sentier pendant dix minutes, l’impression est assez bizarre: tu croises des stalagmites, des petits puits d’eau qui reflètent les stalagmites, à tel point que tu as une sensation de vertige, tu ne sais plus où tu es… et tu arrives à l’auditorium, qui traduit parfaitement cette résonance naturelle. Je n’ai jamais retrouvé un lieu pareil.

J’ai dû bien sûr m’adapter à toute sorte de lieux et de contextes, c’est pour cela que mon répertoire a changé de cette manière. J’essaie de toujours pouvoir improviser en fonction des circonstances, parce qu’elles ne se répètent jamais. Chaque concert a ses humeurs, la chaise sur laquelle on s’assoit est différente : elle peut être plus confortable, moins confortable… et tu t’adaptes. Donc chaque lieu est différent. Ce serait utopique d’imaginer qu’il y ait un lieu où l’écho et la résonance changent chaque jour. Pour moi, ce serait le lieu idéal.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Je conseillerais d’aller au Chili. Au niveau historique, politique et anthropologique, les influences sont extrêmement nombreuses. Et le public est formidable. Il est sensible à tous ces accents qui m’intéressent : tribales, ethniques… Ce peuple a vécu une dictature violente, et on le ressent dans le répertoire des artistes chiliens, truffé de chansons engagées. Ils ont su développer une manière très naturelle et poétique de jouer. L’Amérique Latine est vraiment un continent à découvrir musicalement mais je crois qu’au Chili ou en Uruguay il existe des sonorités qu’on a encore peu l’habitude d’entendre en Europe. Dans ma musique, je pioche ici et là ces petits ingrédients, du nord au sud, pour en extraire un son qui puisse être de n’importe où.

 

Lula Pena, Archivo Pittoresco; 2018 (Crammed discs)
© Buddhy Lores

Prochaine date parisienne : le 25/05/18 à la Maison Populaire de Montreuil
Pour visualiser les prochaines dates européennes de Lula Pena : https://www.facebook.com/LulaPena.Music

Le best-of des “3 questions à…”

Ce mois-ci, nous fêtons le premier anniversaire des interviews de poche HTR. Pour rappel, « 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Depuis janvier 2017, croisés à la sortie d’un concert ou d’une émission radio, à Paris ou dans le Sud de la France, treize artistes ont joué le jeu en nous livrant leurs souvenirs et leurs coups de coeur. En voici quelques morceaux choisis…

 

  • Girma Bèyènè, l‘un des maîtres de la musique éthiopienne des années 60 : “J’adore la chanson italienne. L’une de mes chansons préférées est « I miei giorni felici » de Wess and The Airedales. (…) J’ai déjà atteint mon rêve sans m’en rendre compte : celui de jouer ici, ce soir, à Paris. Je ne demande rien de plus maintenant.” 

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  • Vinicio Capossela, inclassable rock-star italienne qui, le temps d’une bière à l’Alhambra, nous a parlé d’Homère et de tavernes…  :“J’aime beaucoup que la musique se joue dans des lieux où on peut aussi boire et manger, comme dans les tavernes grecques par exemple. Ecouter du rebetiko en Grèce a toujours été pour moi une grande source de joie : les voix s’unissent, on mange, on boit, et à un moment le chant s’installe. “

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  • Aurelio, l’un des rares descendants de la tradition garifuna (Honduras) : “Je suis né dans la petite communauté de Plaplaya… J’ai grandi dans ce village qui doit compter près de 200 habitants et qui se situe à la frontière du Nicaragua, là où est installée l’une des premières communautés garifuna de la côte Atlantique.”

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  • Nicolas Repac, musicien touche-à-tout qui transforme ce qu’il entend tel un alchimiste : “Mon premier souvenir musical remonte à mes 5 ans : j’écoutais la mire de l’ORTF en boucle en me tapant la tête en rythme contre le fauteuil ! Tous les jours ! Il n’y avait qu’une chaîne à l’époque.” 

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  • Jowee Omicil, jazzman originaire d’Haïti qui a grandi à Montréal avant de s’installer à New York, à Miami et enfin à Paris : “Je me rends accessible en tant qu’instrument, en tant que passeur de sons, l’endroit où je joue n’a pas d’importance. Chaque situation est unique. Chaque fois que je me mets à jouer devant un public, mon set est différent, et le dernier est toujours le plus fort.”

