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3 questions à… Ezra Collective

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

Ils portent fièrement les couleurs de la nouvelle scène du jazz comme from UK : les cinq complices de Ezra Collective savent autant manier les featurings hip hop que les rythmes afro-beat. Adeptes de la fusion des genres, ils assument avec The Philosopher, leur dernier opus, un jazz libéré de toute contrainte sur lequel pourraient aussi bien danser un Fela Kuti qu’un Sun Ra. Envoyés par Couleurs Jazz Digital Magazine pour leur passage au Cabaret Sauvage dans le cadre du Festival Jazz à la Villettenous avons discuté avec le batteur et bien nommé Femi Koleoso qui nous a confié ses influences, ses rêves et ses déceptions en terre britannique… compte-rendu.

« Pour les gens comme nous, le Brexit a été un crève-coeur. À partir du moment où l’on est divisés, on faiblit. »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours? 

J’ai grandi dans le nord de Londres. Gary Crosby est sans aucun doute la personne qui a eu le plus d’impact sur mon parcours. Il a fondé une association, Tomorrow’s Warriors , qui mène des actions de développement de projets, notamment pour des musiciens de jazz. Je l’ai rencontré il y a 15 ans maintenant, c’est grâce à lui que je suis tombé amoureux de cette musique. Il m’a toujours encouragé. Il m’a fait découvrir Max Roach et Sonny Rollins, m’a aidé à me dépasser davantage à chaque session. Il est comme un père musical pour moi. En tant que batteur, j’ai également écouté en boucle des monstres comme Fela Kuti et Art Blakey (qui est mon super-héros dans ce domaine) pour parfaire mon style. Au quotidien, j’écoute des artistes comme King Krule, Jorja Smith, J Hus ou Robert Glasper, j’aime leur univers. Tout comme les sons Hip hop d’un J Dilla, d’un Pete Rock ou de  Tribe Called Quest. On peut aussi trouver des accents de la Nouvelle-Orléans dans ma musique, mais ce sont surtout les fanfares live qui m’ont servi de références. Lorsque je jouais avec le groupe Kansas Smitty’s, j’ai découvert ce style musical, et je me suis inspiré plus précisément des techniques de Papa Jo Jones. Parallèlement, mon professeur de percussions à l’Université m’a initié à des groupes comme Youngblood Brass Band et The Hot 8 Brass Band. Donc globalement le jazz de Ezra Collective s’inspire de l’afro-beat, du hip hop, du reggae, de la funk et des brass bands. Le jazz a cette force de pouvoir faire fusionner des styles de musique très différents.

Si tu pouvais jouer avec n’importe qui n’importe où, avec qui et où est-ce que ce serait ?

J’aurais rêvé d’être le batteur de John Coltrane dans les années 60 pour ressentir la puissance de son jeu… Mais mon plus grand rêve aurait été de jouer avec Fela Kuti au Shrine, à Lagos, dans les années 70, à l’époque de « Zombie » et « Water no get enemy ». Je n’ai jamais mis les pieds au Nigéria et pourtant c’est de là que je viens et de là que vient l’afro-beat, il faut absolument que j’y aille. Mon plus grand souhait serait qu’Ezra Collective puisse jouer avec Femi Kuti et Seun Kuti au Shrine. Je suis sûr que ça arrivera. Tu dis que Seun veut ouvrir un nouveau club à Lagos * ? J’ai envie de te dire : « I’m ready! »

As-tu un lieu musical coup de coeur à faire découvrir à nos lecteurs? 