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  • Flavia Coelho nous a dévoilé des pensées plus intimes, sous le ciel étoilé de ce village provençal devenu Gréoux-de-Janeiro pour l’occasion… : “Je suis très citadine, et pour moi Paris réunit tout ce que j’aime en matière de musique. C’est pour ça que je m’y suis installée d’ailleurs, il y a une diaspora extraordinaire ici ! C’est cette diversité qui m’a amenée ici, cette magie de pouvoir se retrouver au fin fond de l’Afrique dans son propre quartier.” 

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  • Arto Lindsay, bruitiste, hédoniste, guitariste, de retour en studio avec Cuidado Madame : “Ma mère avait une collection de vinyles  qui allait de la bossa nova de Joâo Gilberto au jazz de crooners comme Nat King Cole. Tous ces artistes ont éveillé ma curiosité auditive.”

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  • Babx qui a fait une escale à La Cigale pour présenter le très beau Ascension“Je rêverais de jouer à Little Odessa, le quartier russe de New York. C’est un univers fascinant car on peut y voir se côtoyer l’océan, Brooklyn, une vieille fête foraine désaffectée en voie de démolition, des russes émigrés déambulant en chapka et vison, des ex-agents du KGB jouant aux échecs…”

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  • Tigran Hamasyan, pianiste jazz d’exception qui nous a fait part de ses souvenirs et de ses élans du moment : “Mon oncle est sans aucun doute la personne qui m’a le plus influencé musicalement. J’avais à peine 4 ans lorsqu’il m’a fait découvrir le jazz. Il m’a permis de trouver ma voie.” 

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  • Samuel Strouk, guitariste de talent qui a sorti son premier album Silent Walk en octobre dernier, un disque délicat et contrasté : “Quand on ferme les yeux, la musique nous ouvre d’autres mondes, on prend du recul. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai appelé mon disque Silent walk : les yeux fermés avec une musique au creux de l’oreille, tu peux aller n’importe où…”

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  • Denis Péan, la boussole du groupe Lo’Jo, qui vogue parmi des fleurs d’Orient ou d’Occident, au gré des instincts sonores cueillis en chemin : “Je n’ai pas de prédilection quant à l’endroit où jouer : une grande scène, un podium, un tapis… dans n’importe quel pays, c’est ma maison.”

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  • Lucky Peterson, bluesman repéré par le contrebassiste Willie Dixon qui passait dans le club de son père, à Buffalo :“Mon père tenait un club de blues célèbre à l’époque, le Governor’s Inn, j’y ai vu des concerts formidables. Il m’a transmis la passion de la musique.”

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  • Médéric Collignon, oiseau rare qui migre d’un univers sonore à l’autre, du jazz improvisé à la funk ou l’électro : “Je rêverais de jouer dans un endroit extrêmement généreux en résonance, où il y aurait  énormément d’écho, de réactivité. Ça provoquerait des avalanches, des variations de temps… un truc complètement mégalomane, que tu ne pourrais faire qu’une fois. “

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3 questions à… Médéric Collignon

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Médéric Collignon est un oiseau rare. Migrant d’un univers sonore à l’autre, du jazz improvisé à la funk ou l’électro, il se nourrit d’ondes et de vibrations, animé par l’atmosphère et l’énergie des autres. De l’énergie, il en regorge, et de sa gorge nait cette harmonie entre ce qui l’entoure et ce qui l’habite. Être (plutôt qu’avoir) suprasensible et sensoriel, il a fait un tour de voltige l’été dernier pour les 40 ans du Festival Jazz à la Défense en participant à une création spéciale orchestrée par Andy Emler. À l’issue du concert, grisés par le champagne et les effluves de gaieté ambiante, nous avons piaffé en coeur, cage ouverte.

« On ne sait plus écouter. Pourtant, la nature chante sans arrêt. Si tu t’approches d’une fourmilière, ce que tu entends est inouï ! »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Ce sont d’abord mes parents. À l’âge de 5 ans environ, j’ai découvert Maurice André dans une émission télé. À l’époque, il était considéré comme le trompettiste français le plus populaire du milieu classique, une vraie star internationale. Sans regarder l’écran, j’ai dit : « J’ai envie de faire de l’oiseau, comme le monsieur. » Mes parents m’ont donc inscrit au conservatoire de Charleville-Mézières. Tout a commencé en réalité par une erreur de perception.
J’ai ensuite été influencé par ma propre voix, qui m’a fait arrêter la trompette (je n’en joue plus depuis 26 ans). Ça semble un peu schizophrène mais c’est tout à fait naturel. La trompette ne ressemblait pas du tout à ma voix. Donc il fallait que je retrouve quelque chose de plus comique, de plus chaud. Mon professeur, Philippe Cocu, m’a prêté un cornet à pistons, puis j’en ai acheté un, puis un jour j’ai trouvé un cornet de poche, et de fil en aiguille le voyage intérieur s’est poursuivi et m’a permis d’affiner et de me rapprocher du son de ma voix. Je pense avoir plus ou moins trouvé, mais c’est sans doute encore une perception fausse… Je crois qu’au fond je me suis toujours trompé. Et c’est en un sens une troisième influence : l’objectif n’est pas tellement de trouver, mais de chercher. Avancer, découvrir, ressentir. Être le pire comme le meilleur. Être influencé par vous, les autres, ceux qui nous entourent. Ce soir par exemple, pour les 40 ans du Festival Jazz à la Défense, je jouais, je n’avais pas préparé de solo, rien de pré-établi. Et là, un enfant se met à crier. J’arrête alors ce gros son qui semble lui faire peur, je m‘approche de lui et une idée me vient. Puis je rebondis en voyant la lumière… un coup de vent s’intensifie, et je décide d’aller ailleurs… Je n’ai pas cessé de me faire influencer par tous ces éléments. Et par les visages des gens, décontenancés, ou amusés. Il faut être sensible à ce qui se passe autour de nous. Souvent, je joue et je répète des choses que je ne jouerai pas lors du concert. Ce qui va se passer sur scène est comme un différentiel. Il ne reste que l’essentiel. C’est un voyage constant, et ça ne coûte vraiment pas cher !

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

Je resterais quelque part sur terre, là où une vibration peut résonner, atteindre quelque chose. Peut-être que ce serait un endroit extrêmement généreux en résonance, où il y aurait  énormément d’écho, de réactivité. Ça provoquerait des avalanches, des variations de temps… un truc complètement mégalomane, que tu ne pourrais faire qu’une fois. Tu meurs après, mais tu l’as fait ! Tu as été totalement en osmose avec les éléments : le feu, l’air, le vent, tout… tu trouves la note qui fait trembler la terre ! Je suis un grand observateur de tout ce qui concerne les volcans. Je m’intéresse à la peau de la terre, celle qui sue de la lave, qui chie des lares, qui ravine tout sur son passage… j’aurais envie d’être dans cette partition, dans ces éléments-là pour voir s’il est possible de créer une sorte d’oeuvre totale, terrienne et absolue. Pour finir en beauté ! Mourir sur scène, et la terre serait ma scène.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Il faut aller dans les forêts, ou écouter l’eau des rivière. J’ai été il n’y a pas longtemps en Bretagne avec ma famille, et j’ai été transporté par un concert de l’Océan Atlantique. En fin d’après-midi, le soleil se couche, la mer monte, et elle offre une densité incroyable. Toutes les sept vagues, elle te ramène à ta petite taille. Il y a ces couleurs, cette mousse, ces variations à l’intérieur de chaque vague, et c’est un moment musical merveilleux pour celui qui écoute.
J’aime aussi les résonances dans les grottes : toutes ces petites gouttes qui tombent et qui fabriquent des stalagmites font une musique aléatoire. Dans les Ardennes, je travaillais le son au bord du Lac des Vieilles Forges avec Philippe Cocu. La forêt a comme un effet pulmonaire, elle te renvoie à toi et à tes problèmes harmoniques. Au fond, ce que je conseille aux gens c’est d’être plus sensibles qu’aujourd’hui. On ne sait plus se concentrer, on ne sait plus attendre ou se laisser pénétrer par la musique. Je me suis fait masser par un praticien chinois, et pendant la séance le type m’a dit : « si tu te défends, ça ne marchera pas ». Il ne pouvait pas me soigner si je ne me laissais pas aller. En musique c’est pareil. Il faut être sensible à l’autre. Et l’autre c’est la nature, les humains. On ne sait plus écouter. Pourtant, la nature chante sans arrêt. Si tu t’approches d’une fourmilière, ce que tu entends est inouï ! Tu vois ces petits livres pour enfants, où tu dois appuyer sur un bouton pour entendre le cri du lapin ou du chat ? Il n’y a pas un adulte qui sait comment ça sonne ! Il faut redevenir enfant. Ça nous permettrait à tous de réapprendre à respirer, comme les enfants, de savoir écouter ou imiter, comme eux.