Un des moments les plus forts que j’ai vécu dernièrement s’est déroulé à Londres, lors d’un évènement appelé « Steam down ». C’était une jam session de jazz. Le lieu était bondé de jeunes qui sautaient, trempés, l’ambiance était moite, électrique… c’est presque une sensation de transe que tu ressens quand tu perçois autant de positivité condensée en un seul endroit ! Je suis conscient du privilège que c’est de pouvoir voyager comme moi dans le monde entier, mais ce qu’il s’est passé là, dans ce petit club du sud de Londres, je ne l’avais encore jamais éprouvé ailleurs. Et à chaque fois que je suis dans cette ville, je me rends compte que j’ai vraiment besoin d’y être. Donc si on est un grand amateur de musique, il faut venir à Londres. Il y a tellement de lieux pour se nourrir de musique et de danse ! Ici, à Paris, j’ai joué au New Morning, c’est un lieu mythique ! J’adore cette capitale, elle est si proche de Londres… alors bien sûr il y a eu le Brexit, et pour les gens comme moi ça a été un crève-coeur. Les personnes âgées ont pensé le futur des jeunes à leur place, cet épisode a créé une réelle division. Les plus gros sujets de discorde sur cette terre sont l’immigration, les changements climatiques, l’accès à l’éducation pour tous, l’égalité hommes-femmes, le racisme… et le moyen de résoudre les problèmes qui y sont liés est de tous collaborer à notre niveau, de travailler ensemble à la construction d’un monde meilleur. À partir du moment où l’on est divisés, on faiblit. J’ai honte qu’autant de gens en Angleterre ne comprennent pas cela et ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Quoi qu’il en soit, il faut admettre que toute l’Europe est en train de se radicaliser, ce qui nous est arrivé aurait pu advenir en France ou en Allemagne. Alors un conseil à ceux qui ne veulent pas du Brexit : venez écouter le prochain concert d’Ezra Collective et danser sur notre groove, on sera tous ensemble, et positifs !

 

Ezra Collective, Juan Pablo :The Philosopher; 2018
© Declan Slattery
3 questions à… Vincent Ségal

« 3 questions à… » est une rubrique qui permet à nos lecteurs de découvrir un artiste à travers de brèves confessions sur son rapport au voyage et à la musique.

À l’occasion du concert donné par Lionel Suarez et son Quarteto Gardel au Centre des Bords de Marne, envoyé par nos confrères de Couleurs Jazz, Hit the road a pu recueillir les confidences de chacun des quatre complices qui le composent. 

Volet 2 : Vincent Ségal…

Il est de toutes les expériences sensorielles : décoiffante avec son complice Cyril Atef (Bumcello), apaisée avec le joueur de kora Ballaké Sissoko, transversale avec le rappeur Oxmo Puccino… Ce serait trop long de citer les collaborations auxquelles a participé l’incontournable violoncelliste Vincent Ségal qui s’avère être aussi discret que loquace, nomade d’esprit mais casanier de coeur. Les yeux fermés, l’archet à la main, il semble pourtant nous esquisser la route et nous convier à ce rendez-vous de tendresse et de soleils mouillés. 

« On vit tous dans une grande solitude, les sensations que provoquent la musique ou l’amour permettent d’y échapper… »

 

Qui t’a le plus influencé musicalement durant ton parcours? 