3 questions à… Lucky Peterson

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Lucky Peterson a fait ses classes tôt. À 5 ans déjà, il était repéré par le contrebassiste Willie Dixon qui passait dans le club de son père, à Buffalo. Guitariste et chanteur de blues, il a fait ses débuts à l’orgue auprès de pointures comme Jimmy Smith dont il fut l’élève et à qui il rend aujourd’hui hommage avec son album Tributo to Jimmy Smith. Actuellement en tournée dans toute l’Europe, Lucky Peterson fêtera la nouvelle année à Paris, au grand plaisir des aficionados du Duc des LombardsHit the road l’a rencontré entre deux dates, dans les locaux de TSF Jazz…   

« J’aimerais jouer dans un grand stade de foot qui compte des centaines de milliers de personnes, et qu’il soit plein ! »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

J’ai grandi à Buffalo, dans l’État de New York, et à Saint-Petersburg en Floride. J’ai été influencé par de grands artistes comme Buddy Guy, Junior Wells, Jimmy Smith (à qui je rend hommage dans mon dernier album), James Cotton… Tous ces musiciens ont forgé mon style, ils m’ont enseigné un tas de choses à travers leur musique !

Mon père aussi, à sa manière, a été un guide. Il tenait un club de blues célèbre à l’époque, le Governor’s Inn, j’y ai vu des concerts formidables. Il m’a transmis la passion de la musique.

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

Mon unique rêve est de gagner beaucoup d’argent ! Je voyage déjà beaucoup, je ne sais pas trop où je pourrais avoir encore envie de jouer. Peut-être dans un grand stade de foot qui compte des centaines de milliers de personnes : n’importe où dans le monde pourvu qu’il soit plein !

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Les villes où j’ai grandi. Buffalo est le lieu idéal pour la musique : on y entend du blues, du jazz. Il y a plein de musiciens et de chanteurs qui sont de là-bas mais qui ne sont pas reconnus. Saint-Petersburg, en Floride, est un autre lieu magique. Les musiciens le savent déjà, quand ils vont là-bas, ils s’étonnent: « D’où vous vient ce son ? ». J’ai joué de l’orgue dans des églises, et j’y joue encore. D’autres fois je m’assieds sous un porche et je me mets à jouer de la guitare. Ou je bois une bière et je me mets à jouer seul, pour moi-même. Blues, jazz ou soul, peu importe : ce sont des lieux qui inspirent.

 

Tribute to Jimmy Smith, Lucky Peterson ; Jazz Village / Pias, 2017
©  JM Lubrano
3 questions à… Lo’Jo (Denis Péan)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Inclassables et inséparables, mêlant à leur ouvrage les musiques du monde, la poésie et une touche d’insaisissable qui les rend si singuliers, les complices Lo’Jo ont conquis une fois de plus le public parisien du Café de la Danse avec leur nouvel album Fonetiq Flowers. Une musique généreuse et navigante, à l’image de Denis Péan, boussole du groupe, qui vogue parmi des fleurs d’Orient ou d’Occident, au gré des instincts sonores cueillis en chemin. Avec des mots emprunts d’une douceur spirituelle, il s’est confié à Hit the road.

« Je vais là où la musique me mène, je ne rêve que du possible qui m’attend. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

J’ai grandi à Sorges dans un petit village de l’Anjou, sans musique à la maison. J’ai connu la ville d’Angers en entrant au Lycée David d’Angers. Et là tout m’a influencé : d’abord le bal de la galette des rois une fois par an dans mon village natal, le musette, la java, le paso-doble, la valse… puis, l’adolescence venue, le rock psychédélique des années 70 et presque aussitôt le jazz avec Miles Davis. Le groupe français Magma a marqué mes premiers émois sonores, je reste un grand admirateur de Christian Vander.

Le premier contact avec l’afro-beat de Fela Anikulapo Kuti a également été très marquant pour moi. Et la musique classique aussi : j’ai étudié le basson au conservatoire et j’y ai rencontré en musique Bartók, Vivaldi, Messiaen, Ravel, Bach, etc.

La suite, le temps et les voyages me l’ont offert : les musiques du monde, et autres bizarreries urbaines, Moondog, le mauricien Menwar… il y en aurait trop à citer !

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

Je n’ai pas de prédilection quant à l’endroit où jouer : une grande scène, un podium, un tapis… dans n’importe quel pays, c’est ma maison. Je n’ai jamais vu de différence entre un public et un autre. Quelques âmes plongées dans l’instant se ressemblent. Je vais là où la musique me mène, je ne rêve que du possible qui m’attend.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Les lieux magiques pour la musique, ce sont eux qui nous trouvent. On ne rencontre l’extraordinaire que quand on ne le cherche pas : je l’ai entendu autour d’un feu dans le Sahara,  au Lucy’s un lundi soir à Harlem, à l’heure tardive dans la gargote improvisée d’un festival de cambrousse…

 

Fonetiq Flowers,Lo’Jo; 2017, World Village
© Fabien Tijou
3 questions à… Samuel Strouk (jazz actuel)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Compositeur, guitariste, arrangeur, directeur musical, programmateur : Samuel Strouk ne chôme pas. Compagnon de route d’artistes de renom comme l’accordéoniste Vincent Peirani ou le violoncelliste François Salque, il a sorti son premier album Silent Walk en octobre dernier. Un disque délicat et contrasté qui nous mène d’une rive à l’autre par un chemin tantôt éclairé, tantôt esquissé. Il sera en concert le 27 novembre au Café de la danse pour présenter son oeuvre au public. Hit the road vous crayonne déjà les premiers sentiers…

« Je me suis toujours constitué dans le conglomérat : c’est ce qui fait mon identité. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Vaste question ! J’ai grandi dans le sud de la France, à Montpellier, puis je suis venu à Paris pour continuer à apprendre la guitare au CNR. J’ai été très imprégné par la world music au fil de mon parcours. Je suis parti très tôt au Burkina-Faso, où j’ai travaillé la musique mandingue. J’ai passé quasiment trois ans à Cuba en y allant huit ou neuf fois pour l’enregistrement d’un disque, ce qui m’a fait collaborer avec de nombreux musiciens sur place, et ils ont eu une grande influence sur ma musique. J’ai également participé à pas mal de tournées en Asie : en Inde, au Sri Lanka, au Népal et au Pakistan. J’ai été au contact de la musique soufie, hindoustanie, carnatique… Donc pour résumer : le jazz et l’improvisation, la musique classique et ces trois musiques traditionnelles (caribéenne, mandingue et les musiques d’Inde et du Pakistan) font partie de mes grandes influences. On retrouve ces sonorités dans ce que j’écris. Par exemple, l’introduction de « Green B », un morceau de mon album Silent Walk, est un alap indien fait au cello.

D’autres grands compositeurs de musique classique, romantique et contemporaine m’ont également beaucoup inspiré : de Mozart à Ligetti en passant par Xenakis, Stravinsky, Ravel ou Debussy. En ce qui concerne la guitare, j’ai pris ma claque comme tout le monde avec Jimi Hendrix. J’ai passé une période de ma vie à n’écouter que Jimi et à me dire que c’était pas possible de jouer avec cette puissance-là, ce feeling-là dans l’expression ! Django Reinhardt c’est pareil… Wes Montgomery et Pat Metheny aussi… ou encore le flamenco de Paco de Lucía, dans un autre genre.

Quand tu nais en Andalousie et que tu grandis en tapant les palmas toute ton enfance, tu sens bien que le flamenco fait partie de ta culture. Je n’ai pas de sources traditionnelles fortes comme celle-ci. À la rigueur, lorsque j’écoute de la musique klezmer ou du chaâbi, deux genres qui sont liés à mes racines, ça fait vibrer quelque chose en moi, ça me rappelle mon enfance. Mais hormis ces deux madeleines de Proust, je me suis toujours constitué dans le conglomérat, dans l’ajout et la superposition d’univers très différents. On le sent dans ma musique. Je reprends l’exemple de « Green B »: l’introduction, un alâp indien, laisse place à quelque chose de beaucoup plus moderne pour finir de façon très classique…. C’est ce conglomérat qui fait mon identité.