Je suis né à Reims, en Champagne. Je me souviens d’avoir écouté dès tout petit des disques de musique classique : Stravinsky, Bartók… Mais mes premiers souvenirs de musique jouée remontent à l’époque du cours préparatoire au conservatoire, avec mon premier professeur de violoncelle qui a marqué toute ma vie. Si je suis musicien c’est grâce à lui et à ma famille. À la différence de nombreux artistes que je connais, je ne suis pas issu d’une lignée de musiciens mais mes parents m’emmenaient souvent voir des concerts. Et cet amour pour la musique m’a poussé à  jouer des styles assez variés un peu partout. À l’instar d’un Claude Lévi Strauss, je hais les voyages mais j’aime l’histoire humaine. Quand je suis en tournée, je me déplace essentiellement  dans les rues autour de l’hôtel où je dors. Je suis un amateur des coins de rue, j’essaie de trouver ce qu’il y a de plus intéressant à deux pas de là où je suis. Mais en réalité je m’évade grâce à la musique, grâce aux voyages intérieurs qu’elle procure, à l’opportunité qu’elle offre de pénétrer l’esprit des personnes avec lesquelles je joue. On vit tous dans une grande solitude, les sensations que provoquent la musique ou l’amour permettent d’y échapper… c’est plus fort que les drogues ! C’est pour ça que je voyage : pour les rencontres musicales qui parsèment le chemin, pour l’histoire qui se raconte alors même que l’on joue, pour cette intimité-là. J’aime regarder l’excès que déclenche la joie d’une musique, mais à distance. Le Carnaval de Récife par exemple est fascinant, mais dans une telle ambiance je préfère rester un peu à l’écart. Il y a une sorte de folie orgiaque des sens et des sons qui se déploie, c’est magnifique mais c’est trop pour moi, je n’ai pas envie de sonner faux là-dedans. Un jour, à Bamako, dans la rue où vivent mes amis Ballaké Cissolo et Toumani Diabaté, j’ai assisté à un mariage familial. Tous les griots de la ville sont venus. C’était tellement puissant ! Je suis allé me cacher sur le toit et j’ai regardé ça de très loin. Je n’en croyais pas mes yeux… ni mes oreilles !

Si tu pouvais aller n’importe où, dans quel lieu rêverais-tu de jouer? 

L’hiver dernier on a joué au Wigmore Hall à Londres, en duo avec Airelle Besson, je rêvais d’y aller car c’est un lieu unique pour la musique de chambre, c’était une expérience inoubliable ! Tous les grands violoncellistes, comme Rostropovitch, y ont joué. Mais aujourd’hui, je ne sais pas. J’ai eu la chance de me produire dans des salles de rock emblématiques où ont pu jouer des dieux comme Hendrix, j’ai été au Festival Jazzmania au Brésil, dans des lieux mythiques de la culture Hip hop… J’ai joué dans tellement d’endroits historiques que je suis conscient que ce sont avant tout les gens qui font la beauté du moment. Pour autant, il y a des lieux qui te marquent à jamais. J’ai eu notamment un trac monumental les première fois où j’ai joué au New Morning. J’y avais entendu tellement de bons musiciens que ça  m’angoissait terriblement de leur emboîter le pas ! Chet Baker, Bootsy Collins, Steve Coleman, Bill Frisell… se retrouver sur la même scène qu’eux, ça secoue !

Mon rêve de voyage maintenant ce serait de faire de l’escalade dans la montagne, ou du cheval, peut-être comme Maurice Baquet qui skiait avec son violoncelle dans le dos. Il faudrait juste que je fasse attention à ne pas casser le mien, parce qu’à part la musique, je ne sais rien faire…

As-tu un lieu musical coup de coeur à faire découvrir à nos lecteurs? 

J’aurais tendance à dire que la meilleure musique se trouve dans les endroits où les gens ne sont pas encore trop avachis devant leur télé ou leur ordinateur, donc quand tu vas dans les zones forestières du Gabon, tu peux rencontrer des musiciens d’exception. En Inde aussi, si c’est ton anniversaire, tu payes des musiciens de rue pour te jouer quelque chose, un peu comme nos anciens troubadours, et crois-moi c’est impressionnant ! On jouait comme ça partout à l’époque en fait. À Paris, quand il n’y avait encore ni internet ni télévision, on allait dans les cafés le soir et il y avait toujours des musiciens, au moins un accordéoniste, un violoniste, un chanteur, ou un orchestre quand c’était un café bourgeois. Il y avait même un musicien dans les salons de coiffure, pour attirer les clients ! Aujourd’hui tout ça n’existe plus. C’est à peine si on siffle encore. Donc les lieux musicaux sont pour moi des pays comme l’Inde ou dans des villes comme Naples, où les gens chantent toujours dans la rue.

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