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

Je crois que je ferais un concert dans l’espace… avec de l’air évidemment, pour qu’on puisse entendre le son. La musique aide à sortir du contexte terrien qui est le nôtre. Quand tu regardes la taille de notre planète, c’est tout de même dingue : c’est tout petit, et on se bat les uns contre les autres, on s’auto-détruit sur un bout de planète alors que nous ne sommes qu’une poussière au coeur d’un univers gigantesque ! Quand on ferme les yeux, la musique nous ouvre d’autres mondes, on prend du recul. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai appelé mon disque Silent walk : les yeux fermés avec une musique au creux de l’oreille, tu peux aller n’importe où… Faire un concert dans l’espace, avec plein de gens en apesanteur, et la terre au loin : ce serait formidable! Mais sans air, c’est difficilement réalisable. À moins qu’on mette la NASA sur le coup !

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Deux endroits me viennent à l’esprit. En premier lieu : La Havane. C’est une ville d’art et de musique, elle en est imbibée, je n’ai retrouvé cette sensation nulle part ailleurs. Même pas à New York. À La Havane, le son fait partie intégrante de la vie des gens. Il y a une triple influence : le jazz américain, arrivé dans les années 50 avec le latin jazz et le croisement avec New York, la musique classique de l’école russe, et une influence africaine (la culture yoruba, la culture mandingue, etc.). Le peuple cubain est absorbé par une musique à trois dimensions extrêmement riche. La danse est omniprésente, les musiciens peuvent jouer toute la nuit avec deux maracas. Ils sont extrêmement doués.

Calcutta est l’autre ville qui, de façon différente, m’a beaucoup marqué. Il y a une école de flûtistes et de tablas où les musiciens jouent en totale connexion avec leur spiritualité. Ils ne sont pas là pour gagner leur vie, ils sont là pour progresser dans la musique, du matin au soir. Ils sont réunis par la même philosophie.

Donc si les lecteurs de Hit the road sont en quête de sensations musicales fortes, qu’ils prennent un billet pour Cuba ou l’Inde, ils ne le regretteront pas.

Silent Walk, Samuel Strouk; 2017, Universal music
3 questions à… Tigran Hamasyan (jazz actuel)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Impressionnant pari que de jouer en solo dans le vaste auditorium de la Seine musicale, nouveau lieu culturel situé sur l’île Seguin à Boulogne. C’est pourtant celui qu’a relevé le jeune Tigran Hamasyan, pianiste d’exception dont le corps suit les nuances de son instrument, pénétrant imperceptiblement l’âme du public avec une mélodie « New Baroque » ou un « Someday my prince will come » aux accents angoissants…
Ce 14 octobre, peu avant le concert, il nous a fait part de ses souvenirs et de ses élans du moment. Coup de projecteur sur cet enfant prodige du jazz.

« Mon oncle a été un vrai guide dans ma vie de musicien »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

J’ai grandi à Gyumri, la deuxième plus grande ville d’Arménie, puis nous avons déménagé avec ma famille à Erevan, la capitale, où je suis resté jusqu’à mes 16 ans. Mon oncle est sans aucun doute la personne qui m’a le plus influencé musicalement. J’avais à peine 4 ans lorsqu’il m’a fait découvrir le jazz. Il m’a permis de trouver ma voie. Il écoutait Herbie Hancock, Miles Davis, des artistes soul comme Marvin Gaye, James Brown… il se nourrissait essentiellement de jazz et de funk. Mon professeur de musique, Vahag Hayrapetyan, a également été très important dans mon parcours, il m’a initié à l’improvisation. C’est un pianiste incroyable, il m’a enseigné les bases du bebop. C’est encore mon oncle qui m’avait parlé de lui, il a été un vrai guide dans ma vie de musicien. Mon père, quant à lui, était un grand fan de rock. Il collectionnait un tas de disques et dépensait parfois tout son salaire pour s’offrir le dernier album de Led Zeppelin. Donc j’ai grandi aux sons du rock, du jazz et de la soul.

Mes goûts se sont bien sûr élargis avec le temps. En ce moment par exemple, j’écoute en boucle un morceau troublant, « Lonely world » de Moses Sumney, un jeune artiste californien : une fusion pop vraiment intéressante. Et je réécoute sans m’en lasser l’album Now he sings, now he sobs de Chick Corea. J’en étais dingue, et le virus me reprend…

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

J’aimerais jouer dans la ville de Kars, actuellement en Turquie, c’est le lieu d’où viennent mes ancêtres. J’y ai été une fois mais j’ai joué dans un hôtel, il était impossible de se produire au conservatoire ou ailleurs. La prochaine fois je voudrais vraiment faire un concert dans un lieu de musique.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Il y a un lieu à Paris que j’aime beaucoup : c’est la Péniche Anako. J’y ai vu de nombreuses cultures différentes se côtoyer, j’ai assisté à des concerts d’une grande qualité. Je sais qu’ils sont en difficulté et que la Ville de Paris veut récupérer l’endroit, et pour ma part j’espère vraiment qu’ils ne seront pas contraints d’arrêter leurs activités. C’est un lieu culturel qui doit continuer de promouvoir toutes ces musiques et d’offrir un espace d’expression aux jeunes talents.

Tigran Hamasyan, An ancient observer; 2017, Nonesuch Records
© Elena Petrosyan
3 questions à… Babx (chanson française)

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

L’univers de la chanson française l’a découvert avec des airs intimes et oniriques, confessant ses odyssées enfantines sous le piano de sa mère, ses états d’âme chahutés tel un Ballroom déserté… En ascension toujours croissante, le stellaire Babx fait une escale à La Cigale le 27 novembre pour une date unique. Ce soir-là, les étoiles scintilleront au souvenir de la courageuse Omaya, guidées par le souffle « blasé » d’Archie Shepp, pour nous mener là-haut, « là où tout s’illumine ».  Quelques mots à Hit the road avant l’envol…

“Little Odessa est l’un des endroits les plus poétiques que je connaisse”

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours?

Pour répondre le plus succinctement possible, et par ordre chronologique : ma mère, qui m’a tout appris; mon grand-père, que je n’ai jamais connu mais qui était chef-d’orchestre et dont l’ombre a toujours plané au-dessus de ma famille; et enfin Charlie Parker. Si quelqu’un se met à parler alors qu’on me fait écouter un de ses disques, ça peut vraiment virer au drame…

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer?

J’ai écrit une chanson sur ce lieu : Little Odessa, le quartier russe de New York. Je rêverais d’y jouer. C’est un univers fascinant car on peut y voir se côtoyer l’océan, Brooklyn, une vieille fête foraine désaffectée en voie de démolition, des russes émigrés déambulant en chapka et vison, des ex-agents du KGB jouant aux échecs… C’est l’un des endroits les plus poétiques que je connaisse. Je me verrais bien m’y noyer, tomber du grand huit, jouer au coeur de cette atmosphère.

As-tu un lieu musical coup de cœur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Absolument ! Il est malheureusement difficile d’y accéder en ce moment : c’est au Pakistan. Ma mère a souvent enregistré des disques là-bas, à la fin des années 90, et c’est dans ces temples soufis que j’ai ressenti la plus grosse vibration de musique, un truc qui doit s’apparenter à la sensation que provoquait un concert de John Coltrane. La coutume là-bas est de jeter des billets aux musiciens. J’ai vu des gens affamés qui devaient choisir entre manger ou balancer des petites coupures, et ils décidaient  de donner leur argent aux musiciens. C’est sans doute ce qui leur rappelait qu’ils étaient humains, dignes. C’est la plus forte émotion musicale que j’ai ressentie de toute ma vie. Quand ce pays redeviendra un pays de paix, je conseille aux lecteurs de Hit the road d’aller dans ces sanctuaires écouter des Qawwalî, ces chants qui mettent en musique les plus grands poèmes que véhicule le soufisme. C’est sans aucun doute l’une des plus belles expériences qui soit.

Babx, Ascensions; 2017, Bison Bison / L’Autre distribution

 

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